Comment résister à l'agressivité de l'impérialisme? C'est la question dont
ont débattu 64 délégations de partis communistes et ouvriers à Athènes, à
l'initiative du Parti communiste de Grèce. Baudouin Deckers y était pour le PTB. Il répond à nos questions.
Baudouin Deckers est membre du Bureau politique du PTB et responsable du Département des Relations internationales.
Jean Pestieau
Comment est perçue la situation mondiale actuelle?
Baudouin Deckers. Avec l'approfondissement de la crise de l'impérialisme, le danger d'une guerre mondiale s'accroît. Pas mal de délégués ont insisté sur la nécessité de lutter pour le démantèlement de l'Otan, mais aussi contre l'euro-armée au service de l'impérialisme européen.
Angelo Alves, du Parti communiste portugais, a expliqué que la crise profonde du système et la réponse agressive de l'impérialisme rendent impossible, avec le rapport de forces actuel, le succès des stratégies réformistes. Cela montre l'urgence d'une alternative politique. Laquelle, dit-il, s'inscrit elle-même dans une question plus large, celle du système alternatif au capitalisme: le socialisme.
Il a aussi été question de renforcer le travail des communistes dans la classe ouvrière et les syndicats...
Baudouin Deckers. Oui, ce sera d'ailleurs le thème central du prochain congrès du Parti communiste de Grèce (KKE), a expliqué sa secrétaire générale, Aleka Paparigha. Le congrès va analyser comment développer la lutte de classes en Grèce, comment aiguiser la conscience qu'une solution radicale est nécessaire en ce qui concerne le pouvoir. Elle a souligné les tâches des communistes au sein des syndicats: il s'agit d'y renforcer la conscience que la politique de compromis des dirigeants de droite n'offre aucune perspective. La crise nécessite une radicalisation et la rend aussi possible.
Autre lutte évoquée: la résistance contre les guerres américaines aux États-Unis mêmes...
Baudouin Deckers. La représentante du Parti Communiste des États-Unis a exposé combien le mouvement ouvrier est à l'avant plan de la lutte contre l'agression en Irak. Entre autres en bloquant les transports de troupes et d'armements dans certains ports. Les travailleurs américains sont eux aussi victimes de la politique de guerre du gouvernement Bush: celui-ci détruit les acquis sociaux afin d'alimenter le budget de la défense. Chose jamais vue, des syndicats entiers se sont mobilisés pour aller convaincre la population d'États traditionnellement républicains de ne pas réélire Bush.
Quel est l'état du débat sur l'unité entre partis communistes?
Baudouin Deckers. La question a été un des points centraux de la rencontre. Pour certains, il faut avant tout que les communistes se renforcent dans leur propre pays, car ils sont responsables de la révolution chez eux. Pour d'autres, les échanges bilatéraux et multilatéraux entre partis communistes sont essentiels pour surmonter les faiblesses qui existent dans le Mouvement communiste international.
Dans ce cadre, je peux dire que plusieurs représentants de partis communistes, entre autres des anciens pays socialistes d'Europe, sont venus nous dire combien les textes de fond de notre parti leur sont une aide réelle. Tant les livres et articles faisant le bilan de la contre-révolution des années 1989-1991, que les articles d'Études Marxistes – dont les deux derniers numéros sur la Chine et l'Union Européenne ú ou les livres publiés par des cadres du PTB sur la guerre en Irak. Nous devons donc renforcer nos efforts afin que nos analyses soient au service de l'ensemble du mouvement communiste.
D'autre part, je suis convaincu que nous devons nous-mêmes bien mieux étudier les expériences et analyses des autres partis communistes. L'internet facilite cela. Le site www.solidnet.org publie beaucoup de leurs documents ú dont les interventions des partis à la rencontre d'Athènes.
Il y a eu plusieurs appels à coordonner les luttes et à coopérer. D'abord en organisant des rencontres régionales de partis communistes sur des thèmes spécifiques, ensuite en organisant des rencontres lors des grands événements internationaux. Enfin en participant à des rencontres plus larges avec les forces anti-impérialistes et démocratiques.
Nous subissons partout en Europe la même dictature du capital. Les bourgeoisies européennes se coordonnent contre la classe ouvrière.
Nous avons discuté avec d'autres partis communistes d'Europe de l'organisation plus concrète de la solidarité et de la coopération, face aux mesures antisociales de Lisbonne. Entre autres en organisant des meetings où des communistes et syndicalistes de différents pays prendraient la parole, en organisant un meilleur échange d'informations. Nous espérons que des rencontres entre partis communistes des pays voisins auront lieu prochainement.
Le Forum social mondial aura lieu en janvier à Porto Allegre. Le Parti Communiste du Brésil a proposé que les instituts d'études proches des différents partis y organisent deux meetings. Un sur les défis actuels dans la lutte pour le socialisme, l'autre sur la lutte contre la guerre et l'impérialisme. Plusieurs dizaines de partis communistes, dont le nôtre, ont répondu positivement.
Quels points avez-vous mis en avant dans votre intervention à la rencontre?
Baudouin Deckers. J'ai particulièrement traité de la nécessité de soutenir concrètement l'ensemble des pays qui aujourd'hui ont le courage de se réclamer du socialisme: Cuba, la République démocratique de Corée, la Chine, le Vietnam et le Laos. Tous subissent des menaces de la part des États-Unis et d'autres puissances impérialistes.
Si les communistes ne s'attellent pas à la tâche de propager les acquis du socialisme et de réfuter les mensonges à l'égard de ces pays, qui donc le fera? Le renversement du socialisme en Europe de l'Est a rendu l'impérialisme plus agressif, tant envers les peuples du tiers monde qu'envers la classe ouvrière des pays riches. Défendre les pays socialistes est donc intimement lié à la défense de la paix et des travailleurs en général.
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