L’internationalisme prolétarien
«NOUS SOMMES LAS DU CAPITALISME»

Hugo Chavez à Ijevsk
Contact direct avec le peuple.

C'est un hôte insolite qui a visité Ijevsk (capitale de l'Oudmourtie en Russie; - N.d.T.) le 26 juillet de l'année dernier. Il s'agit de la personnalité progressiste extrêmement célèbre de l’époque contemporaine: le Président du Venezuela Hugo Rafael Chàvez. Et ce n'est pas par hasard qu’il se trouvait à Ijevsk. De l'avis de beaucoup de gens, cette ville est à présent la capitale des armes de la Russie. Quant à Chavez, dans sa confrontation au despotisme des É.-U.A., il aspire à réarmer l'armée vénézuélienne suivant le dernier cri de la technique.

De son passage officiel à Ijevsk, ce qui restera dans la mémoire de Chavez, c'est sa visite de la manufacture locale d'armes qui produit les fameuses mitraillettes Kalachnikov. Il y a deux ans déjà, la Russie a signé un contrat avec le Venezuela pour la livraison à ce pays latino-américain de 100000 unités de mitraillettes Kalachnïkov AK-103. De plus, Chavez a l'intention de construire, d’ïci à deux ans, conjointement avec la manufacture «Ijmach», en la ville vénézuélienne de Maracay, une manufacture d’armes pour la production de mitraillettes. Tout cela pourra se faire sur la base de l’acquisition de la licence de fabrication de l'AK-103 et autres versions.

Chavez a été laissé pénétrer dans les ateliers de la manufacture d'armes oti il a pu voir par lui-même de ses propres yeux le processus de montage des mitraillettes. La Direction d’«Ijmach» avait préparé toute une somptueuse et pompeuse cérémonie d'accueil du Président du Venezuela. Les chefs de la manufacture avaient installé des panneaux spéciaux destinés à séparer les ouvriers de l'hôte. Mais Chavez a, pourrait-on dire, fait capoter toute cette organisation officieuse. Il a commencé à circuler sans hésiter derrière les panneaux, s'est approché des ouvriers, leur a serré les mains. Ce faisant, Chavez n'avait pas du tout cet air dégocité des intellectuels pour le travail manuel des armuriers. Il s'est efforcé d'entrer directement en relation, sans intermédiaires, avec les simples ouvriers.

À titre d'exemple: Stalingrad.

Au cours de sa visite d'Ijevsk, le Président du Venezuela a dit: «Je voudrais étreindre chacun de ceux d'entre vous qui assemblez les armes. Derrière vos techniques d’armuriers se tiennent des hommes et c'est l'essentiel... Nous ne perdons pas 1’espoir que nos descendants connaîtront un monde sans guerre, tandis que les femmes qui assemblent à présent les armes dans votre manufacture sèmeront le blé et cuiront le pain». À Ijevsk, Chavez a également visité l’entreprise «Ijmoloko» et l'usine «Neftémach» qui fabrique de l'équipement pour l'extraction de l’«or noir». Le Venezuela aura bientôt besoin de cette production car de nouveaux importants gisements de pétrole ont été découverts dans la vallée de l'Orinoca.

Les fonctionnaires d'Oudmourtie ont proposé à Chavez de faire l'acquisition des systèmes de missiles antiaériens «Tor-M 1» et «Osa-AKM» que produit l'usine d’électro-mécaniclue d'Ijevsk. Mais le Président du Venezuela n'a pas fait montre d’enthousiasme particulier pour ces armes.

C'est au cours de sa visite de la capitale de l'Oudmourtie que Chavez a prononcé les discours, si vous voulez, les plus intéressants de tout son séjour en Russie. Dès son arrivée à l'aéroport d'Ijevsk, Chavez a dit; «Nous ne voulons conquérir personne, mais si quelqu'un s'avise de nous envahir, nous répondront comme en son temps a répondu Stalingrad». Un peu après, il a dit ceci: «Nous sommes aujourd’hui menacés par l’empire américain qui nous est déjà tombé dessus plus de dix fois. Mais nous sommes prêts à mourir pour être libres. Nous sommes las du capitalisme. Nous nous sommes dressés de toute notre stature et nous ne nous rendrons plus. Le Venezuela a besoin d'armes pour se défendre», Avant de quitter ljevsk, Chavez a déclaré: «Nous regretterons toute notre vie l'effondrement de l’Union soviétique, C'est précisément au temps de l’existence de l’U.R,S.S. que nous noue sommes formés comme combattants contre l’impérialisme». Chavez a transmis à Kalachnikov (constructeur de la mitraillette qui porte son nom; - N.d.T.) le salut de Fidel Castro qui lui présente ses excuses de n'avoir pu le recevoir durant le récent séjour de la délégation d'Ijevsk à Cuba.

Aujourd'hui la Russie et les autres républiques de l’Union soviétique baignent dans le merdier capitaliste, mais malgré tout, comme par le passé, les armes d'Ijevsk constituent une aide active au mouvement antiaméricain et anti-impérialiste. Nous le voyons bien à l’exemple de Cuba, du Venezuela, de la R.P.D.C., du Viêt-nam, dont les armées sont équipées d'AK-103 et d’autres versions plus récentes de cette mitraillette.

