Le conseil de rédaction de NSC soutient la résolution générale, adoptée par le séminaire communiste international, au 11e Séminaire communiste international de Bruxelles: Vu son importance, nous avons cru opportun de vous la faire connaître dans son entier.
Solidaire
29-05-2002
Comment va évoluer la crise économique mondiale? Quels en sont les liens avec les menaces de guerre grandissantes? Deux cents personnes ont abordé ces questions au 11e Séminaire communiste international, tenu à Bruxelles du 2 au 4 mai, à l'initiative du PTB. 61 délégations de partis et organisations communistes et ouvriers étaient présents, venant de 38 pays de tous les continents. 46 partis et organisations non présents avaient tenu à envoyer un message de solidarité.
Une crise mondiale d'une ampleur comparable à celle de 1929 s'annonce. Les facteurs qui peuvent provoquer une telle crise s'accumulent. Cela fait trembler la bourgeoisie monopoliste et ouvre de nouvelles opportunités pour le mouvement révolutionnaire.
1. Le système capitaliste a toujours généré des crises économiques. La première éclate en 1825, dans l'économie la plus développée de l'époque, la Grande-Bretagne. Marx dans Le Capital mit a nu les lois qui sont à la base de la production capitaliste et qui déterminent le caractère cyclique des crises. La première crise mondiale démarre en 1848. Depuis lors, il y a eu 24 cycles économiques.
A la fin du 19ème siècle, le capitalisme connaît sa première crise structurelle qui dura de 1873 à 1895. Lénine décrit dans L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme comment cette crise précipita la transformation du capitalisme libéral en capitalisme monopoliste. Sous ce stade, les monopoles se partagent le monde. L'impérialisme fait suite à la première grande crise et les puissances impérialistes se battent au cours de la Première Guerre mondiale pour le repartage du monde.
2. La vision économique bourgeoise est incapable d'expliquer l'origine de la crise et son caractère cyclique. Non qu'elle soit moins intelligente mais sa vision de classe obscurcit le caractère exploiteur du système de production. Ses explications ne peuvent dévoiler les lois qui sont à l'origine et qui causent le développement de la crise, car elle part de la supériorité et de l'immortalité du système capitaliste. Elle doit dès lors s'accrocher à des analyses superficielles et trompeuses pour éviter que les masses s'en prennent au système économique.
3. Seule la science économique marxiste, basée sur le matérialisme dialectique et historique, peut donner la clé pour une vaste compréhension de la crise et pour en sortir.
D'un côté, la chasse au profit pousse chaque capitaliste à l'accroissement de la production, en créant sans cesse de nouvelles capacités. De l'autre, la concurrence à mort l'incite à renforcer l'exploitation des masses laborieuses de sorte à produire moins cher et à s'accaparer des marchés des concurrents. Il s'ensuit une pression constante sur les salaires, que ce soit sous forme de salaire direct ou indirect. Il en résulte une contradiction insoluble entre la capacité de production croissante et le pouvoir d'achat des masses.
Marx explique que toute crise est en essence une crise de surproduction. Il écrit: "La raison ultime de toute véritable crise demeure toujours la pauvreté et la limitation de la consommation des masses, en face de la tendance de la production capitaliste à développer les forces productives comme si elles n'avaient pour limite que la capacité de consommation absolue de la société". C'est le cœur du système capitaliste, son fondement, son système d'exploitation toujours reproduit et agrandi. Engels ajoute: "On le voit, dans les crises, la contradiction sociale et l'appropriation capitaliste arrivent à l'explosion violente. La circulation des marchandises est momentanément anéantie; le moyen de circulation, l'argent, devient obstacle à la circulation; toutes les lois de la production et de la circulation des marchandises sont mises sens dessus dessous. La collision économique atteint son maximum: le mode de production se rebelle contre le mode d'échange, les forces productives se rebellent contre le mode de production pour lequel elles sont devenues trop grandes."
