Extraits d’une lettre qui m’a été adressée par Josefina Garcia Arambura, du Parti communiste d’Espagne (reconstitué), prisonnière politique, arrêtée en juillet 2002.
Dr Adélard Paquin
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De Fresne
Cher Adélard
Ces derniers temps, j’ai beaucoup travaillé sur la défense de notre procès qui aura lieu dans les prochains mois. En juillet, le juge instructeur, a mis fin à l’instruction du dossier après trois années, sans apporter une seule preuve qui puisse nous incriminer. Toutefois, on va nous condamner. Notre dossier a été clôturé, oui, mais une autre fois le juge Bruguière a décidé de nous maintenir dans l’isolement que nous subissons depuis trois ans. Il n’a pas enlevé les interdictions et le procureur chargé de notre dossier a suivi le critère du juge. À notre avis, cette décision qu’ils viennent de faire est de nous empêcher de pouvoir préparer notre défense. C’est pourquoi il faut s’attendre à ce que les juges ne nous laissent pas parler lors du procès. On verra.
De notre part, maintenant on est en train d'écrire un peu partout pour dénoncer la situation d'isolement qui reste toujours et pour faire appel à la solidarité auprès du procureur général pour en finir une fois par toutes avec cette situation qui dépasse déjà toutes les bornes. Il s'agirait d'envoyer des cartes postales ou des télégrammes en lui demandant la fin des interdictions. Les avocats sont aussi en train de parler avec le procureur pour tenter de résoudre ce problème, mais je crains bien que ça va être difficile. Cependant, il faut se battre, n'est-ce pas?
| Mesdames, Le (la) soussigné(e) vous exige la liberté immédiate des accusés du Parti Communiste d'Espagne (reconstitue) - PCE(r) - de celui des Comités pour un Secours Rouge International (CSRI) et des ceux des Groupes de Résistances Antifasciste du Premier d'Octobre (GRAPO) interpellés à Paris en juillet 2002. Ils sont en train d'être juges pour la seule et unique raison de défendre les intérêts de la classe ouvrier et des peuples constituant l'État espagnol, pour soutenir le Droit de Résistance des peuples face au fascisme et à l'impérialisme, un droit qui est inscrit dans toutes les constitutions vraiment démocratiques du monde. Ce n'est pas un délit; c'est un devoir pour tout démocrate et révolutionnaire. |
C'est pourquoi je t'écris aussi, en quelque sorte, au nom des camarades arrêtés en 2002, pour te demander votre soutien et votre solidarité en envoyant de cartes postales comme celles que je t'envoie ou n'importe quelles autres en exigeant la fin des interdictions et de l'isolement. Ça serait bien d'envoyer les cartes postales ou les lettres au Procureur Général et aux directeurs des différentes prisons où nous sommes incarcérés (Fresnes, Fleury et Bois d'Arcy), mais en tout cas au Procureur et au directeur de la prison de Fresnes.
L'adresse du Procureur est.
Procureur Général de la République
Tribunal de Grande Instance de Paris
4, boulevard du Palais
75001 PARIS (France)
Je t'envoie aussi un communiqué que nous avons fait, une copie d'une lettre que j'ai adressée au Tribunal qui va nous juger et un écrit de mon compagnon. Le 8 septembre nous devons comparaître devant le Tribunal, mais ce n’est pas encore le procès. Jeudi prochain on va nous fixer les dates du procès, parce qu'il est fort probable qu'il se déroule en plusieurs journées. Je te raconterai.
En attendant, je vous souhaite bonne chance dans tous les préparatifs du Congrès et surtout durant les différentes séances. Quand tu pourras, j'aimerais bien être renseigné sur le déroulement et sur les conclusions.
Une forte embrassade révolutionnaire et tout mon soutien et ma solidarité. A bientôt.
Fina
Voici le communiqué et la copie de la lettre.
Tribunal de Grande Instance de PARIS, 14è" Chambre/2
4, boulevard du Palais, 75055 PARIS cedex 01
Le 6 octobre 2005
Mesdames les Juges,
Marcos MARTIN PONCE, Gema Belén PODPIGUEZ MIGUEL, M" Angeles RUIZ VILLA, Fernando HIERRO CHOMON, Joaquin GARRIDO GONZALEZ, Josefina GARCIA ARAMBURU et Marcos REGUEIRA FERNANDEZ, prisonniers politiques espagnols incarcérés dans les prisons de Fleury-Mérogis, Fresnes et Bois d'Arcy, nous adressons à ce Tribunal pour exprimer:
Primo: Nous avons été arrêtés par suite de différents mandats d'arrêt européens basés sur des mensonges fabriqués et délivrés par un juge espagnol falsificateur, Baltasar Garzon Real. Il a falsifié consciemment les renseignements nous concernant pour rendre possible notre interpellation.
Secundo: Nous devons faire face à un dossier qui a été construit sans aucune base juridique. Tout au long de ses 185 pages, on a pu constater bien de manipulations, beaucoup de mensonges, une grande quantité d'accusations fausses, sans aucun fondement, sans aucune preuve qui puisse les soutenir. On ne peut même pas reconnaître certaines de nos déclarations devant la police ou les juges instructeurs. On peut dire, en toute sécurité, que ce dossier est une vraie honte pour n'importe quelle justice dite démocratique.
