Mort du pape

Déferlement politico-religieux

La mort du pape de l'Église catholique donne lieu à une offensive d'une ampleur exceptionnelle de la part de la réaction. Elle ne se contente pas d’en faire Ie chef de la chrétienté (alors qu'il n'est que Ie représentant d'une Église), mais surtout elle veut I'imposer comme la conscience universelle de toute I'humanité!

Avant son décès, les bulletins de santé et les commentaires mensonges de son entourage avaient la priorité sur toute autre information. Et depuis I'annonce de sa mort, les medias imposent une couverture en continu des rites du Vatican. Rien n'est plus important que de savoir quand auront lieu les obsèques, quel chemin empruntera Ie cortège, qui présidera la messe, etc. Cette théâtralisation médiatisée au plan mondial est I'oeuvre de la réaction politique et idéologique qui salue, dans ce pape, un des siens et qui veut "canoniser" en direct ses valeurs.

Ce n'est pas seulement son anti-communisme militant érigé en valeur universelle. C'est sa croisade contre les droits démocratiques des femmes, contre la contraception, Ie préservatif, unique moyen de prévention contre Ie sida, contre l'avortement, au mépris de la vie de millions de femmes et d'hommes. C'est son apologie de I'obscurantisme à travers la condamnation des philosophes des Lumières, la canonisation du fondateur de I'Opus Dei. En enterrant Ie courant latino-américain se réclamant de la "théologie de la libération", Wojtyla a travaillé a étouffer les aspirations a la justice sociale, à la démocratie et a prôné la soumission aux régimes militaires dictatoriaux.

Sur ces questions, comme sur bien d'autres, il n'a heureusement pas été suivi par tous les catholiques.

Les hommages des chefs d'État participent d'une espèce de surenchère émotionnelle qui empêche tout esprit critique. De la part de beaucoup, les Bush, Berlusconi et autres dirigeants qui se sentent investis d'une mission au service de I'Occident chrétien, cela n'étonne guère. Plus étonnant est Ie soutien des autorités cubaines qui ne veulent retenir que certains aspects de la diplomatie vaticane, ceux qu'ils interprètent comme leur étant les plus favorables.

Le premiers à vouloir s'agenouiller devant le pape, ce sont les chefs de file de l'impérialisme US

Quant aux initiatives impulsées par Ie sommet de l'État dans notre pays - la mise en berne des drapeaux, la participation des préfets et d'autres autorités à des messes - elles s'inscrivent dans cette conception de la laïcité sélective, qui place la religion chrétienne a part.

De très nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer cette apologie du fait religieux qui, dans un État laïc, ne devrait pas dépasser la sphère privée. Que des croyants estiment devoir rendre hommage à un responsable religieux est une chose. Mais que les medias publics soient mis au service de cette expression, en est une autre. Nous n'en n'avons pas fini avec I'immixtion des Églises dans la sphère politique. La Constitution européenne les reconnaît comme des interlocuteurs à part entière.

Ce qui se passe auteur de la mort du pape ne peut que nous renforcer dans notre opposition a cette Constitution, sous cet angle aussi.

La Forge
Avril 2005

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