Nous publions ici un article des <Nouvelles D'URSS> No 37, octobre 2002. <Nouvelles d'URSS> est un Bulletin mensuel d'information sur la vie et les luttes du mouvement communiste et ouvrier à travers l'URSS dont le Rédacteur et fondateur est Jacques Lejeune. Ce texte est publié en plusieurs parties et participe de la réflexion pour comprendre les enjeux et les méthodes par lesquels l'impérialisme russe libéré depuis la chute du socialisme et de l'URSS consolide son pouvoir pour exploiter à son comble tous les travailleurs et tous les peuples de l'ex- URSS.

La situation politique en Ukraine

Les Partis de Gauche d'Ukraine au Service de la Bourgeoisie

Article publié dans le journal ukrainien «Rabotcho-krestyanskaya pravda». No. 6 (63), 2002

Les élections au Conseil supérieur de l'Ukraine qui viennent de se dérouler ont encore une fois montré de manière évidente que la classe ouvrière, les masses laborieuses ne peuvent pas reprendre le pouvoir par la voie parlementaire, que la bourgeoisie a entièrement et définitivement mis le parlementarisme à son service pour consolider son pouvoir, le pouvoir du fric, le pouvoir du capital, pour poursuivre et accentuer l'exploitation du peuple laborieux.

Seuls six partis et blocs sont entrés au Parlement. Ce sont d'abord les partis du gros capital oligarchique «Pour une Ukraine unie!», «Notre Ukraine», «Batkivchtchina», le P.S.-D.(u.)U., ainsi que le P.S.U., parti nationaliste petit-bourgeois, et le P.C.U., parti opportuniste.

Mais, puisque des centaines de milliers d'électeurs identifient encore jusqu'à présent le P.S.U. à un parti de gauche (1.770.000 électeurs lui ont donné leur voix aux dernières élections), nous commencerons notre analyse par ce parti.

Batkivchtchina, - mot ukrainien signifiant à la fois 'patrimoine' et 'patrie'. (N.d.T.) P.S.-D.(u.)U., - Parti social-démocrate (unifié) d'Ukraine. (N.d.T.)1

Le Parti socialiste d'Ukraine (leader: A. Moroz) a été créé en octobre 1991, immédiatement après l'interdiction du P.C.U.S. Il s'est fait connaître comme étant un parti de gauche, un parti de la justice sociale, un parti de la défense des intérêts des travailleurs. Mais une analyse attentive des premiers textes de ce parti a montré que les positions idéologiques et théoriques du P.S.U. sont en fait la continuation et le développement en droite ligne de la gorbatchyoverie et du social-démocratisme. Le P.S.U. a déclaré d'emblée qu'il se prononce pour l'économie pluristructurale, pour le soutien et l'égalité en droite de toutes les formes de propriété, qu'il condamne le totalitarisme (c.-à-d. de stalinisme) et les «crimes» du régime stalinien. Mais il n'est pis dit un seul mot, dans les documents de programme du P.S.U., sur la nécessité de l'instauration de la dictature du prolétariat, de la prise du pouvoir par la classe ouvrière, par les masses laborieuses, en suivant la voie révolutionnaire. C'est-à-dire que le Parti socialiste d'Ukraine s'est fait connaître dès le début comme étant un parti petit-bourgeois de type parlementaire. Et il n'est pas étonnant qu'avec la reconstitution du P.C.U. en 1993, une partie significative des socialistes soit revenue au parti communiste.

