La région du golfe Persique recèle les plus grandes réserves pétrolières du monde. Le capitalisme a besoin d'un approvisionnement garanti en pétrole à un prix avantageux. Les besoins mondiaux en pétrole provenant de cette région doubleront dans les vingt années à venir. Il s'agit donc pour les USA et l'Europe de maintenir leur domination politique et militaire dans la région. Mais la résistance palestinienne menace leur stratégie.
Pol De Vos
Dans le rapport US Policy ten years after the Gulf War, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) écrivait en octobre 2000: «L'économie des États-Unis et du monde est de plus en plus dépendante des importations de gaz et de pétrole du Golfe. (...) La production de pétrole aux États-Unis évolue selon une courbe descendante et il est improbable que les États-Unis puissent réduire leur dépendance croissante en importations énergétiques.» Il en découle que «les États-Unis sont obligés d'assurer que le pétrole puisse être vendu normalement sur le marché, que les producteurs de pétrole puissent investir afin d'augmenter la production et que les exportations puissent continuer sans entraves. (...) Les États-Unis doivent poursuivre leur rôle stabilisateur dans la région et leur rôle dirigeant dans la répression de toute forme d'agression.»1
Depuis la chute de l'Union soviétique, l'Occident pratique cette politique avec une agressivité croissante. Et les États-Unis sont déterminés à préserver leur domination: «La politique américaine doit se baser sur le principe que les forces armées américaines devront encore rester dans le Golfe pendant des décennies et que leur présence bénéficiera de beaucoup moins d'appuis que pendant la guerre du Golfe.» En effet, les contradictions ne cessent de s'aiguiser. Il y a d'abord la résistance soutenue du peuple palestinien à l'oppression coloniale et l'apartheid d'Israël. Deuxièmement, l'Irak continue à résister à la domination occidentale, malgré la guerre du Golfe (1991) et malgré l'embargo qui affame le peuple irakien. Troisièmement, la résistance augmente au sein des masses arabes contre les États-Unis et les élites pro-américaines dans leur pays.
La stratégie américaine entravée
Depuis la fin des années soixante, les États-Unis s'occupent de près de la région. Et ce n'est pas un hasard si depuis le début des années septante - c'est-à-dire la période de la crise du pétrole - les États-Unis resserrent leurs liens avec Israël.2 Aujourd'hui plus que jamais, Israël demeure l'atout fondamental dont disposent les États-Unis pour empêcher qu'une force économique et militaire capable de menacer la domination américaine se développe dans le monde arabe. Or, l'Intifada palestinienne pousse les contradictions israélo-arabes à leur comble et menace la position israélienne. Bush aurait donc préféré pouvoir assister en silence à l'achèvement par l'armée israélienne de «l'opération de nettoyage» dans les villes palestiniennes. La résistance armée éliminée, un règlement de paix pourrait être imposé rapidement, espérait-il. Mais la solidarité des masses arabes avec la résistance palestinienne a contrecarré la stratégie américano-israélienne. A présent, Bush se voit contraint de prêcher la paix mais laisse à Sharon l'espace nécessaire pour poursuivre sa guerre. Le ministre des Affaires étrangères Colin Powell se déclare solidaire avec Israël: «Nous comprenons qu'Israël ait le droit de se défendre.» Mais d'ajouter qu' «Israël doit aussi tenir compte du contexte plus large. Les problèmes stratégiques que crée cette opération sont importants, lorsque l'on observe ce qui se passe dans le reste du Proche-Orient.»3
| Golfe persique: 41% | |
| Afrique du Nord: 4% | |
| Afrique occidentale: 4% | |
| Amérique latine: 7% | |
| Mar du Nord: 7% | |
| Caraïbes: 8% | |
| Ex-Union soviétique: 11% | |
| Pays non-membres de l'OPEP: 17% |
Que signifient en réalité les propos de Powell? Les États-Unis sont parvenus à soumettre les élites féodales arabes sur le plan économique et militaire. Ceux-ci garantissent que les prix du pétrole restent bas. Les bénéfices pétroliers sont réservés à un petit nombre. Le rapport du CSIS mentionne que cette politique a «diminué le revenu réel individuel de la population de plus de 40 pour cent depuis le début des années 80. L'urbanisation à l'extrême détruit les structures sociales traditionnelles. Le chômage direct et caché est très élevé, atteignant parfois jusqu'à 25%. Et cela dans des pays où plus de 60% de la population a moins de 25 ans.»
| Golfe persique: 66% | |
| Afrique du Nord: 4% | |
| Afrique du Sud: 3% | |
| Asie/Pacifique: 4% | |
| Amérique du Nord | |
| Amérique centrale et latine: 9% | |
| Europe: 2% | |
| Ex-Union soviétique |
C'est ce qui explique pourquoi les États-Unis tiennent des discours sur la nécessité d'une «démocratisation de la région», pour que les masses arabes continuent à accepter leur domination. Le genre de démocratie que les Américains leur réserve est d'autant plus claire lorsque l'on sait qu'à leurs yeux, dans le Proche-Orient, «Israël et la Turquie sont les seules démocraties».
Palestine, le feu à la poudrière
Mais les États-Unis se trouvent dans une impasse. L'Intifada renforce la résistance des masses arabes à la politique pro-américaine adoptée par les élites dans leurs pays. De là la partie de poker que les Américains jouent pour «essayer de convaincre le monde arabe et l'Iran de mettre tout en ouvre pour trouver une solution équitable. Ce qui ne veut pas dire pencher pour le camp arabe, bien qu'il soit très important d'avoir l'air le plus honnête possible, même si cela semble difficile pour un intermédiaire qui est en même temps un proche allié d'Israël.» Actuellement, la politique américaine vise en premier lieu à combattre les troubles sociaux et la déstabilisation du monde arabe.
En même temps, le rapport du CSIS met en garde: «Les alliés dans le Golfe doivent être réalistes en ce qui concerne les relations des États-Unis à l'égard d'Israël. L'aide militaire américaine accordée à Israël et la confiance israélienne dans l'aide américaine en cas de nécessité, donnent à Israël le sentiment de sécurité nécessaire pour arriver à un règlement de paix qui soit acceptable pour les Palestiniens, la Syrie et le Liban.»
Non moins important est le rôle de l'Iran et de l'Irak, deux «États voyous» qui s'opposent à toute forme de recolonization. Le CSIS: «Le conflit israélo-arabe renforce la position des extrémistes iraniens et augmente les chances de Saddam Hussein de jouer la carte pro-arabe.»
L'Iran est vu comme un problème potentiel, mais le rapport souligne que l'Irak continue à représenter une menace importante pour la domination américaine. La ligne indépendante de l'Irak renforce l'anti-impérialisme des peuples arabes. C'est pourquoi Bush veut déclencher le plus rapidement possible une nouvelle guerre afin d'éliminer Saddam Hussein. Pour le moment, l'Intifada et les protestations massives dans le monde arabe l'en empêchent.
Au Proche-Orient, on constate aujourd'hui à quel point le système capitaliste voit de moins en moins d'issues. Jusqu'à présent, l'oppression coloniale, la féodalité et la violence militaire ont pu empêcher une déflagration totale. Mais la situation est chaque jour de plus en plus intenable.
1. Sauf mention contraire, toutes les citations proviennent du rapport du CSIS, US Policy Ten Years After the Gulf War, octobre 2000, www.csis.org/gulf/reports.
2. Edward Walker, U.S.- Israel relations: past and future, Ben Gurion University, juin 1998, www.usis-israel.org.il/publish/press/ambsador/am1616.htm
3. www.state.gov, 8 et 9 avril 2002.
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