États-Unis – Iran
Le détroit du désastre

Information Clearing House – La parcelle foncière la plus onéreuse, se situe ni à New York, ni à Londres, ni à Tokyo. Elle représente deux rectangles imaginaires, des rectangles d'un kilomètre et demi de large et quarante kilomètres de long. Ce sont les couloirs maritimes situés à la pointe du détroit d'Hormuz. Chaque jour des pétroliers la franchissent avec 16 millions de barils de pétrole, évalués à 800 millions de dollars. Si le pétrole est le sang de l'économie industrielle, le détroit d'Hormuz est sa jugulaire. En cas de conflit entre les États-Unis et l'Iran, le contrôle de ses couloirs maritimes deviendrait le centre de tout le conflit. La principale tâche de la marine étasunienne consiste à protéger ce passage.

Cela implique une action préventive contre toutes les installations iraniennes dans la région des détroits susceptibles de lancer des fusées sol-mer. L'usage par Iran de «l'arme du pétrole» a été amplement discutée et examinée. Ce qui a moins retenu l'attention est la capacité des États-Unis d'utiliser l'arme du pétrole contre l'Iran. En occupant trois îles clés dans le golfe persique, proches des détroits, les États-Unis pourraient interdire le passage à tout bateau qu'ils voudraient. Les États-Unis pourraient ainsi fermer la principale artère d'exportation de pétrole iranien, tout en assurant un passage sécurisé pour les autres. Bien que 20% du trafic pétrolier passe par les détroits, l'Iran ne fournit que 2,5 millions de barils à l'exportation mondiale, ce qui équivaut à 15% du trafic journalier du détroit. Leur statut légal étant toutefois contesté, il serait donc possible de prolonger la présence étasunienne indéfiniment.

L'occupation des ces îles fournirait ainsi aux États-Unis un cause stratégique suffisamment importante pour justifier une guerre contre l'Iran. Les États-Unis ont dans la région deux groupes expéditionnaires de fusiliers marins capables d’effectuer une telle opération.

Ce n'est un secret pour personne que le gouvernement étasunien veut un changement du régime à Téhéran. Leur problème est l'incapacité de leur pouvoir militaire, économique ou diplomatique à se déployer. Comme il a été évoqué dans un article précédent, il existe des raisons urgentes qui poussent les États-Unis à l'escalade militaire contre l'Iran, mais celles-ci n'ont rien à faire avec le changement de son régime. Toutefois, pour qu'il y ait dans la région un réalignement stratégique durable, le changement de régime est hautement souhaitable. Il faut croire que même les agitateurs les plus faucons de Washington et de Jérusalem ne croient le bombardement, à lui seul, suffisant pour faire chuter le gouvernement iranien. Le seul moyen pour atteindre la stabilité économique du régime clérical serait d'attaquer l'économie iranienne. Malgré l'argent du pétrole qui coule dans le pays, l' économie est chancelante, alors le chômage et l'insatisfaction économique sont au plus haut. Ceci est le seul point de discorde entre le régime et ses citoyens. Bloquer les exportations pétrolières iraniennes mettrait en quelques semaines à genoux leur fragile économie. Si, et c'est un grand si, les citoyens iraniens mettent le blâme sur le dos de leur gouvernement pour la ruine économique, il y aurait alors une possibilité que le régime change.

Arrêter militairement les exportations pétrolières iraniennes est une chose facile à réaliser. Il suffirait de détruire les installations d'exportation.

Mais, malheureusement, cela demanderait des années pour les reconstruire. Si un nouveau gouvernement devait prendre le pouvoir à Téhéran, l'incapacité d'exporter du pétrole deviendrait gênante pour tout le monde. Mieux vaudrait trouver une manière qui permettrait aux États-Unis d'ouvrir et de fermer le passage à sa guise. Comme virtuellement toutes les exportations iraniennes passent par le détroit, interdire le passage des pétroliers à destination de l'Iran, serait idéal. Quelques 200 fusiliers marins et 10 hélicoptères Blackhawk suffiraient pour imposer le contrôle étasunien sur tout le trafic dans la région. Par contre, amarrer un porte-avions dans le détroit serait une invitation au désastre. Il n'y a pas de bases disponibles dans les alentours à cause des problèmes politiques que leur présence susciterait.

Occuper plusieurs îles sur les couloirs maritimes serait idéal.

Trois de telles îles existent. Tomb al Soughra, Tomb al Koubra et Abou Moussa sont sises à travers les voies navigables au coté golfe du détroit.

Abou Moussa s'élève à 100 mètres, et donne une vue excellente allant de Bandare Lengeh sur la côte iranienne jusqu'à Dubaï au Sud. Abou Moussa et al-Koubra possèdent des pistes d'atterrissage. Ces îles sont revendiquées aussi bien par les Émirats arabes unis (EAU) que par l'Iran. L'Iran les occupe depuis les années 70'. Cette question préoccupe les EAU et le Conseil de Coopération du Golfe (CCG). Les EAU ont déjà soumis le problème à la Cour internationale et aux Nations unies. Le CCG a introduit une déclaration sur les îles dans les communiqués lors de son sommet de décembre 2006. Par conséquent l'occupation iranienne de ces îles est au mieux contestée et au pire illégale. Cette incertitude légale offre une opportunité aux États-Unis.

Dans le cas d'une guerre plus étendue entre les États-Unis et l'Iran au sujet du détroit, les États-Unis entreprendraient des opérations contre une série d'îles iraniennes et de sites sur le continent iranien. La marine étasunienne et ses fusiliers marins auraient à dénicher probablement des milliers de fusées sol-mer entreposées aux alentours. Ces opérations impliqueraient des débarquements de fusiliers marins et de forces spéciales.

Mais ils ne pourront, ni voudront y rester, ce qui ne serait pas le cas pour les îles Tomb, si les EAU les invitent. Il n'y aurait pas de population locale hostile à contrôler et aucune des complications qu'ils auraient rencontré en Iraq.

Si des rêves impériaux hantent encore le sommeil de George Bush, alors le contrôle permanent des États-Unis sur détroit d'Hormuz est jouable.

John Damien, 7/3/7

[Traduction Alexandre MOUMBARIS]
Directeur de la publication Éditions Démocrite

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