Cette surproduction est relative et non absolue. Parce que les capitalistes ne produisent pas trop de produits, mais trop de marchandises, que les travailleurs ne peuvent acheter. C'est pourquoi on aboutit à la situation absurde que les gens crèvent de faim parce que le capitalisme produit trop de pain, que les gens ont froid, car il y a trop de vêtements, que les gens n'ont pas de logement parce qu'il y a trop d'immeubles...
La crise capitaliste reflète en même temps la suraccumulation de capital.
Les capitalistes recherchent le profit le plus élevé. Mais, de la sorte et par la rationalisation permanente des équipements, la composition organique du capital a tendance à croître, minant en même temps la source de valeur, le travail. Il s'ensuit une tendance à la baisse du taux de profit.
La crise de surproduction se manifeste comme un excédent de capacité de production d'une part, comme un excédent de capital d'autre part. Il n'y a pas pénurie de capital, mais le capital ne trouve plus d'investissements suffisamment rentables dans la production. Il se dirige dès lors vers la spéculation.
Sur cette base, le secteur financier se développe d'une façon démesurée. Le capital "virtuel" peut donner l'illusion d'être une solution au marasme économique en créant des rentrées faciles, mais elle prépare inévitablement l'éclatement de la bulle financière. La croissance exagérée d'un secteur financier, spéculatif ne correspond plus à la réalité de la production. Le capital " virtuel " sert de caution à un endettement qui nourrit à son tour la bulle spéculative. C'est pourquoi l'éclatement de grandes crises économiques fut toujours précédé d'un krach financier et boursier. Cela donne la fausse impression que la nature de la crise est financière, mais la source profonde se trouve dans le système de production.
Elle réside dans la propriété privée des moyens de production, dans la contradiction entre le caractère social de la production et l'appropriation privée des moyens de production.
Le passage au capitalisme monopoliste a porté la contradiction au paroxysme et a renforcé également tous les mécanismes de la crise.
4. Ces processus se sont manifestés de la façon la plus brutale et la plus destructrice lors de la crise de 1929 qui a conduit à la grande Dépression. Celle-ci a commencé aux USA par un krach boursier d'une ampleur jamais vue à l'époque. En un jour, le 29 octobre, 16,5 millions d'actions furent échangés. L'indice boursier perdit 43 points, soit le gain de toute une année. Et la baisse perdura.
Cette crise financière révéla la crise de sous-production sous-jacente. La production chuta de 46%, jusqu'en 1932. Elle n'atteignit le niveau de 1929 qu'en 1937. En 1933, près de 13 millions de travailleurs étaient sans emploi, soit environ 25% de la force de travail. En 1938, ils étaient encore 20%.
Cette crise gagna l'Europe et le monde. En Allemagne, le chômage s'éleva à 5 millions de personnes, soit 40% des travailleurs, en 1932. En Grande-Bretagne, il se monta à 3 millions.
Pendant que des millions de gens (40 à 50 millions, sans doute) perdaient leur travail, en 1931, en URSS, le chômage a été liquidé. L'URSS a montré que la production pouvait croître et, de plus, à des rythmes inconnus (18%), sans que cela mène à des crises périodiques. Au contraire, cela allait de pair avec le relèvement incessant du niveau de vie de la population.
Les nazis sont arrivés au pouvoir en profitant de la misère des masses et de l'incapacité des partis traditionnels à résoudre la crise. Ils ont imposé la dictature ouverte aux travailleurs allemands et, à l'extérieur, l'expansion guerrière, orientée en premier lieu vers l'URSS.
La crise de 1929 a donc mené à la misère et l'exploitation accrue des travailleurs, à la militarisation des économies, au fascisme et, finalement, à la guerre mondiale. Mais, au bout du compte, ce fut l'échec pour l'Allemagne nazie et ses alliés. Ce fut la victoire socialiste dans beaucoup de pays d'Europe et d'Asie. Pendant que le capitalisme cherchait une issue à la crise dans le fascisme et la guerre, les peuples l'ont trouvée dans la révolution et le socialisme.