Au printemps de 1994, A. Moroz, leader du P.S.U., a été élu Président du Conseil supérieur de l'Ukraine. En été 1994, c'est L. Koutchma qui a été élu Président de l'Ukraine en remplacement de L. Kravtchouk qui a joué son rôle de Judas comme l'un des démolisseurs de l'U.R.S.S. et qui a assuré l'effondrement de l'économie socialiste et le pillage des travailleurs par les «nouveaux Ukrainiens». En octobre 1994, Koutchma a présenté son programme de réformation bourgeoise de l'économie de l'Ukraine au Parlement, lequel Parlement, avec le socialiste Moroz à sa tête, l'a docilement entériné (et nous en cueillons aujourd'hui, vous et moi, les fruits amers). En novembre 1994, exécutant la volonté de ses patrons d'outre-océan, l'impérialisme des É.-U.A., le Parlement de l'Ukraine a pris la décision de proclamer l'Ukraine pays non nucléaire. La base juridique a donc ainsi été créée en Ukraine pour la destruction de son puissant potentiel clé missiles nucléaires (je rappellerais aux lecteurs qu'après la démolition de l'U.R.S.S., l'Ukraine était la troisième puissance mondiale, après les É.-U.A. et la Russie, pour la puissance de son armement en missiles nucléaires), ce qui, avec la démolition de l'économie socialiste, a conduit à la transformation de l'Ukraine de puissant État socialiste indépendant qu'elle était au sein de l'U.R.S.S. en un pays semi-colonial arriéré tombé dans la dépendance politique, économique et militaire complète du capital international, en tout premier lieu de l'impérialisme des É.-U.A. représenté par ses firmes transnationales et ses banques, par ses Institutions politiques, économiques et militaires que sont le F.M.I., la Banque mondiale, le bloc de l'OTAN.

En juin 1995, A. Moroz et L. Koutchma ont de concert signé, dans le dos du peuple et du Parlement de l'Ukraine ' l'Accord constitutionnel en vertu duquel ils ont mis fin à la validité de la Constitution de la R.S.S.U. de 1978. Et, le 28 juin, le Parlement de I'Ukraine, avec A. Morez sa tête, a adopté la Constitution bourgeoise de l'Ukraine, actuellement en vigueur-, qui a consacré la victoire du capitalisme en Ukraine et la suprématie indestructible de la propriété privée et qui a légitimé la symbolique fasciste bandéraïenne en qualité de symbolique de l'État ukrainien.

