Belder
10 septembre 2003
Introduction: Chaque année, dix millions d'êtres humains meurent de la famine. Les sauver ne coûterait guère plus qu'un mois d'occupation de l'Irak. Les 10% les plus riches des habitants de la planète possèdent 124 fois plus que les 10% les plus pauvres. Ces réalités choquantes et bien d'autres, vous pouvez les découvrir dans le récent Rapport sur le développement humain des Nations unies. Le document se lit comme une accusation cinglante contre le capitalisme. S'il n'a pas été rédigé en ce sens, le rapport constitue néanmoins un excellent matériau de promotion du socialisme.

Le rapport des Nations Unies pour l'année 2001 évalue cette richesse: cette année-là, en tout, nous avons produit pour 45.000 milliards de dollars. Si l'on répartissait cette richesse de façon équitable, une famille avec trois enfants, qu'elle habite en Afrique ou aux États-Unis, pourrait disposer d'un revenu mensuel d'au moins 2.260 euros ou 91.000 anciens francs belges.
Toute cette production, et pourtant la pauvreté existe
«La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises. » Telle est la phrase d'introduction du Capital de Karl Marx.
Le rapport des Nations Unies pour l'année 2001 évalue cette richesse: cette année-là, en tout, nous avons produit pour 45.000 milliards de dollars. Si l'on répartissait cette richesse de façon équitable, une famille avec trois enfants, qu'elle habite en Afrique ou aux États-Unis, pourrait disposer d'un revenu mensuel d'au moins 2.260 euros ou 91.000 anciens francs belges.
Ce montant permet de se loger décemment avec tout le confort nécessaire: téléphone, télévision, machine à laver, frigo, etc. Avec ce budget, chaque citoyen du monde peut largement se pourvoir de nourriture, de médicaments et de vêtements. Une visite chez le médecin ou le dentiste ne pose aucun problème. Bref, les gens produisent aujourd'hui, à l'échelle mondiale, largement de quoi satisfaire les besoins de chacun. Et pourtant, on est loin du compte. Pratiquement la moitié des humains ne disposent pas d'équipements sanitaires. Un sur trois n'a pas d'électricité, un sur cinq pas d'eau potable.
Si la répartition était équitable, chaque citoyen de la terre disposerait de 14 dollars par jour. Mais ils sont 2,8 milliards à se contenter de 2 dollars ou moins. Et 1,1 milliards à devoir couper moins d'un dollar en quatre pour s'en sortir. Les1% les plus riches gagnent autant que 57% de la population mondiale.
Ce fossé est valable non seulement entre les pays mais également entre les gens d'un même pays. En Belgique, par exemple, les 10% les plus riches gagnent 8 fois le revenu des 10% les plus pauvres. Aux États-Unis, le rapport est de 17, au Chili 43, au Brésil 66, en Namibie 129. Le rapport juge «grotesque» cette inégalité des revenus.
Plus de pauvres aussi dans les pays occidentaux
Chaque jour, 30.000 enfants meurent de faim et de manque de soins. Le nombre d'enfants morts de la diarrhée durant les années 90 a dépassé le total des victimes de tous les conflits armés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Chaque année, plus de dix millions de personnes meurent de faim, de tuberculose et d'autres maladies aisément guérissables. Chaque année, plus d'un demi-million de femmes meurent en couches. «Ces données statistiques sont scandaleuses parce qu'un grand nombre de ces morts sont évitable», indique le rapport.
Les défenseurs du capitalisme mondial ne peuvent faire autrement que de reconnaître ces chiffres. Ils disent: la situation est mauvaise, en effet, mais nous progressons. Le rapport fait du petit bois de ces allégations. Aujourd'hui, 54 pays sont plus pauvres qu'il y a dix ans. Cela équivaut à un huitième de la population mondiale.
Le nombre de gens vivant dans une extrême pauvreté a augmenté en Amérique latine, dans les anciens pays du bloc de l'Est et en Afrique subsaharienne. Au cours de la décennie écoulée, le nombre total de pauvres des pays capitalistes s'est accru de 60 millions et, s'il faut en croire les auteurs, il s'agit d'une estimation très basse. En Afrique, en 1990, la mortalité infantile était 19 fois plus importante que dans les pays riches. Aujourd'hui, 26 fois.
Éliminer la faim ne coûterait pas plus qu'un mois d'occupation de l'Irak
«L'accumulation de richesse à un pôle, équivaut à l'accumulation de pauvreté, de souffrance, d'ignorance, d'abrutissement, de dégradation morale, d'esclavage, au pôle opposé», écrivait Marx il y a 140 ans dans Le Capital. Le rapport l'illustre sur deux points essentiels: la nourriture et la santé.
Considéré globalement, il y a un surplus annuel de nourriture pour environ 600 millions de personnes. Pourtant, plus de 800 millions d'humains souffrent de la faim. En Afrique subsaharienne, ils sont un sur trois, en Asie du Sud, un sur quatre. Rien qu'en Inde, ils sont 200 millions. Pourtant, le problème de la faim serait assez facile à résoudre. Sur base annuelle, il n'en coûterait que 5,2 milliards de dollars, soit un peu plus que le coût d'un mois d'occupation américaine en Irak.
Ces trente dernières années, l'aide au développement allant à l'agriculture a diminué, passant de 3,6 milliards à 1,4 milliards de dollars. Entre-temps, les pays riches dépensent plus de 200 fois ce montant pour subsidier leur agriculture: 311 milliards de dollars. Pour chaque vache d'Europe, l'Union européenne lâche 913 dollars de subsides, soit environ le double de ce qu'un Africain gagne en un an.
Malgré toutes les belles promesses, nous ne devons guère nous attendre à beaucoup d'amélioration directe. Un exemple: la CGIAR. Cette institution internationale, liée à plus de 20 pays et à des organisations de l'ONU, enquête sur la façon dont il serait possible d'améliorer la production de plantes dans le tiers monde. Avec difficulté, elle a collecté 337 millions de dollars de fonds. Alors que la multinationale alimentaire Monsanto dépense à elle seule 600 millions de dollars pour son budget recherches.
Trop pauvres pour Les fabricants de pilules
Sur le plan de la santé, la situation est au moins tout aussi hallucinante. Quelque 35 milliards de dollars suffiraient à empêcher que, chaque année, huit millions d'humains meurent de maladies très courantes et faciles à soigner. C'est moins que les 40 milliards que les États-Unis ont dépensé pour faire la guerre contre l'Irak, en mars et avril.
Les problèmes de santé de l'écrasante majorité de la population mondiale (5,5 milliards) sont liés à des maladies comme la malaria, la tuberculose, la diarrhée. Les recherches en vue de les combattre ne représentent que 10% du budget total de la recherche médicale. Les 90% qui restent sont orientés sur des maladies typiquement occidentales.
Les pays en voie de développement n'utilisent que 2% des médicaments produits dans le monde. Ces milliards d'habitants n'ont pas assez de pouvoir d'achat pour que les géants pharmaceutiques s'intéressent à eux.
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