Des millions de Russes exigent le maintien des droits sociaux

La population résiste au plan de Poutine

Sous la pression de l'OMC, le président Poutine impose de nouvelles mesures via le parlement. Depuis le 5 août, vétérans de guerre et invalides ne bénéficient plus de la gratuité du téléphone, des chemins de fer et des médicaments. Ils deviennent eux aussi le jouet du libre marché. Les communistes organisent l'opposition à l'intérieur, mais surtout à l'extérieur du parlement.

Jef Bossuyt
11-08-2004

La gratuité de la médecine et de l'enseignement, la quasi-gratuité des transports et du logement, le plein emploi, tels étaient les avantages du système soviétique, en place de 1917 à 1991. Jusqu'à présent, le gouvernement russe n'avait pas encore osé reprendre ces avantages aux vétérans de guerre, pensionnés et handicapés, qui continuaient à téléphoner, se soigner et se déplacer gratuitement.

Dans une nouvelle phase des privatisations, la douma(parlement russe) les a désormais privés de ces avantages. «Le 5 août, c'en sera terminé pour de bon du communisme en Russie», jubilait le libéral Djirinovski. En lieu et place de ces avantages, les personnes concernées recevront chaque mois une compensation mensuelle en argent: 1,550 roubles (45 euros) maximum pour les invalides de guerre, mais à peine 350 roubles (10 euros) pour les invalides du 1er échelon. Ajoutez à cela une indemnité de 450 roubles avec laquelle ils devront payer leurs médicaments, leur abonnement de train et leur séjour au sanatorium. Chose impossible car, entre-temps, les prix grimpent dans les pharmacies au point de vouloir rattraper ceux de l'Occident. Ce sont les gouverneurs locaux qui sont responsables de bon nombre de ces indemnités. Dans une dizaine de régions de Sibérie, ces gouverneurs se plaignent déjà de ne pas recevoir de Moscou l'argent prévu.

Moscou, 2 août 2004. Des officiers pensionnés passent à l'action contre les plans de Poutine qui visent à supprimer leurs avantages(téléphone et transport gratuits) moyennant une indemnisation dérisoire. La police anti-émeute a tenté d'étouffer les protestations dans l’œuf. (Photo Belga-AFP, Dmitry Chebotayev)

L'opposition des communistes

 Les communistes et le parti «Patrie», en compagnie de 120 députés (sur 450), ont voté contre la loi de Poutine. Victor Tioulkine, du Parti communiste russe des Travailleurs, a en outre plaidé en faveur d'une indexation complète des indemnités sociales et a exigé la démission du gouvernement et du Parlement.

Mais le centre de gravité de l'opposition se situait en dehors du Parlement. Le 29 juillet, 2,000 personnes ont manifesté dans le centre de Moscou, dont les pompiers et les sauveteurs de la centrale de Tchernobyl. À l’époque, nombreux d'entre eux ont été contaminés et, désormais, ils doivent eux aussi payer leurs médicaments. Le jour du vote, des piquets arborant des drapeaux rouges ont entouré le siège du parlement. Le 2 août, des manifestants ont bloqué tout le trafic et ont occupé la rue jusqu'à l'endroit où se dresse la statue de Karl Marx. Là, ils ont dressé deux tentes et vingt d'entre eux ont entamé une grève de la faim. L'un des grévistes a été arrêté et les autres ont été chassés par la police mais, le lendemain, ils remettaient ça. Des délégations ont en outre apporté des motions de solidarité, ainsi que de l'huile solaire car à la faim s'ajoutait une chaleur particulièrement accablante.

Les manifestations ont gagné tout le pays. A Tyumen, à quelques 2000 km de là, des centaines de manifestants ont exigé la démission des parlementaires qui avaient approuvé cette loi. Juste en face du bureau du gouverneur, ils ont garé un camion orné de banderoles, depuis lequel ils ont distribué des tracts en faveur de la restauration du pouvoir soviétique.