Ainsi, durant les années de son activité de chef du Parlement, A. Moroz s'est manifesté, avec l'ensemble de la fraction socialiste, comme un fidèle serviteur de la bourgeoisie ukrainienne renaissante et du capital américain, comme un porte-parole des intérêts des forces nationalistes néo-bandéraïennes de droite en Ukraine. (Ce n'est pas sans raison que, lors de la célébration du 80è Anniversaire du Grand Octobre en 1997, A. Moroz s'est enfui du meeting des forces de gauche et s'en est allé rejoindre le meeting anticommuniste du Roukh2 pour «l'établissement de la compréhension mutuelle et de la concorde» conduit par Tchernovol.) Cela étant, A. Moroz camoufle son activité de serviteur fidèle de la bourgeoisie maison, du capital américain et des nationalistes sous la démagogie sociale du prétendu souci de la défense des intérêts des travailleurs. Ces contradictions entre les paroles et les actes n'ont pas pu ne pas mener à d'autres scissions au sein du P.S.U. L'une d'elles est celle dont est issu le Parti socialiste progressiste d'Ukraine, dirigé par Natalyya Vitrenko et V. Martchenko, qui s'est déclaré opposé à la ligne pro-américaine de L. Koutchma et A. Moroz, mais qui n'en est pas moins un parti tout aussi petit-bourgeois antistaliniste et donc, anticommuniste. (je voudrais rappeler que le programme économique du P.S.U. en ce qui concerne l'économie multistructurale et l'égalité en droits de toutes les formes de propriété a été rédigé par le docteur ès sciences économiques Natalya Vitrenko à son entrée à la direction du P.S.U. dans les premières années de son existence.) Après les élections présidentielles de 1999, le P,S,U, s'est vu abandonné par le groupe de I. Tchij qui a créé le Rassemblement des gauches de toute l'Ukraine (R.G.t.U.) «Justice» qui est ouvertement passé au service du régime en place. C'est à la fin des années quatre-vingt-dix que le P.S.U. a ouvertement renoncé au marxisme-léninisme en tant que sa théorie directrice. La notion de marxisme-léninisme a d'abord disparu des Statuts du P.S.U., puis de son Programme. Le P.S.U. a renoncé à la lutte de classe et se prononce pour la paix sociale dans la société en permanence déchirée par les contradictions de classe; il renonce à la division en politiciens «de gauche» et «de droite» et se prononce pour une division en politiciens «honnêtes» et «malhonnêtes», ainsi qu'en businessmen également «honnêtes» et «malhonnêtes». Les rangs du P.S.U. sont de plus en plus pénétrés par les petits et moyens patrons «honnêtes», ainsi que par les fonctionnaires et représentants de l'intelligentsia d'envergure urbaine ou districtale. Le «scandale de la cassette», qui a été déclenché fin 2000- début 2001 en rapport avec l'assassinat du journaliste G. Gongadzé, ne visait qu'un seul objectif: remplacer Koutchma - qui avait fait faillite et s'était fait détester Dar l'ensemble du peuple laborieux - au poste de Président par V, Youchtchenko, créature du capital américain. Le F.S.N. (Front de salut national; - N.d.T.), créé pour la circonstance, a également accueilli à sa direction Youliya Timochenko, ancienne dirigeante du EÉSU (sigle ukrainien ou russe non identifié; - N.d.T.), ainsi que célèbre ancien vice-Premier ministre du gouvernement de Youchtchenko, actuellement dirigeante du parti «Batkivchtchina», parti du gros capital oligarchique. Ce sont également les représentants des milieux nationalistes d'extrême droite, en particulier de l'UNA-UNSO3, qui ont pris la part la plus active dans ces actions. Puis, après les fameux évènements du 9 mars de l'année passée, toute une série de gens de droite d'orientation extrémiste, de leaders de l'UNA-UNSO, A. Chkilem en tête, se sont retrouvée derrière les barreaux. Et le journal du P.S.U. «Tovarichtch» se prononce systématiquement pour la libération de ces néo-bandéraiens. On se remémore involontairement l'Allemagne des années trente du siècle dernier lorsque les sociaux démocrates, ayant divisé la classe ouvrière du pays, ont favorisé l'arrivée des fascistes au pouvoir. En Ukraine, les socialistes de Moroz se manifestent ouvertement et sans se gêner dans le rôle de complices directe des néo-bandéraiens et néo-fascistes. Il est évident que Monsieur Moroz a oublié les leçons de l'histoire, à savoir qu'en arrivant au pouvoir, les hitlériens ont sur-le-champ entrepris d'exterminer l'avant-garde de la classe ouvrière, le Parti communiste d'Allemagne, en enfermant les communistes dans des camps de concentration et qu'ensuite, ils y ont également envoyé les sociaux-démocrates. Tel est le sort peu enviable de tous les traîtres. Bien entendu, en prenant sur lui d'attiser le «scandale de la cassette». Monsieur Moroz s'est assuré du soutien de ses patrons du capital américain, étant allé au début de l'année dernière aux É.-U.A. où il a eu toute une série de rencontres avec des sénateurs, des congressiste, des représentants des milieux d'affaires. Pourtant, il ne s'est pas trouvé possible de mener le «scandale de la cassette» à sa conclusion logique; L. Koutchma est parvenu à se maintenir à son poste de Président. En quoi donc consistaient les véritables dessous du «scandale de la cassette»? Et pourquoi A. Moroz et L. Koutchma - qui avaient travaillé la main dans la main avec succès dans les années 1994- 1996, oui avaient donné ensemble le coup de grâce aux restes du socialisme en Ukraine et y avaient consolidé ensemble le pouvoir du capital - pourquoi sont-ils devenus des adversaires politiques irréconciliables? Il y a à cela deux circonstances concomitantes. La première. Koutchma Intervient en tant que représentant du gros capital oligarchique corrompu et mafieux qui a constitué ses fabuleuses richesses et réalisé l'accumulation initiale du capital par des moyens criminels, en pillant le peuple laborieux, la propriété commune du peuple et les biens nationaux de manière non dissimulée et insolente, en procé aux privatisations en violation grossière de la législation bourgeoise de l'Ukraine. La petite et moyenne bourgeoisie, dont les intérêts avaient le P.S.U. de A. Moroz comme porte-parole, n'a pas pu ne pas s'en indigner. Où est donc cette lutte honnête? O sont donc ce «marché civilisé» et cette observation des «règles du Jeu» qui lui turent promises au début des années quatre-vingt-dix? Il n'en fut rien. Ce ne sont que pots-de-vin, insolentes exactions de la part des fonctionnaires, racket direct de la part des Inspecteurs du fisc, obligation de tenir une comptabilité à partie double, etc. Tout cela provoque un extrême mécontentement des milieux petits-bourgeois, provoque leurs plus vives protestations contre les formes et méthodes criminelles mafieuses de l'activité du gros capital personnifié au sommet du pouvoir politique par le Président L. Koutchma. Cela oblige leurs représentants politiques (c.-à-d. les politiciens du P.S.U. de Moroz; - N.d.T.) à parier de business «honnête, de patrons «honnêtes» et à axer toute leur énergie politique sur la lutte pour le renversement du pouvoir de Koutchma, pour sa destitution du poste de Président. La seconde. Durant les années de la réformation bourgeoise de l'Ukraine, c'est surtout dans l'Est de l'Ukraine que s'est développé et consolidé le gros capital, en liaison étroite avec le gros capital de Russie qui s'est constitué durant la même période. Les Intérêts économiques de la bourgeoisie de l'Est de l'Ukraine exercent une pression sur Koutchma et l'obligent à réorienter l'axe de son activité économique et politique extérieure en direction de la Russie. Bien entendu, cela ne peut pas ne pas avoir profondément déplu au véritable patron de l'Ukraine: le capital américain. Voilà comment les recherches d'un leader politique de tendance ouvertement pro-américaine ont commencé. C'est V. Youchtchenko qui s'est trouvé être ce leader. C'est donc sur lui que le dévelu a été jeté dans le «scandale de la cassette». C'est dans le même attelage que lui qu'est intervenue Y. Timochenko dont le business est supplanté depuis l'Est de l'Ukraine par les groupements oligarchiques bourgeois dont Koutchma est la créature. C'est précisément en direction de ces politiciens pro-américains qu'a commencé à s'orienter le P.S.U. dans sa lutte contre Koutchma. La campagne électorale qui vient de s'achever a été menée par le P.S.U. sous des mots d'ordre antistalinistes, anticommunistes. Il n'est que de jeter un coup d'œil sur les articles publiés dans les journaux «Tovarichtch» et «Silski visti» (en ukrainien; – N.d.T. ), sur les Interventions de A. Moroz, I. Boki et autres qui y sont publiées.

