Le pire pour les marchés pétroliers semble avoir été évité ce week-end: non parla destruction criminelle d'installations pétrolières dans le Golfe – imprévisible par nature – mais bel et bien la destitution – encore jugée probable vendredi dernier –, de Hugo Chavez, le président controversé du Vénézuéla, déjà renversé deux ans auparavant par un coup d'état de forces libérales téléguidé depuis Washington.
Le référendum révocatoire de mi-mandat de dimanche – un particularisme de la république bolivarienne du Vénézuéla –, aurait pu provoquer une nouvelle envolée du baril de pétrole jusqu'aux 50 dollars – il flirtait déjà avec les 47 dollars le 13 août –, car nul n'aurait pu prédire les retombées d'une victoire de l'opposition.
Cette opposition fut ouvertement financée par certaines ONG américaines, dont la célèbre NED (National Endowment for Democracy), constituée à l'initiative de Ronald Reagan au début des années 80, et souvent considérée comme une courroie de transmission occulte – ou tout du moins objective – de la politique extérieure des USA.
La NED a fait transiter 300 millions de dollars via le CIPE, un organisme pro patronal et co-gérée par la Chambre de Commerce des USA, dont le destinataire final était le Cedice, une ONG pro libérale basée à Caracas qui faisait campagne contre l'actuel président accusé de pro castrisme, de complaisance pour le progressisme socialiste et pour le collectivisme...
En résumé, Hugo Chavez est l'archétype de l'épouvantail politique pour l'administration Bush ; l'enjeu principal de sa destitution"démocratique" – après l'échec de la manière forte en 2002 – était naturellement la privatisation rapide du pétrole vénézuélien... au profit de"majors" étrangères (devinez lesquelles).
La constitution vénézuélienne interdit le financement d'une campagne par des organisations étrangères: la victoire de l'opposition libérale aurait de toute façon été entachée de graves irrégularités... et, même vaincu, la capacité de l'actuel président à mobiliser la population face au "péril extérieur" n'est plus à démontrer: d'où le risque de troubles, de blocus des installations pétrolières... et de flambée du baril.
C'est justement ce dont les États-Unis ont le moins besoin en ce moment car, en tant que premier importateur mondial, l'impact du coût de l'énergie sur la croissance menace d'y être plus pénalisant que dans n'importe quel autre pays du G7.
Et les USA doivent déjà faire face au creusement abyssal du déficit commercial US – record de 55,8 milliards de dollars en juin ! – qui explose de près de 20%après révision du précédent chiffre de mai, à la hausse lui aussi.
La balance américaine affiche un déséquilibre quotidien de 1,85 milliard de dollars – soit 1,5 milliards d'euros, soit encore l'équivalent de 78 millions de dollars par heure, soit 1,3 millions à la minute.
Le rythme annuel des exportations a connu l'un des plus brutal recul des quatre dernières années en juin, tandis que les importations atteignaient un nouveau record.
Le krach de 1987 avait eu lieu pour beaucoup moins que cela (15 milliards de dollars). Mais à l'époque, la Fed n'avait pas encore réussi à imposer le concept que ce qui importe en dernier ressort, ce n'est pas "qui essuie une perte ou qui réalise un gain lors d'une transaction commerciale" mais bien "la quantité et la valeur globale de biens échangés", – d'où l'aspect fondamental que revêt le coût de l'argent dans un monde où tout se négocie à crédit.
Les opérateurs ne partagent plus l'optimisme de façade affiché par Alan Greenspan à l'égard des fondamentaux américains et ils semblent plutôt privilégier le diagnostic de John Chambers (Cisco Systems), lequel fait état d'une plus grande prudence de la part des chefs d'entreprise à l'égard des perspectives à court terme.
La Fed entérine le risque d'effets négatifs s'agissant du coût de l'énergie...mais continue de se désintéresser superbement du surcoût de financement d'un déficit commercial qui atteindrait désormais 670 milliards de dollars par an si la situation actuelle se stabilisait simplement – nul n'envisage qu'elle ait cessé de se dégrader en juillet ou au mois d'août avec un baril à 47 dollars.