Tertio: Pour pouvoir démonter chacune des faussetés, chacune des manipulations, chacun des mensonges, nous devrions pouvoir préparer notre défense. Le juge instructeur a pris trois ans pour remplir le dossier de mensonges. Il a compté aussi sur l'aide des tortionnaires de la garde civile espagnole qui sont les auteurs de la plupart des pages de ce dossier. Et maintenant, nous n'avons qu'un mois pour essayer de démonter tous ces mensonges et toutes ses manipulations. Et cela, avec des accusés qui n'ont pas pu lire le dossier parce qu'ils ne comprennent pas le français et que le dossier, bien entendu, est rédigé en français (pas en espagnol) et avec d'autres qu'on l'a seulement compris à moitié. Et on reste toujours isolés, avec l'interdiction de communiquer entre nous.
Quarto: Lors de la séance du 8 septembre, nous avons demandé au Tribunal d'être regroupés dans la prison de Fresnes pour pouvoir préparer notre défense. En suivant les instructions de l'un des juges instructeurs, Jean-Louis Bruguière, qui a montré une spéciale haine envers nous, Monsieur le procureur a refusé notre demande en demandant au Tribunal de punir, voire de criminaliser, un droit qui assiste à tous les détenus : le droit de garder le silence. Il a justifié le maintien des interdictions parce que la plupart d'entre nous, en faisant usage de ce droit, n'avait rien déclaré devant la police ni devant le juge instructeur, et il l'a aussi justifié parce qu'il fallait nous empêcher de « préparer une stratégie de l'idéologie », c'est-à-dire, il fallait nous empêcher de nous défendre, tout simplement. Et le tribunal a décidé de suivre l'avis du juge instructeur et du procureur et donc de nous punir en prolongeant le maintien des interdictions sine die, et cela pour la seule raison d'avoir fait usage d'un droit que la loi française accorde théoriquement à tous les détenus, à tous les détenus, sauf, bien entendu, aux prisonniers politiques espagnols.
C'est pourquoi, à partir du prochain 28 octobre, si nous sommes toujours avec les interdictions et isolés entre nous, nous entamerons une grève de la faim indéfinie. Vous ne nous laissez plus option que celle-ci pour faire respecter notre droit. On n'exige qu'une seule chose -. le droit de défense qui, dans ce cas, passe pour la fin des interdictions tout de suite et puis pour notre regroupement dans la prison de Fresnes pour pouvoir préparer minimalement notre défense.
Prisonniers Politiques du PCE (r) et des GPAPO
arrêtés en juillet 2002
Fresnes, le 7 octobre 2005
Salut!!
Voici le tableau - Fina menottée et soulevée par une poignée de gendarmes de la France; les uns la saisissant par la tête, les autres par les pieds. Et nous en criant fascistes!! Au Tribunal, en même temps que les autres gendarmes se jetaient sur nous et nous menottaient en nous tordant les bras et les pieds et nous mettaient dehors la Salle.
Cela arriva hier. Notre deuxième tentative d'exiger au Tribunal qu'on nous enlève les interdictions pour pouvoir au moins préparer minimalement notre défense fut contestée par la présidente du Tribunal en retirant la parole à Fina avant même qu'elle puisse placer la première phrase. Et comme Fina continua à parler, la présidente ordonna son expulsion de la Salle de force. Évidemment, nous ne pouvions rester impassibles devant une telle bousculade. Nous avons essayé de faire entendre notre dénonce collectivement. L'action des gendarmes nous l'empêcha. On n'a pas eu plus option que ce cri générique qui résume tout "Fascistes!!".
On ne demandait au Tribunal que le droit de défense que sa loi reconnaît formellement. Rien de plus. Et les juges n'ont même pas voulu nous entendre demander une chose si évidente. Le procureur l'avait déjà exposé en toute clarté dans la séance du 8 septembre: "On ne peut pas les accorder ce qu'ils demandent. Ils essayent d'organiser une défense politique et ils retourneraient le procès". La consigne est de nous bâillonner et le Tribunal a voulu nous faire parvenir le message qu'il est prêt à la suivre jusqu'aux dernières conséquences. Il s'agissait de nous instruire face au procès.
Bien. Nous avons déjà 'appris" la leçon. Fina en volant, Retgueira avec une jambe tordue jusqu'à l'incroyable, Ponce traîné par-dessus les bancs... On l'a bien appris, c'est sûr !: à partir du 28 octobre nous entamons une grève de la faim indéfinie pour dénoncer la farce judiciaire dont nous sommes objet. S'ils croient que nous allons nous laisser bâillonner sans offrir résistance, alors ils se sont complètement trompés. Nous allons répondre chaque pas de leur montage de la procédure.
Nous comptons sur vous. Et secouons les fascistes et les collaborationnistes. C'est le moment.
Joaquin Garrido Gonzalez
Militant du PCE (r)
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