Voilà en bref la caractéristique du Parti socialiste d'Ukraine qui sert depuis déjà de nombreuses années la bourgeoisie avec fidélité et dévouement.

1. On appelle «bandéraiens» les suppôts, anciens et actuels, de S. A. Bandéra (mort en Autriche en 1959), chef de guerre national-fasciste de la prétendue «Armée insurrectionnelle (antisoviétique) ukrainienne» (UPA suivant son sigle ukrainien et russe) qui a combattu aux côtés de l'armée hitlérienne contre l'Armée rouge et les partisans soviétiques durant la Grande Guerre patriotique, Sous uniforme de la Wehrmacht, les terroristes bandéraiens de cette UPA, ainsi que ceux de la division SS «Galitchina». se distinguaient ar leur brassards jaune et bleu et les galons, également jeunes et bleus, de leurs pattes d'épaules. Aujourd'hui, ce sont ces mêmes couleurs jaune et bleue de la symbolique nationale-fasciste bandéraienne qui ont été imposées par le couple scélérat Koutchma- Moroz pour le drapeau national de l'Ukraine «indépendante». (N.d.T.)

2. Le mot ukrainien 'roukh' signifie 'mouvement' et c'est par ce terme que l'on désigne en abrégé le Mouvement populaire d'Ukraine qui est une organisation ultra-nationaliste de type fasciste, néo-bandéraienne, pro-otannienne, partagée en plusieurs courants. (N.d.T.)

3. UNA-UNSO, - sigle ukrainien et russe de 'Assemblée nationale ukrainienne- Autodéfense nationale ukrainienne' qui est le nom d'une organisation nationale-fasciste extrémiste. (N.d.T.)

A.A. Mayenski
Secrétaire du C.C. du P.C.B.t.u.s.
pour l'Ukraine, la Moldavie et le Pridnestrovyé.

12 septembre 2002

(La suite dans nos prochaines publications)

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