Tcheliabinsk (Russie)
22 juin 2007 (AFP)
Ex-fleuron soviétique, l’ancienne « Tankograd » est fière de ses bulldozers
On l'appelait "Tankograd" du temps de la guerre, pour les
milliers de blindés qu'elle dépêchait au front: aujourd'hui, l'usine UralTrak à
Tcheliabinsk fabrique d'énormes bulldozers jaune vif, beaux comme des jouets,
rivalisant avec les célèbres Caterpillar.
En presque 75 ans d'existence, l'usine, l'une des plus grandes de ce type dans l'ancien bloc soviétique (208 hectares), a bien souvent été contrainte de s'adapter aux méandres de l'histoire du pays.
Ses premiers tracteurs industriels, sortis du moule en 1933, sont baptisés Stalinets-60, c'est-à-dire littéralement "Fidèle de Staline", à l'instar de la plupart des modèles qu'elle concevra, jusqu'au début des, années 50.
Certains de ses engins sont mis à contribution lors des expéditions, lancées dans des régions encore quasi-inaccessibles à l'époque comme la Yakoutie (Sibérie orientale) et la' haute chaîne de montagnes du Pamir, entre le Kazakhstan et la Chine.
Mais la guerre approche. "Quand on a senti que les fascistes allaient tôt ou tard nous attaquer, on nous a donné l'ordre de nous préparer techniquement à la production des chars", raconte Hanif Mingazov, directeur général adjoint de l'usine lors d'une rencontre avec des journalistes qu'il entraîne au fil d'interminables ateliers de production.
Sept usines sont transférées de la partie occidentale de l'URSS à Tcheliabinsk, et se mettent à produire des tanks en série, d'où le surnom du complexe. Des millions de tonnes de munitions et 18.000 chars y seront fabriqués.
L'un d'entre eux a été rapatrié du ' front et orne désormais martialement l'une des principales places de ce qui est aujourd'hui une des plus grandes agglomérations de Russie (1,3 million d'habitants), au sud-est de la chaîne montagneuse de l'Oural.
Le coeur de la ville, hier comme aujourd'hui, bat au rythme de ses industries, la métallurgie en premier lieu, mais aussi les machines-outils ou l'équipement électro-technique. A quelques kilomètres du centre de Tcheliabinsk, de gigantesques usines couronnées de hautes cheminées fumantes se font parfois face des deux côtés d'une même route.
Pour l'ancienne Tankograd, la reconversion à l'issue de la guerre à des activités civiles se fait "dans la douleur" de l'aveu même de ses dirigeants.
Mais la production repart et l'usine reçoit la tâche de produire 32.000 tracteurs par an, un "chiffre inouï", souligne M. Mingazov. L'entreprise, signe qu'elle suscite la fierté du régime, est décorée six fois des plus hauts ordres soviétiques (de Lénine, de l'Étoile rouge, etc.)
Arrive la perestroïka. Les troubles des années 90 amènent leur lot de scandales à l'usine, qui, menacée de faillite, doit un temps fermer ses portes, relate le directeur sans trop s'étendre sur le sujet.
Il préfère de loin insister sur les qualités de ses champions, bulldozers et tractopelles, tous d'un beau jaune canari et opérationnels sous toutes les latitudes. Le plus imposant pèse 46 tonnes et semble capable de tout raser sur son passage.
Si l'âge d'or de l'usine est aujourd'hui passé et le groupe désormais contraint de louer une partie de ses locaux devenus trop vastes, il n'en affiche pas moins avec fierté un bilan dans le vert et de nombreuses commandes de l’étranger.
Le matériel vendu aujourd’hui par UralTrak est essentiellement orienté vers la construction ou la réfection des routes. Dans un pays aussi vaste et soumis à un climat aussi rude, une telle mission paraît digne du mythe de Sisyphe, mais cela n'impressionne pas les locaux: "Ce serait très bien pour nous si la Russie décidait de réparer toutes ses routes!", badine un ingénieur de l'usine.
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