Je suis bien sûr contre la guerre de Bush, mais je ne suis pas non plus pour Saddam
Pourquoi ne pas combattre les deux en même temps?» Des questions de ce genre m'ont été souvent posées lors des conférences sur le livre «11 septembre». C'est dans la déclaration du Bureau Politique du PTB sur la guerre en Irak qu'on peut trouver les réponses les plus complètes.
Aperçu.
Pol De Vos
09-12-2002
«Aussi longtemps que Saddam Hussein reste au pouvoir en Irak (...), un rapprochement avec Bagdad serait perçu dans le monde comme une défaite et une humiliation majeure pour l'Amérique», écrit Henry Kissinger, secrétaire d'État à l'époque de la guerre contre le Vietnam
La «dictature de Saddam» est aujourd'hui l'argument privilégié par l'Occident pour justifier une guerre contre l'Irak. Mais ceux qui nourrissent l'illusion que le renversement de Saddam mènera à l'avènement d'un régime démocratique, se leurrent. La guerre doit mener à une recolonisation du pays, et surtout de ses réserves pétrolières. Seul un gouvernement soutenu et dirigé par les militaires américains peut le faire
Le but de l'impérialisme américain est de passer du renversement de Saddam Hussein au renversement de tous les régimes qui s'opposent résolument à sa mainmise. Le ministre américain de la Guerre Donald Rumsfeld répète que d'autre «États voyous menacent également la sécurité des États-Unis». Et de citer l'Iran, la Syrie, la Libye. Tous ces pays du tiers-monde ont l'audace de s'opposer à la guerre d'agression américaine contre l'Irak, de refuser la mainmise de l'impérialisme sur leurs ressources naturelles, d'exiger la création d'un État Palestinien
Cette tâche accomplie, Bush veut s'en prendre à d'autres «dictateurs sanguinaires», en déclenchant la guerre en Corée du Nord, en Iran, en Chine…
Chaque guerre a besoin d'un dictateur comme justification. C'est la seule manière de faire accepter la guerre par l'opinion publique. «Bush accuse Saddam Hussein de brutaliser sans cesse son peuple. Mais comment expliquer alors la détermination de ce dernier à défendre son pays et à s'opposer aux sauveurs autoproclamés de Washington?
Comment expliquer son soutien décidé au président irakien? Ce constat d'un peuple plus uni que jamais dans la haine de l'impérialisme, tant de nombreux journalistes que les services de renseignement occidentaux le font.»
Le front uni contre l'agression étrangère est vital pour l'Irak. Les gens s'en rendent très bien compte en Irak. Le peuple irakien n'a rien à attendre des États-Unis.
Mêmes les Irakiens opposants au régime de Saddam tant en Irak qu'à l'étranger s'accordent souvent pour dire qu'attaquer Saddam Hussein dans les circonstances actuelles signifie objectivement soutenir les USA.
Pourquoi Saddam est-il devenu le démon à abattre...
Tout ceci n'empêche pas d'avoir un jugement équilibré sur le régime de Saddam. «L'Irak est, avec ses 24 millions d'habitants, un pays relativement petit du tiers monde. Il est dirigé par une grande bourgeoisie nationaliste, qui rêve d'une grande nation arabe indépendante. Le parti Baas au pouvoir est fortement anti-marxiste et a exterminé une grande partie du Parti Communiste Irakien au cours des années soixante. Inutile de dire que l'impérialisme l'approuvait alors entièrement. Comme il l'approuvait et l'encourageais au cours des années 1980 dans sa guerre contre l'Iran, l'ennemi numéro un de l'impérialisme à l'époque. La bourgeoisie irakienne a d'autre part obtenu des succès dans l'édification économique du pays. L'Irak était relativement industrialisé, comparé aux autres États arabes de la région. La bourgeoisie irakienne a construit des écoles et des universités, elle a pratiquement éradiqué l'analphabétisme, poussé la scolarisation à un des taux les plus élevés du Moyen-Orient (87% des jeunes entre 12 à 17 ans allaient à l'école avant 1991). Elle a investi dans l'agriculture, l'électrification et la santé. C'était aussi un des pays les plus laïcs du Moyen-Orient, caractérisé entre autres par une forte émancipation de la femme. Le régime Baas a effectivement commis des exactions contre la population kurde (avec le soutien des États-Unis) durant la guerre contre l'Iran. Mais c'est le seul pays où les Kurdes ont pu maintenir leur langue, même dans l'enseignement, jusqu'à avoir leur propre université.
Lorsque la bourgeoisie irakienne a refusé d'abandonner à l'impérialisme américain le contrôle de ses richesses pétrolières, l'administration Bush père (dont faisait déjà partie Cheney et d'autres responsables actuels de la Maison-Blanche) a démonisé Saddam Hussein à travers une propagande démentielle.»
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