70 ans plus tard, le même processus est à l'oeuvre.
5. Deux fois au cours du siècle dernier, l'impérialisme n'a vu d'autres moyens pour venir à bout de la crise que par la guerre. Les effets "nettoyeurs" de la deuxième guerre mondiale furent si "salutaires" que la bourgeoisie n'a plus vu de crise majeure comme la Grande Dépression durant une période relativement longue. Ce qui a fait croire à certains que le capitalisme avait finalement trouvé dans le keynésianisme et la politique fiscale macro-économique keynésienne (des années 30 au début des années 70) le remède miracle pour maîtriser ses contradictions.
Néanmoins, depuis 1974-1975, le capitalisme mondial plonge de nouveau dans une période de croissance lente entrecoupée de fortes crises conjoncturelles. Face à cette nouvelle crise structurelle, la bourgeoisie impérialiste a lancé une offensive néo-libérale pour récupérer les concessions qu'elle a dû concéder à une couche supérieure de la classe ouvrière et à quelques États amis. Ces concessions étaient accordées après la deuxième guerre mondiale pour garder son pouvoir face au prestige de l'Union soviétique et des forces révolutionnaires en progrès dans le monde entier.
Cette offensive démarre aux États-Unis et en Grande-Bretagne et déferle sur le monde entier à travers l'intervention des institutions internationales (FMI, Banque mondiale, OMCS).
6. Cette offensive est relayée par la contre-révolution en URSS. Trente années de dégénérescence révisionniste ont abouti à la liquidation complète du Parti Communiste. La bourgeoisie qui a pu se développer grâce au révisionnisme prend ouvertement le pouvoir, avec l'aide de l'impérialisme. En 1989, la bourgeoisie impérialiste triomphante annonce la victoire sur le socialisme. Elle claironne que le capitalisme est le seul système viable, c'est la " fin de l'histoire ". Le monde va vivre dans la paix et la prospérité. Une ère de croissance est annoncée. Grâce aux nouveaux marchés dans les pays de l'Est, le capitalisme va trouver un nouveau souffle.
Il n'a pas fallu dix ans pour que cette hallucination vole en éclat. Dix ans plus tard, il n'y a jamais eu autant de misère dans le monde. Les crises économiques se succèdent les unes aux autres. La fascisation des régimes politiques progresse dans tout le monde capitaliste. Les dividendes de la paix sont redevenus les dividendes de la guerre.
Dans les expiais socialistes, le "développement industriel" promis se traduit par la destruction catastrophique de tout ce que le socialisme a construit en Union Soviétique et dans les pays de l'Est. Le président russe Poutine a avoué que chaque année 25 milliards de dollars s'enfuient du pays vers des comptes en banque des USA et autres pays.
En dix ans de perestroïka capitaliste, environ 45 milliards de dollars de capitaux ont quitté l'Ukraine, contre 5 milliards de marchandises. Ce n'est pas un hasard si l'Ukraine, qui était au temps des soviétiques un pays industriel développé, figurant dans la liste des 10 premiers pays en Europe, n'avait en 2000 qu'un produit intérieur brut de 661 dollars par habitant.
L'impérialisme allemand se montre le plus vorace dans les pays de l'Est, non pour créer de nouvelles entreprises mais pour détruire systématiquement les producteurs concurrents réels et potentiels des monopoles allemands. Les bombardements de l'OTAN ont détruit l'usine Zastava en Yougoslavie. Mais d'autres usines subissent les mêmes effets destructeurs par le dumping de produits et de capitaux superflus de l'Ouest. C'est particulièrement vrai pour l'ex République Démocratique Allemande.
La propagande bourgeoise a prétendu que la chute du camp socialiste en Europe de l'Est et en URSS signifiait la fin des idéaux du socialisme, ignorant la résistance et la volonté des pays qui s'efforcent à maintenir et développer le socialisme. Malgré la situation internationale complexe, des pays continuent à avancer sur ce chemin et constituent aujourd'hui une référence pour les peuples du monde en montrant qu'une alternative socialiste face au capitalisme est réalisable.
