Révolution d’Octobre 1917:
40.000 manifestants à Moscou...

Lundi 8 novembre 2004

Des dizaines de milliers de sympathisants communistes ont défilé dimanche 7 novembre 2004, sous haute surveillance policière, à travers les rues de Moscou pour célébrer la fête de la Révolution d’Octobre, sur fond de polémique, le pouvoir voulant supprimer ce jour férié pour le remplacer par un autre.

Le centre de Moscou avait pour l’occasion été fermé à la circulation et les passages souterrains bloqués par crainte d’attaques terroristes. Des centaines de policiers et de militaires surveillaient et contrôlaient passants et manifestants. La sécurité était particulièrement importante aux abords de la Place Rouge où les autorités avaient parallèlement organisé une parade militaire officielle d’environ 2.000soldats, officiers et vétérans. "Pour nous tous, cet anniversaire est celui de ce jour inoubliable de

"1941", a déclaré le maire de Moscou, Iouri Loujkov, en référence au défilé des soldats soviétiques sur la Place Rouge qui allaient défendre Moscou contre les nazis. "Mais c’est également celui de la Grande Révolution socialiste d’Octobre", a-t-il ajouté, le 7 novembre étant dans l’esprit des Russes avant tout le jour marquant la prise du pouvoir par les bolcheviks (le 7 novembre correspondant au25 octobre de l’ancien calendrier julien). Les sympathisants du Parti communiste et d’autres partis d’extrême gauche se sont comme tous les ans réunis au pied de la dernière grande statue de Lénine, sur l’ex-place d’Octobre.

Les manifestants (40.000 d’après le Parti communiste) étaient encadrés par un cordon policier impressionnant, l’ensemble des participants devaient notamment passer par des détecteurs de métaux pour accéder au cortège. Majoritairement âgés de plus de 50 ans, les manifestants arboraient des centaines de drapeaux rouges, des portraits de Lénine ainsi que des banderoles aux slogans révolutionnaires, anti-bourgeois et nostalgiques de l’URSS. Le défilé s’est achevé près du monument dédié à Karl Marx, non loin de la Douma (Chambre basse du Parlement).

Celle-ci doit examiner mercredi prochain un projet de loi visant justement à remplacer le jour férié de la fête de la Révolution (rebaptisée d’ailleurs fête de l’Entente et de la réconciliation à la fin de l’URSS) par un autre, le 4 novembre, pour une Journée de l’Unité du peuple qui célébrerait la fin du "temps des troubles" en 1612. "Il n’y qu’un mot pour ça en russe: c’est de la cochonnerie", lance le secrétaire général du Parti communiste, Guennadi Ziouganov, critiquant ce projet de suppression du calendrier des fêtes. "C’est notre histoire. La grande Révolution d’Octobre a illuminé le monde et maintenant on veut simplement la mettre à la poubelle!", se plaint aussi un retraité, Boris Vladimirov. "Je n’irai pas travailler l’année prochaine même s’ils annulent le jour férié pour la Révolution", prévient Vladimir Koulossov, un ouvrier de chantier de 50 ans, pour qui le 7 novembre est "le plus beau jour de l’année". Selon un récent sondage, de l’institut Romir, 67% des Russes sont contre ce changement de jour de fête soutenu par l’église orthodoxe. "C’est scandaleux, le pouvoir a laissé mourir les vieux et maintenant il s’attaque à l’Histoire. C’est ça la démocratie aujourd’hui: des flics et des détecteurs de métaux", crie Gueorgui Bolochov, 76 ans. "Quand on voit l’état de la Russie maintenant, on comprend combien l’URSS était grandiose. Mais maintenant il n’y a plus de vrais communistes. Il ne faut pas manifester mais prendre des mitraillettes!", poursuit-il devant un public conquis.

Et M. Ziouganov de conclure la manifestation par un discours rappelant les succès et la gloire de l’URSS, tout en distribuant à des jeunes, nouveaux membres du PC, leur carte d’adhérent. MOSCOU (AFP)

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