Éditorial

Sur les conflits au Moyen-Orient, quelques dilemmes

La situation au Moyen-Orient est autant hautement dramatique qu'elle est complexe. Les pays de la région sont séparés par des frontières de diverses sortes: nationales, d'extrême richesse ou de pauvreté (l'Arabie saoudite, la Palestine), de langue (l'arabe, le farsi, le kurde.), de religion (islam, christianisme, judaïsme), de confession (sunnite, chiite, maronite.).

Ils se positionnent en fonction d'intérêts convergents, de solidarités et d'alliances qui varient selon les rapports de force et les objectifs des diverses puissances environnantes ou internationales, et sont conditionnés dans le temps et le lieu... des enjeux mis en cause. Israël et les États-Unis, appuyés par la quasi-totalité des pays impérialistes - l'Union européenne, bien entendu, comprise - sont, en comparaison avec les autres puissances de la région, de loin les plus constantes et les plus prédatrices.

Notre relation vis-à-vis du contexte politique du Moyen-Orient, en tant que communistes marxistes-léninistes-staliniens, indépendants - malgré-nous - en absence d'un camp socialiste et même souvent en absence de partis communistes avec qui s'harmoniser, sommes obligés de rentrer, en quelque sorte, tout seuls dans une logique de soutien à des mouvements de libération nationale contre des envahisseurs, plutôt que celle de lutte de classe au sens direct. Cela implique soutenir des bourgeoisies nationales, des couches nationales, voire nationalistes, religieuses, voire intégristes, voire confessionnelles, des noblesses quasi-féodales ., des ensembles ethniques ou linguistiques comme le peuple arabe quand on le considère comme une ethnie.

Lorsque nous applaudissons par exemple la victoire de la résistance libanaise sur l'entité sioniste, disant clairement et honnêtement: «Vive Nasrallah» et «Vive le Hezbollah», cela ne veut pas dire que nous applaudissons le chiisme, ni l'islam, ni l'Iran, pas plus que nous injurions la judaïsme. Nous applaudissions, dans un contexte, à un moment et à un lieu donné, le Hezbollah et Nasrallah, pour leur part déterminante dans le récent combat patriotique contre le colonialisme, le racisme, manifestations de l'impérialisme sioniste, partie intégrante de l'impérialisme international. L'urgence, l'imminence du combat exige la répression de tout ce qui peut, d'une manière ou d'une autre, nuire à l'effort et à la puissance de notre camp, que ce soit des actes ou des polémiques à caractère religieux, idéologique de toute sorte, qui deviennent de plus en plus impertinentes au fur et à mesure qu'on entre au cour du combat que l'on tient à gagner.

Toutefois ce ne sont pas les seules considérations.

Tant qu'un combat a pour résultat de relativement affaiblir le capital et renforcer le mouvement ouvrier et populaire, il est le nôtre, nous lui sommes loyaux quelle que soit l'organisation qui est à sa tête. Nous aurions préféré dans le cas du Liban que ce ne soit pas Nasrallah et le Hezbollah, mais le Parti communiste libanais qui mène la bataille. Nous aurions préféré aussi que tous les Libanais soient athées, matérialistes, marxistes-léninistes et staliniens, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Nous devons donc faire avec ce que nous avons! Il est parfaitement clair, aussi, que nous n'arriverons pas au socialisme et encore moins au communisme sur les victoires des mouvements religieux ou nationalistes.

Néanmoins quand leur combat favorise le mouvement ouvrier et populaire par rapport à l'impérialisme, et tant que cela dure, ce combat est aussi le nôtre. Ce n'est pas de la duplicité, mais la condition de notre soutien ou même de notre participation. Mais, face à l'ennemi, dans la bataille, dans la mesure du possible, dans la rationalité du conflit, c'est tendre à la fraternité. Ce qui dévie de cette fraternité est un acte qui favorise l'adversaire, même si cela provient du camp que nous soutenons. La crise passée, d'autres contradictions retrouvent leur pertinence et surgissent.

Elles sont alors à traiter selon leur complexité, sans perdre l'orientation de nos principes.

Comme le Hezbollah, la Résistance iraquienne dirigée principalement par le Parti Baath Arabe Socialiste, défend la souveraineté nationale contre les États-Unis, et leurs alliés, elle se bat contre l'impérialisme, elle se bat aussi pour nous.

De même pour l'Iran, qui comme tout autre pays, a le droit à sa souveraineté, ainsi qu'à l'exploitation de l'énergie nucléaire civile. Nous ne pouvons pas non plus condamner l'Iran de vouloir se doter d'armes nucléaires alors qu'Israël et les États-Unis ne font pas de secret sur le fait de vouloir s'en servir, et que le Pakistan, l'Inde., les possèdent déjà.

Les choses deviennent cependant beaucoup plus complexes lorsque l'Iran joue le rôle de l'expansionnisme chiite en Iraq occupé, ou que le Hezbollah entraîne des groupes de l'armée de al-Mahdi, de Moqtada al Sadr qui s'attaquent à la résistance iraquienne, «tolérés» par la puissance occupante.

Plus clairement, nous pouvons dire que nous soutenons le Hezbollah lorsqu'il se bat en faveur du Liban et contre Israël. Nous soutenons l'Iran quand elle défend son territoire et ses droits. Mais nous condamnons et considérons comme contre nature, comme trahison, leurs actions, contre la résistance et la souveraineté iraquienne. Ce sont des compromissions directes ou indirectes avec l'occupant impérialiste.

Par conséquent, bien que notre soutien en faveur d'un allié soit réel, franc et honnête, il dépend du lieu, de l'imminence du conflit, de sa durée et à condition, qu'il n'y ait pas d'autres enjeux qui contrebalanceraient ses contributions dans la lutte anti-impérialiste.

C'est dans ce sens que nous publions des articles sur le Hezbollah, par rapport aux combats contre Israël et en même temps des articles du parti Baath condamnant le Hezbollah, les chiites pro-iraniens et les Iraniens en Iraq, pour ce qui est une forme de collaboration avec les occupants étasuniens, leurs mercenaires et leur grotesque «coalition».

Alexandre Moumbaris
directeur de la publication des
DOSSIERS DU B.I.P.
Éditions Démocrite

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