7. Depuis 1989 des tempêtes économiques ont ébranlé le monde. C'est d'abord le pays impérialiste qui a connu les taux de croissance les plus élevés depuis la Seconde Guerre mondiale, qui s'enfonce. Le Japon s'embourbe dès 1990 dans une crise profonde. Le pays, sans chômage officiel quasiment, voit le taux de celui-ci passer de 2,1% en 1990 à 5,3% en 2002. Les mécanismes traditionnels d'une crise grave se produisent: surproduction, gonflement des marchés financiers et immobiliers, spéculation, endettement démesuré, éclatement de la "bulle financière et marasme. Les suicides se multiplient, surtout parmi les travailleurs plus âgés: 3.000 personnes d'environ 55 ans se sont donnés la mort en 2000 (contre 1.700 "seulement" en 1995). Depuis 1990, l'État japonais a injecté plus de 1.000 milliards de dollars dans l'économie nipponne. Sans succès.
8. La chute du socialisme a donné de nouvelles impulsions au développement agressif de la "globalisation" impérialiste. L'excédent de capitaux cherche une voie rentable dans l'ouverture et la libéralisation de tous les marchés du tiers-monde. Dans cette logique néolibérale, il existe une partie du monde marginalisée où vivent 85% de l'humanité qui pourrait contribuer beaucoup plus pour renflouer les coffres des multinationales. L'exportation des capitaux y provoque de nouvelles catastrophes. Pour les pays récepteurs, loin d'apporter la croissance et le bien-être, la main invisible du marché a signifié l'étranglement par les firmes multinationales.
Par exemple, au Bangladesh. L'industrie du vêtement contribue pour 73% aux recettes d'exportation du pays (contre 1% en 1982). Cette industrie est peuplée majoritairement d'ouvrières. Pour un salaire de misère, elles travaillent de 12 à 14 heures par jour, si elles ne doivent pas rester la nuit pour terminer une commande. Il leur faut faire 6 ou 7 kilomètres à pied pour gagner leur lieu de travail. Et l'insécurité, elles connaissent : nombre d'entre elles sont tuées au travail, victimes de fréquents incendies de ces ateliers qui rassemblent en moyenne 500 à 600 ouvrières sur quelques dizaines de mètres carrés.
9. Comment cette "nouvelle division internationale du travail", qui ne cherche qu'à produire plus en payant moins de salaires, pourrait-elle apporter un développement mondial harmonieux, sans crises?
A la fin de 1994, le Mexique, pays du "miracle" latino-américain, soutenu à bout de bras par Washington, doit dévaluer le peso. Le pays est connu pour avoir déclenché la crise de la dette du tiers-monde en 1982. Il a été victime d'une dégradation des conditions socio-économiques dans les années 80, comme bon nombre d'autres pays latino-américains. Mais il s'arrime à l'économie de son puissant voisin, en exportant des articles de textile, des composants électroniques et des automobiles. Au détriment de son agriculture. Il s'endette fortement à l'extérieur en émettant des bons du trésor à haut taux d'intérêt et en attirant des placements financiers notamment dans l'industrie des télécommunications. Les spéculateurs craignant une explosion sociale, les capitaux fuient et le pays dévalue le peso. Mais les États-Unis le renflouent en accordant une ligne de crédit de 50 milliards de dollars, à ce moment le prêt le plus élevé de l'histoire du FMI.
Aujourd'hui, le pays se trouve dans une situation similaire. Car le ralentissement de la croissance américaine a profondément touché les secteurs exportateurs. Les maquiladoras mexicains voient les emplois se réduire rapidement. Car le Guatemala ou la Chine deviennent des lieux de production privilégiés pour les multinationales.