Après Ijevsk, Chavez a visité Moscou et, de là, s'est envolé pour le Proche-Orient, Ensuite, il a visité l'Iran et le Viêt-nam.

Au cours de son long voyage dans différents pays du monde, Chavez a principalement rendu visite aux États dont (à part la Russie et le Bahreïn) la politique suit le cours de l'antiaméricanisme et de I’anti-impérialisme. C'est un fait. Mais, d’un autre côté, nous ne devons pas, nous, les bolcheviks, nous faire d’illusions à propos du fait que le Président du Venezuela serait communiste. Il n'y a rien de semblable. Nous ne devons pas prendre nos désirs pour la réalité.

Une révolution, mais pas celle qu'il faudrait.

Lénine disait que l'actuelle révolution socialiste ne vaincra que lorsque la classe ouvrière qui s’est soulevés, dirigée par le Parti communiste, renversera la domination de la bourgeoisie dans sa forme de propriété privée. Que lorsqu'elle aura liquidé l’ancienne police, l’ancienne armée, l'ancien appareil fonctionnarial où machine capitaliste de l'État. Chavez est arrivé au pouvoir non pas par soulèvement, mais par des élections. Il n'a pas dissous - comme aurait dû le faire tout communiste dans une telle situation - ni l'ancienne armée, ni l'ancienne police, ni l'ancien appareil fonctionnarial. Il n'a pas, pour dire les choses de manière imagée, cassé l'ancienne machine capitaliste d'État. Les officiers et généraux réactionnaires sont demeurés en place dans l'armée, dans la police , les fanatiques et les sbires et, dans l'appareil d’État, les concussionnaires et les parasites habitués à vivre aux crochets des autres sous le capitalisme. Cela étant, il convient de ne pas oublier le réseau latino-américain extrêmement étendu et ramifié d'agents de la C.I.A., du F.B.I., du Mossad. Ils sont nombreux au Venezuela également, Ces éléments réactionnaires (espions américains, policiers, officiers, fonctionnaires ou simples capitalistes influents) peuvent à tout moment, sur ordre des É.-U.A., organiser un coups de force ou, autrement dit, un putsch au Venezuela. Chavez peut marcher sur le même râteau que sur celui sur lequel a marché en son temps cette autre personnalité également progressiste: le Président du Chili Salvador Allende. Lui non plus n’était pas communiste, tout comme l'actuel Président du Venezuela, mais, dans le meilleur des cas, un social-démocrate de gauche. Allende n'avait pas non plus dissous ni l'armée, ni la police, ni l'appareil d’État et était arrivé au pouvoir par des élections. Il ne s'est pas appuyé sur la classe ouvrière du Chili. Au total, le général de l’ancienne armée chilienne le plus proche d'Allende, le général Augusto Pinochet, est devenu le principal putschiste et tout simplement un authentique fasciste agissant sur ordre des impérialistes américains. Aussi se peut-il que, dans la nombreuse suite de Chavez (environ 70 personnes dont des généraux ) arrivée à Ijevsk, se trouve le futur Pinochet vénézuélien. Chavez doit se tenir sur ses gardes et prendre de sérieuses mesures pour renforcer son pouvoir. Autrement, il n'échappera pas au sort de Salvador Allende. La C.I.A. et le Mossad veillent.

Compte tenu de tout ce qui précède, on peut dire que si Chavez est progressiste, c'est quand même un bourgeois. La révolution qui a eu lieu au Venezuela et dont parle partout son actuel président est une révolution anti-impérialiste, mais pas une révolution socialiste. Chavez peut être qualifié de social-démocrate de gauche.

C'est ce que confirme également le genre de transformations socio- économiques que Chavez réalise dans son pays. Son programme préélectoral prévoyait l'orientation vers une économie libérale, de marché, l'encouragement à plein des investissements étrangers, la réduction de 1’appareïl d’État, l'adoption de toute une série de programmes sociaux. Et c'est tout cela que le Président du Venezuela s'efforce de faire entrer dans la vie de son peuple. Une confirmation indirecte de cette orientation en politique intérieure est constituée par son aspiration à adapter sa coopération avec la grande bourgeoisie de Russie personnifiée par «Lukoil» et «Gazprom».

Chavez se trouve placé à la croisée des intérêts de l'impérialisme de Russie et des É.-U.A. le Président du Venezuela tire activement et hardiment profit des contradictions entre les appétits économiques de Washington et de Moscou.

S. Kouzmine,
membre du P.C.B.tUS
IJEVSK

Par Internet: http://www.izhvkpb.narod.ru

Article publié dans le journal « Nouvelles d’U.R.S.S.» no 86, juillet-août 2007

Le président vénézuélien Hugo Chavez regarde attentivement l'assemblage d'un fusil d'assaut Kalachnikov.
Le président vénézuélien Hugo Chavez et Mikhaïl Kalachnikov, le créateur du fusil d'assaut, a Ijevsk.



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