La guerre des 33 jours, une victoire stratégique, mais avant tout politique et morale
Si l’on se fiait à la lecture de la Résolution n° 1701 du Conseil de Sécurité, on pourrait croire que le Hezbollah a subi une défaite, cuisante et bien méritée, après avoir provoqué le gouvernement israélien en enlevant sur son territoire deux de ses soldats et en en tuant huit autres.
Son adoption à l’unanimité des membres du Conseil de sécurité ainsi que son acceptation par le gouvernement libanais et le Hezbollah, s’explique par une convergence urgente d’établir un document, d’où chacun pourrait prendre ou laisser ce qui l’arrangeait. Une sorte d’accommodement avec les inconditionnels du sionisme - les États-Unis, la Grande Bretagne et de manière plus nuancée la France….. Brandir cet accord devrait permettre aux Israéliens de battre en retraite tout en préservant quelque peu la face, leur évitant de donner le spectacle d’une Armée en déroute.
La Résolution en quelque sorte livre le Hezbollah à la garde et au contrôle du gouvernement libanais, comme si le Conseil de sécurité comptait sur celui-ci pour collaborer avec l’agresseur sioniste et ses soutiens occidentaux.
Mais le cessez-le-feu, bien qu’il soit un préalable essentiel, n’établit pas une modification de la situation, ne constitue pas une progression substantielle dans le sens du dénouement. D’ici à ce que le retrait soit finalisé, la voie est semée d’embûches. Mais le moment crucial arrivera d’ici trois semaines quand les
Nations unies donneront leur avis sur l’appartenance des Fermes de Chebaa. Parce que ce n’est qu’au retrait du dernier soldat de Tsahal de la totalité du territoire revendiqué par le Liban que le processus de cette étape se terminera et qu’il sera possible d’établir un bilan depuis une position claire et stable.
Entre-temps, ce ne sera pas la première fois que les Nations unies s’installent dans un pays comme force d’interposition. Il ne faudrait pas que son rôle change en faveur des agressions israéliennes.
Les mensonges et les distorsions qui changent tout
Contrairement à ce que les mass media et les porte-parole du sionisme nous rabâchent depuis un mois, l’opération au cours de laquelle ont été «enlevés» les deux soldats de Tsahal et plusieurs autres tués, a, incontestablement, eu lieu à l’intérieur des frontières du Liban. Incriminer donc le Hezbollah pour leur capture, c’est insulter notre intelligence. Quel pays admettrait des incursions d’une Armée étrangère sur son sol? Il s’agit d’un acte de guerre. Si les Conseil de sécurité tenait à éviter de telles «opérations», il aurait été plus rationnel de déployer une force d’interposition de l’ONU de long de la frontière au Sud de la ligne bleu, du côté israélien!
Les appels indignés de divers états et de diverses organisations à propos de la «réaction disproportionnée» d’Israël, sont d’une bienveillance douteuse. Elles insinuent que les attaques étaient justifiées dans le principe et que ce n’était que leur degré qui était excessif. Or comme nous l’avons vu plus haut, lors de l’opération en question, c’est Israël qui a violé le territoire libanais et non pas l’inverse. Il n’était donc pas question de réaction «disproportionnée», mais clairement d’agression délibérée. De telles«erreurs» de langage coûtent cher politiquement, mais aussi dans le domaine de la mobilisation de l’opinion public et des mouvements de solidarité.
Une autre«erreur» du même genre fut celle d’appeler à un «cessez-le-feu» au Liban. Le cessez-le feu n’aurait servi à rien alors que les combats faisaient rage et que la résistance se défendait bien. Du côté de la population, avec un million de réfugiés, les bombes, le blocus et les conditions d’existence dramatiques, le temps d’un cessez-le-feu aurait joué contre eux. Les Libanais n’avaient manifestement aucun souhait de profiter d’un tel cessez-le-feu pour se rendre! Ce qu’il fallait demander était "le retrait de l’Armée sioniste du Liban" et non pas un cessez-le-feu pour permettre à l’ennemi de s’installer tranquillement dans une partie du pays.