10. En 1997 éclate la crise financière asiatique. Avec cette crise, ce sont avant tout les " modèles ", les " miracles économiques " qui s'effondrent. Elle détruit complètement l'illusion créée par le succès économique des quatre " tigres asiatiques " (Taiwan, Corée du Sud, Hong Kong et Singapour). Ces pays avaient profité du soutien et de la protection totale des États-Unis, car ils servaient de rempart contre le communisme. Les " nouveaux tigres " qui pensaient rejoindre la piste des anciens (la Thaïlande, la Malaisie, l'Indonésie) se retrouvent dans un rôle de fournisseur de produits semi-manufacturés à faible valeur ajoutée. La dislocation de l'économie locale les rend totalement dépendants des importations, dont les coûts dépassent de loin les revenus des exportations. Les déficits commerciaux s'accumulent, les pays s'endettent et rejoignent le groupe des pays surendettés qui tombent sous le chantage permanent des institutions financières internationales. Pour combler les déficits budgétaires, les pays s'ouvrent aux vautours de la spéculation et émettent des obligations d'État à court terme qui atteignent parfois des taux d'intérêt faramineux.
La Thaïlande s'avère être le maillon le plus faible. Le 2 juillet 1997, le pays doit dévaluer de 15%. En un minimum de temps les " anciens tigres " sont aspirés dans le tourbillon. Suit alors la Corée du Sud, qui s'est fortement endettée auprès de banques japonaises dans une tentative de battre ses concurrents à l'exportation par une surexpansion de sa capacité de production. Quand la crise asiatique s'abat, les banques lâchent leurs protégés et l'économie s'effondre avec une avalanche de faillites et de licenciements. Cette fois-ci, les États-Unis n'accourent pas pour secourir, mais pour acheter en masse les entreprises faillies.
Pendant la crise financière asiatique, 90 % de la population s'est appauvrie. Tout le système économique et politique est bousculé et des pistes s'ouvrent pour les révolutionnaires.
11. Durant l'été 1998 la Russie expose à son tour sa putréfaction en subissant le contrecoup de la crise asiatique. Les spéculateurs s'enfuient avec leurs avoirs en traites et effets. Le 17 août, le rouble est dévalué d'une valeur égale à 6 roubles pour un dollar, il passe à 22-24 roubles.
Pendant que les masses souffrent de retards dans les paiements de salaires, les nouveaux riches s'enrichissent encore plus en spéculant sur les obligations d'état à court terme à des taux d'intérêts allant jusqu'à 300 % par an et en s'appropriant à vil prix les meilleurs morceaux des anciennes propriétés d'État. Les travailleurs, qui n'étaient quasiment plus payés, sont subitement rémunérés, mais en roubles dévalués. Leur pouvoir d'achat est fortement réduit. La production continue sa chute. Elle n'atteint plus que 60% de son niveau de 1989. L'espérance de vie s'est fortement dégradée.
12. En septembre 1998, le Brésil connaît une fuite monétaire d'un milliard de dollars par jour. Le plus grand pays latino-américain est à son tour de la fièvre spéculative. Il reçoit 41 milliards de dollars du FMI et des États-Unis pour éviter la contagion. En échange, il doit réduire les déficits budgétaires, donc couper dans les dépenses sociales, et dévaluer sa monnaie, le réal. De ce fait, il met l'Argentine, son partenaire commercial dans le Mercosur, dans les pires difficultés. Fortement endetté, avec une somme due de plus de 150 milliards de dollars, le pays doit pratiquement consacrer la totalité de ses recettes d'exportation pour payer le service de la dette. Le pays est exsangue. La crise économique débouche sur une crise politique fin 2001.
13. Et les États-Unis?
Au début de la décennie, les idéologues bourgeois chantent les nouvelles vertus de la croissance américaine. Selon eux, les États-Unis seraient entrés dans une nouvelle étape, celle de la "nouvelle économie", de l'ère du savoir, de la connaissance, la société de l'information. Selon eux, les classes seraient supprimées, car le travail aurait été remplacé par le savoir et l'information au centre du processus de production. Cela permettrait une croissance économique sans bornes, donc sans crises. Le capitalisme serait lui-même dépassé par une nouvelle forme sociale, la société postindustrielle.