Des Russes riches,
Des Russes pauvres

Les nouvelles mesures appliquées en Russie ne feront qu'élargir encore le fossé déjà immense entre les pauvres et les gens très riches. L'homme le plus riche de Russie, le magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovsky, est actuellement en prison pour fraude fiscale. Il devra vraisemblablement vendre toutes ses actions pour payer ses amendes. Ses collègues des autres compagnies pétrolières tournent autour de l'affaire comme des vautours et insistent auprès du président Poutine pour pouvoir racheter les parts de leur «infortuné» collègue.

L'un des candidats repreneurs n'est autre que Roman Abramovitch, 37 ans, gouverneur du district de Tchoukotié et patron de la compagnie pétrolière sibérienne Sibneft. Il est également propriétaire de l'équipe de foot britannique de Chelsea, pour laquelle il a acheté suffisamment de joueurs pour monter deux équipes de première division. Il est également l'un des importants sponsors du CSKA Moscou, champion de Russie en 2003. L'hebdomadaire Forbes a décerné à Abramovitch le titre d'habitant le plus riche d'Angleterre, davantage encore que le duc de Westminster en personne!

Pour le Russe moyen, le simple achat d'un billet de foot pose déjà un problème. Le 21 mai, la douma se prononçait sur le montant du minimum vital. D'après le gouvernement, un Russe doit pouvoir vivre avec une ration journalière de 5g de beurre, 7g de fromage, une tomate, et d'un cornichon tous les quinze jours. Les enfants doivent se contenter de trois paires de bas tous les 1,9 an et d'un nouveau pantalon et vêtement tous les trois ans. On octroie une nouvelle paire de chaussures tous les deux ans. Le British Medical Journal prévoit que, l'an prochain, le nombre de docteurs baissera de 300.000 en Russie.

L'OMC, Organisation mondiale du commerce

La nouvelle loi du régime de Poutine fait partie d'un ensemble plus important de privatisations et de l'introduction des principes du marché. En automne, on s'occupera des subsides sur les loyers et, le 1er janvier 2006, les habitants vont devoir payer le plein tarif pour l'énergie, le gaz et l'électricité. Ces dernières mesures suivent les pressions de l'OMC. Les capitalistes russes qui exportent vers l'étranger veulent que la Russie devienne membre de l'OMC, ce qui leur donnerait un libre accès aux marchés étrangers. Mais la Russie devra répondre aux exigences de l'OMC: facturer l'énergie, le gaz et l'électricité aux prix réels et privatiser le marché de l'énergie. Le pays ne pourra plus octroyer de subsides à l'agriculture et à l'industrie et le marché intérieur russe devra s'ouvrir aux multinationales occidentales. Dans l'agriculture et le secteur automobile, bien des emplois vont devoir disparaître. La Russie a déjà donné son accord à l'Union européenne pour doubler les prix de son gaz. Moscou espère également recevoir le feu vert de Washington quant à son accession à l'OMC avant même les élections présidentielles de novembre prochain. Le Russe moyen ne sera plus en mesure de payer ses factures de gaz et d'électricité. Quelques régions sont déjà confrontées à ces hausses de prix. Des troubles y ont éclaté...

Réactions

Bolch (14 août 2004)

J'ai confiance dans le peuple russe et dans tous les peuples ex-soviétiques pour se débarrasser de leurs dirigeants bourgeois criminels qui les massacrent à petit feu. De plus en plus de soviétique sont conscience que la renaissance de l'URSS est primordiale et que pour cela, ils doivent se débarrasser des crapules réactionnaires qui les dirigent. La révolution n'est peut-être pas pour demain, mais elle est inévitable. Poutine et autres dirigeants terroristes des ex-républiques soviétiques, vous êtes foutus car vous allez bientôt essuyer la colère du peuple. Vous n'aurez à ce moment-là aucun endroit pour vous cacher car vous serez traqués jusque dans vos chiottes. Vous finirez comme l'autocrate criminel Nicolas 2.

Avec mon plus sincère mépris pour tous les dirigeants bourgeois.

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