Élections au Pérou
Humala, le candidat des pauvres?

Ollanta Humala. Tel est le nom de l'homme qui, dimanche, est arrivé en tête des élections présidentielles au Pérou (27%). Qui est cet homme qui va affronter Lourdes Flores, la candidate des riches (26%), au second tour?

Pol De Vos

Ces chiffres provisoires sont très serrés. Flores peut compter sur le soutien inconditionnel des groupes de population les plus aisés. Elle défend les intérêts des gros groupes capitalistes et entend poursuivre l'actuelle politique néo-libérale et pro-américaine.

Ollanta Humala est parvenu à se profiler comme alternative à la politique qui rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Ancien militaire d'origine indienne, Humala a débarqué sur la scène politique voici même pas un an. Il marque surtout des points chez les plus défavorisés des villes et des montagnes des Andes.

Humala fulmine contre les multinationales américaines qui exploitent l'or et les autres minerais sans débourser d'impôts. Il s'oppose à la présence des militaires américains et il entend faire jouer à l'État un rôle plus important dans l'économie, entre autres en consacrant plus d'attention au développement social.

Humala bénéficie du soutien du président du Venezuela, Chavez, et, après la victoire d'Evo Morales en Bolivie, il semble qu'il sera le prochain sur la liste des «présidents du peuple» en Amérique latine. Mais Humala n'est pas un dirigeant qui a grandi dans les luttes populaires comme le leader paysan Morales en Bolivie, ou le syndicaliste Lula au Brésil. À l'instar du président vénézuélien Chavez, c'est un ancien militaire. L'ennui, c'est qu'au contraire de Chavez, il traîne derrière lui tout un fâcheux passé de répression. Durant les années 90, au Pérou, la guerre civile contre la guérilla de l'époque a fait entre 70000 et 80000 morts. Le nom de Humala est cité dans toute une série de disparitions et d'exécutions illégales.

Humala va-t-il pouvoir résister à l'emprise des riches et des États-Unis sur le Pérou? La question reste ouverte. Au Venezuela, Chavez a pu introduire une politique révolutionnaire en utilisant les revenus pétroliers vénézuéliens pour ses programmes sociaux et en mettant sur pied une alliance avec Cuba. L'homme a survécu de justesse à une tentative de coup d'État. En Bolivie, le nouveau président Evo Morales peut compter sur l'appui d'un mouvement populaire vaste et bien organisé, mais, en même temps, il doit déjà affronter une opposition redoutable. Après l'élection attendue de Humala, le mouvement populaire au Pérou se trouvera confronté à un nouveau défi.

Une histoire de promesses électorales non tenues

Depuis 20 ans, ceux qui ont remporté les élections présidentielles péruviennes affichaient un programme de changements radicaux. Mais chaque fois, les promesses ne sont pas tenues.

En 1985, Alan Garcia (encore candidat cette fois-ci) remportait les élections. Il prétendait défendre les intérêts nationaux du Pérou et mener une politique sociale. Il a fait tout le contraire: une politique caractérisée par la corruption et une paupérisation massive. À l'issue de son mandat, il a été traîné devant les tribunaux pour une série de scandales ayant trait à la corruption.

En 1990, Fujimori remportait à son tour les élections. Son mouvement «Cambio 90» (changement 90) sortait de nulle part. Avec lui, tout allait changer. Mais sa politique illustrait un néo-libéralisme pur et dur. Avec l'aide des États-Unis, il se lançait dans une lutte acharnée contre la guérilla maoïste du Sentier lumineux. Dans cette sale guerre, des dizaines de milliers de paysans, de militants et de dirigeants populaires ont perdu la vie. En 2001, Fujimori était contraint à l'exil suite à d'incessantes accusations de malversations politiques et de corruption.

Après cela, ç'a été le tour de l'actuel président, l'homme de la Banque mondiale, Alejandro Toledo. Avec ce premier président indien de l'Amérique latine, tout allait changer Mais, en dépit de ses belles promesses, l'homme a poursuivi aussi une politique de privatisations. Bien vite, il lui a fallu affronter des révoltes populaires ainsi qu'une recrudescence des activités de la guérilla C'est dans de telles circonstances que Humala entre en scène aujourd'hui.

Cliquez ici pour retourner au NSC Édition Française, vol. 4, #2.