Le Hezbollah est un parti politique libanais qui représente la moitié ou plus du peuple libanais. Le mouvement de résistance qu’il dirige, est non seulement reconnu et accepté par le peuple libanais et par son gouvernement mais a été, et reste, la seule force militaire capable de défendre efficacement le Liban des prédateurs israéliens. Tout le monde est conscient que l’Armée libanaise, n’est pas capable, n’a pas les moyens de défendre le pays. Demander le désarment du Hezbollah équivaut à demander aux Libanais de se désarmer, de se livrer à leurs ennemis israéliens. Par conséquent, lorsque les diverses puissances, politiciens, media… martèlent le sujet du"désarmement" du Hezbollah, ce qu’ils demandent vraiment au gouvernement libanais est de faire ce que les Israéliens n’ont pas été capables de réussir. Personne ne désarmera la résistance nationale, le Hezbollah, et surtout pas avant que le dernier soldat du Tsahal ait quitté tout le territoire libanais. Faire semblant d’ignorer ces faits et d’insister à prendre à la lettre la Résolution 1701 ce serait quitter l’orbite de la réalité.
Qui aura perdu
Il est déjà clair, que les Israéliens ont échoué à libérer les deux prisonniers de guerre et qu’ils seront obligés de négocier avec la Résistance libanaise pour leur libération. Ils ont échoué à vaincre le Hezbollah, et échoué aussi à occuper ou a sécuriser, comme ils le prévoyaient, la région du Liban Sud jusqu’au fleuve Litani, qu’ils n’ont même pas réussi à atteindre malgré leurs opérations héliportées.
De ce fait le retour de Tsaha lderrière la frontière libanaise ramène la situation à ce qu’elle était préalablement à l’ouverture des hostilités, c’est à dire au «point zéro».
Par contre, la possible - même probable - décision de l’ONU dans quelques semaines d’accorder les Fermes de Chebaa au Liban matérialisera une défaite avec la perte de 25 km2 de ce qu’Israël considère depuis quelques temps comme territoire israélien. Ce n’est pas beaucoup, mais ça lui sera certes péniblement humiliant.
Mais quand Ehud Olmert affirme qu’Israël se bât pour sa survie, il n’a pas tout à fait tort. Aux conséquences de ces échecs il faut en ajouter d’autres qui coûteront bien plus cher à Israël et au sionisme. Israël avec la complicité des États-Unis et d’autres puissances impérialistes occidentales s’est montré sanguinaire, barbare insensible à la souffrance humaine. La lâche agression que l’entité sioniste a infligée à la population libanaise, l’implacable monstruosité de ses crimes, lui coûtera non seulement la condamnation de ceux qui jusqu’alors étaient pris dans les mailles de la propagande pro-sioniste, mais aussi celle de Juifs qui auront maintenant honte ou même peur d’être soupçonnés de s’être associés ou d’avoir soutenu ses crimes. Plus encore, ses indéfendables crimes de guerre et contre l’humanité, fragilisent les pouvoirs pro-étasuniens de plusieurs pays arabes et musulmans et mettent en danger la position des États-Unis au Moyen-Orient. Le projet étasunien pour un «Nouveau Moyen-Orient»a reçu quelques plombs dans l’aile.
La défaite d’Israël s’est jouée sur son incapacité - malgré les massacres perpétrés contre la population civile - de briser cette unité primordiale de la nation libanaise. C’est sur la base de cette unité politique qu’a pu être appliquée la stratégie militaire de la Résistance dirigée par le Hezbollah et à laquelle ont participé d’autres formations politiques, y compris les communistes libanais.
Qui aura gagné
La victoire du Hezbollah contre l’entité sioniste, sera une victoire politique, une victoire stratégique, mais peut-être avant tout une victoire morale. Elle a montré que le Hezbollah et la résistance libanaise dans son ensemble, ont su supporter les coups effroyables des criminels de guerre sionistes, ont su préserver, ce qui leur était primordial, l’unité du peuple libanais face à l’envahisseur. Ils ont montré qu’ils étaient prêts à mourir pour défendre leur patrie et aussi qu’ils avaient la volonté de vaincre, parleur préparation, par leur combat et aussi par leur patience.
En comparaison à la Résistance libanaise, les combattants israéliens, n’avaient pas autant de volonté, de courage ou de préparation pour les enjeux qui leur avaient été fixés, la destruction d’un pays, le bombardement massif d’une population civile. Il n’y avait pas de quoi les motiver, ni de les enorgueillir.