Depuis, une chute spectaculaire a montré que ces conceptions n'avaient aucune réalité. La soi-disant "nouvelle économie" fonctionne comme l'ancienne et déclenche une crise de surproduction, comme dans la plus pure tradition capitaliste.
L'économie américaine a été tirée par une énorme spéculation sur les marchés financiers. Depuis 1982, le niveau de la production américaine a été multiplié par 2,5, alors que celui des marchés financiers a été décuplé.
De même, les États-Unis progressent par le fait qu'ils consomment 450 milliards de dollars de plus qu'ils ne produisent. Soit 4,5% du PIB. Pour que cela persiste, il faut que 450 milliards de dollars reviennent chaque année sous forme de capital (investissements, placements boursiers ou spéculatifs, prêts bancaires, etc.). Ce système s'appuie aussi sur la position toujours dominante du dollar sur la scène internationale. Le privilège impérial que représente ce flux incessant peut dans un futur proche être remis en cause par la compétition de l'euro ou une éventuelle monnaie asiatique commune.
Les ménages, les entreprises et même l'État américain sont fortement endettés. L'épargne privée est proche de zéro (ce qui veut dire que les Américains dépensent en moyenne l'entièreté de leurs revenus). Cela rend l'économie particulièrement fragile et vulnérable. Et les inégalités sociales croissent. A San Francisco, patrie de la Silicon Valley, 10% des habitants seulement peuvent s'acheter une maison. 20% sont des SDF (sans domicile fixe). A l'échelle nationale, 798.000 personnes n'ont pas de toit. Et le développement financier accroît ces injustices sociales. A Enron, les dirigeants partent avec des indemnités de plusieurs centaines de millions de dollars, alors que les salariés perdent non seulement leur emploi dans une société faillie, mais également leur plan d'épargne, placé dans le fonds de la firme.
A partir d'avril 2000, le NASDAQ, la Bourse des valeurs technologiques, s'effondre. Elle perd 60 à 70% de sa valeur en un an. Elle entraîne des restructurations importantes dans toute l'industrie, mais également dans le secteur des nouvelles technologies. 188.000 personnes perdent leur emploi dans les technologies de l'information en 2001.
Cela montre que la soi-disant " nouvelle économie " est et reste capitaliste. De ce fait, elle est soumise à la récession, à la dépression, à la crise.
Les taux d'intérêt directeur ont été abaissés six fois au cours de l'année 2001 pour atteindre un niveau extrêmement bas de 1,75%. Les prix de l'énergie ont été maintenus à un bas niveau. Cela a permis à la consommation privée de se maintenir mais cela n'a pas stimulé la production industrielle. Le chômage est monté à 6 pour-cent. Le gouvernement Bush va injecter, en trois ans, 500 milliards de dollars sous forme de réduction d'impôt, d'aides aux secteurs en difficulté et de commandes militaires. Par cette injection, la Bourse a gardé le cap, même après le 11 septembre.
Mais la fragilité, la vulnérabilité de l'économie américaine demeure une donnée fondamentale. Une attaque sur le dollar peut enclencher une avalanche qui ébranlerait tout le système économique mondial.
14. Aujourd'hui, les mêmes facteurs qui ont déclenché la crise de 1929 sont présents et sont même d'une ampleur plus grande. La " globalisation " a monté toutes les contradictions du système. Les éléments déstabilisateurs se sont renforcés. Les problèmes s'accumulent et s'aggravent:
Monopolisation: il n'y a que quelques firmes par secteur à l'échelle mondiale ; les investissements servent surtout à racheter des firmes, non à développer les forces productives ;
Inégalités: l'écart entre pays impérialistes et pays opprimés s'accroît; au sein des pays impérialistes, ce sont les détenteurs de capitaux les plus importants qui voient leurs revenus croître ; comment pourrait-il y avoir une expansion illimitée si dans 100 pays le revenu par tête est plus bas qu'il y a 15 ans, si 1,6 milliard de gens doivent vivre avec moins d'un dollar par jour?