La Banque centrale européenne a admis de son côté que la flambée des cours de l'or noir pourrait freiner l'activité en zone euro. À propos de l'inflation, elle peut encore se montrer confiante: en France, grâce à l'effet "soldes", les prix ont reculé de 0,2% en juillet.
Eurostat a révélé, vendredi 13 août, que la croissance avait atteint 0,5% au second trimestre chez les Douze, après avoir enregistré 0,6% au premier trimestre: c'est moins bien qu'espéré. La France joue le rôle de locomotive sur le Vieux Continent avec 0,8%, même si ce rebond apparaît encore fragile et ne s'accompagne pas d'une amélioration symétrique et proportionnelle du marché du travail.
C'est le pic de consommation de juin (+4%) qui a placé la croissance française au-delà des estimations les plus optimistes: nul ne l'avait prévu... mais beaucoup seraient prêts à faire le pari que le miracle ne se sera pas renouvelé en juillet.
Les marchés ont pour réputation d'anticiper avec une certaine fiabilité les fluctuations de la conjoncture économique à un horizon de 6 à 9 mois: aux USA, le signal est clair puisque le Nasdaq a commencé à se replier dès la fin janvier. En Europe ce fut plus tardif, et les indices boursiers jetèrent leurs derniers feux fin juin – CAC 40 revenu à 3 780 points... à 1% du record annuel, à parité avec le zénith de la fin mars.
La résistance dont ont fait preuve les places boursières occidentales vendredi – malgré le déficit commercial US et la baisse du moral des ménages américains – puis ce lundi ensuite, ressemble véritablement à un combat d'arrière garde... et ceci dans la pleine acception polémique – art de la guerre – de l'expression: les troupes chargées de retenir l'ennemi coûte que coûte et le plus longtemps possible sont sacrifiées en toute connaissance de cause pour permettre au gros des effectifs de se replier sur des positions de défense et d'échapper à une débâcle militaire certaine.
Qui paye aujourd'hui pour éviter au CAC 40, à l'Eurotop 100, au S&P 500 de chuter incessamment de 10% afin que, selon le consensus moyen des chartistes et des spécialistes de l'analyse technique, certaines troupes aient le temps de quitter le théâtre des opérations sans trop de pertes et de se mettre à l'abris – avant que le CAC 40 ne bascule définitivement sous les 3 477 points ou le Dow Jones sous 9 800 points?
N'attendons pas de le savoir pour imiter ceux qui reprennent leurs billes pour investir sous des cieux plus cléments!
Certains préfèreront oublier la Bourse, le commerce extérieur américain, ou la vulnérabilité du dollar pour concentrer leur attention sur les Jeux Olympiques. Comme un symbole, la meilleure chance de médaille américaine, la fameuse "Dream Team", composée de joueurs qui valent déjà sur le papier plus que leur poids en billets de 500 dollars – oui les extra-terrestres en or massif de la NBA –, a été battue à plate couture par l'équipe de Porto Rico – dont chacun des membres dispose à peine de quoi se payer un billet d'avion pour Athènes – avec un écart de près de 20 points!
Souhaitons que cela ne constitue pas un mauvais présage pour le "Cinq majeur" de l'économie américaine, la fameuse "Dream Team" formée d'Alan Greenspan, Ben Bernanke, William Poole, Fred McTeer – les trois mousquetaires ultra libéraux de la FED... qui sont naturellement quatre – plus le pivot... John Snow, le Secrétaire US au Trésor.
Ils sont réputés imbattables... mais l'équipe Chavez, supposée appartenir comme le Vénézuéla à la deuxième division des nations, a montré ce week-end qu'elle pouvait tenir en échec une sélection sponsorisée par la Maison Blanche, alors méfiance!
Philipe Béchard
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