La voie vers l'intégration de l'Amérique latine

Carlos Lage, vice-président du Conseil d'État de Cuba

Nous reproduisons l'allocution de Carlos Lage, vice-président du Conseil d'État de Cuba, au Douzième Sommet ibéro-américain tenu à Bavaro, en République dominicaine, les 15 et 16 novembre.

Votre majesté, chefs d'État et de gouvernement,

Une brève référence aux récents événements découlant de la politique anti-cubaine du gouvernement américain est inévitable.

Au cours des dernières semaines, quatre diplomates cubains ont été expulsés des missions cubaines à New York et Washington: le pays qui possède le plus grand nombre d'espions au monde accuse d'espionnage un des pays les plus espionné au monde.

Nous pourrions en rire si nous ne connaissions pas les dangers qui se préparent. Le gouvernement américain a réitéré son accusation éhontée (excusez l'expression, mais je n'en ai pas d'autre) que Cuba produit des armes biologiques, suivant la vieille méthode de Goebbels qui consiste à répéter un mensonge jusqu'à ce qu'il devienne vérité. C'est une perfidie scandaleuse, mais il y a à peine quelques jours, en raison de la Cuba Adjustment Act, le gouvernement américain a accueilli avec complète impunité les pirates de l'air qui ont détourné un aéronef cubain, ce qui ajoute au nombre de terroristes protégés par ce pays. Cette loi est une loi meurtrière puisqu'elle encourage l'émigration illégale et convertit en héros tout cubain qui atteint les États-Unis, même si pour le faire il a dû voler, tuer ou mettre en danger la vie d'innocents.

Le crime de piraterie de l'air, reconnu par des ententes internationales comme un acte de terrorisme, est encouragé par le gouvernement américain dans sa guerre contre Cuba.

Les actes de terrorisme organisés et fomentés par les États-Unis au cours des plus de quarante dernières années ont coûté 3.478 vies et fait 2 099 blessés.

Nombre des auteurs de ces actes sont maintenant libres de marcher dans les rues de la Floride et parmi eux se trouve un individu responsable du sabotage d'un avion à passager en plein vol avec 73 personnes à bord.

Nous soutenons résolument la lutte au terrorisme et dénonçons la politique du gouvernement américain qui protège et encourage le terrorisme contre Cuba.

Alors maintenant Cuba n'est plus seulement la victime de la pratique de deux poids, deux mesures par les puissants. La capacité de gouverner, la démocratie et l'État de droit, tous des sujets qui nous préoccupent beaucoup, deviennent impossible à garantir lorsque sont imposées des politiques intéressées, arbitraires et profondément contradictoires.

Ils exigent des pays d'Amérique latine qu'ils:

* ouvrent leurs marchés tandis qu'augmentent, lorsque nécessaire, les subventions et tarifs des économies les plus développées;

* fassent preuve d'austérité budgétaire, réalisent un déficit zéro et réduisent les dépenses sociales, se laissant ainsi exposés à la fuite de capitaux lorsqu'un pays devient déstabilisé à cause des injustices et des inégalités qui s'ensuivent;

* fassent plus d'effort pour réduire leur balance commerciale après avoir été forcés de privatiser et de vendre leurs ressources aux transnationales, rendant ainsi inévitables les grandes fuites de capitaux.

* Des murs sont érigés et des patrouilles sont déployées pour empêcher des gens à la recherche de travail et de ressources d'entrer aux États-Unis et en Europe tandis que, d'autre part, les meilleurs informaticiens, ingénieurs, médecins, professeurs et infirmières sont amenés dans ces pays suivant un plan soigneusement préparé.

* Ils parlent d'égalité et de justice sociale tandis que les pays de notre région sont forcés de consacrer 50% de leurs revenus d'exportation aux versements à des pays beaucoup plus riches sur une dette qui a déjà été payée plus d'une fois.

* On exige des techniques de production propres pour les produits que nous exportons et un arrêt de la pollution environnementale pour les visiteurs de nos villes et de nos plages, tandis que l'aide au développement diminue constamment. Les États-Unis sont responsables de l'émission de 25% des gaz contaminés dans notre atmosphère mais ils refusent de signer le protocole de Kyoto.

* On nous dicte notre conduite et lorsque les choses vont mal, on nous blâme.

Les États-Unis, l'Europe et le Japon ont évolué derrière un protectionnisme rigoureux et sélectif et maintenant le monde se voit ordonner d'évoluer aux termes d'un libéralisme à outrance.

L'agriculture et le tourisme dans notre région ne peuvent être durables dans le cadre de l'ordre économique mondial actuel qui nous impose le sous-développement. Les seuls éléments durables en Amérique latine aujourd'hui sont la pauvreté et l'inégalité, pas le développement.

En dépit de tous les efforts faits par les gouvernements, il n'y aura pas de développement et encore moins de réduction de l'écart qui séparent les pays riches des pays pauvres, si nous ne nous débarrassons pas du néolibéralisme et n'exigeons pas un monde plus coopératif.

La solution consiste à changer l'ordre économique mondial, et cela n'est possible que si nous nous unissions. La voie vers l'intégration de l'Amérique latine n'est pas la Zone de libre-échanges des Amériques.

Merci beaucoup.

(Tiré de Granma, 18 novembre 2002. Traduit en français par Le marxiste-léniniste.)

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