Hypertrophie des marchés financiers: 1.100 milliards de dollars de devises s'échangent chaque jour ; la capitalisation boursière est surévaluée, dépassant les PIB des différents pays; un krach menace, mais en même temps, les marchés financiers dictent la rentabilité aux firmes, qui, pour ce faire, accroissent l'exploitation ouvrière.
Endettement: la dette du tiers monde se monte à 2.500 milliards de dollars; de 1970 à 2000, il a payé pour le service de la dette plus de 4.000 milliards; c'est du pillage financier; c'est le Sud qui finance le Nord et non l'inverse.
Instabilité de la configuration mondiale: les États-Unis s'orientent comme économie service (production dans le tiers monde) et débiteur (balance commerciale déficitaire de 450 milliards de dollars); cela ne peut tenir que si le dollar est accepté partout comme monnaie internationale et donc cela dépend fortement de la suprématie américaine sur tous les plans. Mais depuis la chute de pays socialistes la concurrence entre blocs impérialistes s'est fortement aiguisée et l'Union européenne affirme ses ambitions hégémoniques.
15. Les conditions sont réunies pour qu'une crise éclate et que cela soit plus grave et plus destructeur encore qu'en 1929. Les turbulences financières qui ont secoué le monde depuis 1997 en sont une illustration frappante. Elles montrent la fragilité extrême du monde impérialiste et la probabilité d'un effondrement majeur dans les années à venir.
Le FMI doit intervenir en catastrophe. Il a dû verser 50 milliards de dollars au Mexique, 63 milliards pour la Thaïlande et l'Indonésie, 57 milliards pour la Corée du Sud, 41 milliards pour le Brésil... Les États-Unis ont dû réunir en une journée les principaux banquiers américains pour éviter la faillite du fonds spéculatif LTCM, qui aurait ébranlé l'ensemble du système financier.
En 2001-2002, la crise de surproduction se déclare simultanément dans es trois centres majeurs de l'impérialisme. Le degré de synchronisation de la récession de 2001, c'est-à-dire la vitesse à laquelle la crise se propage sur l'ensemble du système, est aujourd'hui de 90/100. Celle de 1975 n'était qu'à 50, celle de 1982 à 60 et celle de 1991 à 65.
La montée de la globalisation financière mène inévitablement à une synchronisation des crises. Elle favorise les réactions en chaîne : chaîne de la crise asiatique, crise russe, débâcle LTCM, fuite des capitaux au Brésil, crise en Argentine, krach du NASDAQ aux USA et ralentissement de la demande qui touche à son tour tous les fournisseurs dans le tiers-monde, etc.
Les conséquences et les effets d'un effondrement financier seront plus désastreux. Tous les experts sont conscients que la situation est explosive. Tous rêvent d'un "soft landier" (un atterrissage en douceur). Mais tous craignent un "hard landing" (un véritable krach).
16. L'ampleur de ces phénomènes nous amène à conclure qu'il n'y a pratiquement plus que deux grandes issues au capitalisme dans la situation présente : soit la piste d'une nouvelle guerre mondiale, provoquée par l'exacerbation de toutes les contradictions du système, celle-ci étant elle-même poussée par la crise économique actuelle ; soit le renversement du capitalisme et son remplacement par un mode supérieur, le socialisme.
L'administration Bush se lance dans une production massive d'armes. Elle accroît les commandes militaires et augmente le budget de la Défense qui passera de 299 milliards pour 2001 à 379 milliards de dollars pour 2003.