Les bizarreries
Dans des conflits militaires, ce sont en principe les armées qui dans leur retraite détruisent tout ce qui peut servir à l’ennemi, des récoltes jusqu’aux infrastructures, les ponts, les chaussées, les bâtiments, les rails de chemin de fer etc. Les Israéliens avec une Armée hautement motorisée, qui aurait été capable d’avancer très rapidement au cœur du Liban, a, bizarrement, fait exactement l’inverse. Elle a détruit toutes les routes, tous les ponts….souvent faisant des trous énormes que même ses chars avaient de la difficulté à négocier. Aurait-elle compté un peu trop sur l’invincibilité de ses hélicoptères? Derrière les ruines et les décombres les résistants n’avaient aucun mal à combattre, c’était même mieux.
Les renseignements israéliens étaient défaillants. Ils ont perdu un premier vaisseau de guerre parce qu’ils ne soupçonnaient pas que la Résistance possédait des missiles capables de le couler, et puis un second a été touché parce qu’ils n’ont pas su, semble-t-il, éviter le missile dans le brouillard. Ils ont perdu de nombreux chars Merkaba dernier cri, ils ne savaient pas que la Résistance pouvait les détruire avec efficacité à deux kilomètres de distance. Ils ont cru pouvoir diviser le Liban grâce aux bombardements, et à des opérations commando et se sont vus obligés de bouleverser leur stratégie et d’engager l’infanterie, autant de cibles pour leurs adversaires. Le 8 août le gouvernement a limogé le général Udi Adam commandant la région militaire du Nord. Le même jour fut adoptée, à la majorité avec trois abstentions, la décision d’augmenter les effectifs au Liban de 10.000 à 30.000, pour ainsi occuper le terrain et profiter - prendre de court - la résolution imminente du Conseil de sécurité. L’opération était mal préparée. Des soldats ont été déposés souvent par hélicoptère dans des poches sans assurer leur ravitaillement, au point que ceux-ci étaient obligés de piller ce qui restait dans les magasins libanais ou dans les champs en quête de nourriture et d’eau. Leurs communications étaient imparfaites, il est arrivé qu’ils se tirent dessus entre eux. La Résistance suivait leurs conversations en hébreu…..
Lorsqu’il s’agit de tirer sur des gosses qui jettent des pierres, et de démolir les maisons palestiniennes ou libanaises, ce sont de valeureux et courageux guerriers, mais prenez garde si vous n’approuvez pas leurs massacres, leurs crimes de guerre et leurs crimes racistes, c’est tout simplement que vous êtes un antisémite, pour ne pas dire pire.
Conclusion
Il coûtera cher aux Libanais, d’oublier que les sionistes ont rarement, sinon jamais respecter une résolution de l’ONU, qu’ils n’ont jamais arrêté de mentir de manière éhontée, jamais arrêtés d’assassiner les dirigeants qui leur déplaisent. Ils n’ont jamais eu aucun scrupule, surtout lorsqu’ils ont l’appui de l’impérialisme étasunien!
Pour ceux, par miles Libanais, qui attendent une aide de l’Union européenne, ceux qui ont entendu les cris d’indignation des hommes d’état contre cette attaque«disproportionnée», leurs espoirs seront sûrement déçus. Une fois encore, Ehud Olmert n’avait pas tout à fait tort lorsqu’il avait dit - à quelque chose près-: «Ce n’est pas à vous Européens de nous faire la morale, au Kosovo vous avez tué plus de 10.000 personnes» histoire de dire que les Israéliens étaient loin du compte dans la tuerie.
Cela peut paraître cynique, mais 2.000 personnes ce n’est pas cher payer pour cette victoire sur les sionistes. Regardez les situations en Iraq, en Afghanistan, a Gaza... Mais cela est dit avec compassion, fierté et reconnaissance. La Résistance du peuple libanais a permis une fois de plus de rehausser la foi dans le meilleur de l’homme, contre le pire de l’homme.
À l’heure qu’il est en Israël 714.000 enfants vivent sous le seuil de pauvreté, il y a constamment des appels pour nourrir ceux qui séjournent dans les abris, les jeunes, les vieux… et cela malgré tous les milliards provenant des sionistes dans le Monde et particulièrement des états-Unis. Qu’adviendra-t-il d’Israël quand il cessera de remplir le rôle de caïd pour le compte des États-Unis?
Alexandre Moubaris,
directeur de la publication des DOSSIERS DU B.I.P.
Article du No 116
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