Robert Barro, professeur à Harvard, estimait que chaque fois que le budget de la Défense augmentait d'un dollar, cela avait un impact de 60 à 70 cents sur l'économie. Les firmes d'armement (General Dynamics, Lockheed Martin, Northrop Grumman, Raytheon...) ont vu leurs cours boursiers monter. Le 11 septembre sert de prétexte pour des guerres et agressions contre tout pays et mouvement qui s'opposent à la domination impérialiste et pour une fascisation plus poussée des régimes politiques de l'Ouest. Les États-Unis et, à leur suite, les autres puissances impérialistes lancent une grande campagne de "lutte contre le terrorisme". Mais il s'agit clairement de réprimer toute forme de résistance populaire et toute volonté de souveraineté anti-impérialiste. Par la guerre en Afghanistan, par la déclaration de guerre contre les "États voyous", par l'annonce d'une offensive de longue durée et dans tous les domaines, les États-Unis affirment clairement leur volonté d'hégémonie mondiale. En premier lieu, elles visent le Moyen-Orient, l'Asie de l'Est et l'Amérique latine.
De cela découlent des antagonismes plus puissants, plus dévastateurs encore, qui pourront se traduire en des conflits d'importance mondiale, comme une guerre entre la Chine et les États-Unis ou comme une guerre entre impérialistes (États-Unis contre Europe, par exemple ou en Europe même).
17. Pendant que les propagandistes bourgeois rêvent d'un capitalisme contrôlé et d'un gouvernement mondial, le monde devient de plus en plus turbulent et de moins en moins gouvernable. Les puissances impérialistes renforcent l'exploitation et l'oppression. Mais les peuples du monde et les États épris d'indépendance résistent. Les puissances impérialistes se bagarrent de plus en plus entre elles. La conscience grandit qu'elles agissent sur commande de leurs monopoles respectifs et gèrent les problèmes du monde à leur profit. Il en résulte un dégoût croissant pour la démocratie bourgeoise, le voile qui cache le contrôle des puissances financières sur l'État, sur les partis, sur les médias.
Au milieu de toutes ces crises, les luttes partout dans le monde pour la libération nationale et la démocratie se multiplient. Que ce soit en Palestine, aux Philippines, en Argentine, au Népal, en Colombie, en Équateur, en Corée du Sud, en Indonésie ou ailleurs, les peuples se révoltent contre l'impérialisme, contre sa crise et ses conséquences.
Jamais auparavant l'oppression impérialiste et l'exploitation ont suscité une haine aussi intense au point de provoquer des attaques sur les symboles les plus en vues de la domination comme les tours du WTC, le Pentagone et la Maison Blanche.
Les guerres déclenchées par l'impérialisme, avec son cortège d'abominations et de carnages, entraîneront un rejet du capitalisme par les larges masses du peuple. Elles accéléreront le processus révolutionnaire et, comme les deux guerres mondiales précédentes (1914-1918 et 1939-1945), elles seront le point de départ de soulèvements et de guerres populaires menant à la destruction des États capitalistes par la révolution socialiste ou nationale démocratique et à la construction d'un État socialiste. Comme Lénine le formule dans L'impérialisme stade suprême du capitalisme, les communistes ne doivent pas atténuer les antagonismes engendrés par l'impérialisme mais "aller de l'avant pour les accentuer et les approfondir".
18. Il faut l'affirmer plus offensivement que jamais: la seule alternative pour garantir un monde sans misère, sans domination et sans guerres, c'est la lutte contre l'impérialisme et pour la construction du socialisme.
C'est-à-dire une société où l'être humain est la préoccupation principale, où la logique de la propriété privée et du marché est évincée, où les ressources et les technologies sont au service des besoins des populations, où la justice sociale et la solidarité jouent un rôle central. En rapport avec cette nouvelle détermination se pose la tâche importante d'apprendre les leçons de la trahison révisionniste du socialisme et construire le socialisme sur de plus fortes fondations.
Si le XXème siècle a vu le combat entre l'impérialisme et le socialisme et que certains ont cru que le premier l'avait définitivement emporté sur le second, le XXIème siècle sera celui de la victoire du socialisme. C'est à cette tâche ou dans le cadre de celle-ci que les communistes de tous les pays doivent travailler. Interview de Baudouin Deckers et Pol De Vos
Solidaire
29-05-2002
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