Théorie
Contributions
et leçons de la Grande révolution prolétarienne
culturelle et la lutte
contre
la contre-révolution globale
I. Les
avances théoriques de Mao et la Révolution culturelle
Pour
comprendre la contribution historique et les enseignements, de la
Grande
révolution prolétarienne culturelle en Chine, je voudrais
commencer non
pas par
ses nombreuses conquêtes pratiques, aussi importantes
soient-elles,
mais par
les avancées théoriques développées
principalement par Mao Zedong, sur
lesquelles elles se sont basées. Si nous faisions autrement cela
tendrait à
placer cette campagne historique mondiale très
étroitement dans le seul
contexte chinois.
Ce
qui a été accompli en Chine, à cette
échelle, et aussi avec un tel
impact, a
été un événement historique unique bien
qu’en aucun il ne peut être
considéré
sans précédent. L’Union soviétique, dans les
années 20’, à l’époque de
Staline,
avait déjà inauguré un impressionnant mouvement
analogue qui avait
affronté le
pouvoir monopoliste des «vieilles» élites
intellectuelles – bien qu’il
eût été
– comme avec les autres aspects de cette période –
exagérément
centralisé,
contrôlé du haut en bas et arrêté brusquement
quand il a menacé de
dépasser les
limites officielles. Pourtant, sa courte floraison devrait nous
démontrer que
les problèmes qu’ont rencontrés Mao et les Chinois au
milieu des années
60’,
même dans le domaine limité du contrôle des
ressources culturelles de
la
nouvelle société, sont des problèmes
«universels» de la révolution
socialiste.
Plus
particulièrement, il existe une contradiction fondamentale qui
surgit
dans le
processus de saisie des moyens de production de la
société
pré-révolutionnaire –
qu’elle soit féodale ou capitaliste – la persistance du
contrôle de la
superstructure par ceux qui s’opposent à la réalisation
de la
transition au
socialisme. Ces adversaires proviennent soit des reliquats des classes
de l’ancienne
société, soit de ceux qui sont au pouvoir dans la
nouvelle, y compris
ceux qui
«s’élèvent» des rangs du prolétariat
et de la paysannerie, et qui trop
souvent
cèdent aux tentations de leurs postes officiels et les utilisent
pour
retarder,
pour empêcher ou même pour renverser la révolution
socialiste. Marx a
fait
référence à cette sphère de la
superstructure comme des «moyens de
production
mentaux» qui peuvent être et continuent de rester le
monopole privé des
intellectuels et de la couche des directeurs, et des fonctionnaires du
parti et
de l’état bien après que la base productive
matérielle des fermes et
des usines
soit déjà socialisée. La contribution de Mao dans
la grande avancée
théorique
consistait en la reconnaissance que la persistance du contrôle
privé
dans le
domaine des idées – culturelles, artistiques, techniques,
professionnelles
parmi les gestionnaires politiques du gouvernement
révolutionnaire –
constituait la principale base à partir de laquelle la
contre-révolution et la
restauration capitaliste pourraient surgir après ce qui semblait
avoir
été une
victoire du socialisme. Après la révolution socialiste,
ceux qui
possèdent les
moyens de production mentaux peuvent et souvent utilisent leur monopole
pour
exclure et/ou exploiter d’autres. En Chine par exemple, dans le domaine
des
soins de la santé, dominaient presque complètement des
médecins urbains
avec
une orientation occidentale qui ne servaient pas les classes
ouvrières,
et
spécialement pas la population rurale. Ils se moquaient des
formes
traditionnelles de traitement – exactement comme le font aujourd’hui
les
sociétés qui contrôlent les brevets et qui se
servent de leur pouvoir
pour
tirer de grands profits des médicaments contre le SIDA, fixant
des prix
inaccessibles pour des dizaines de millions de personnes. Par
conséquent, la
révolution ne peut pas s’achever complètement avant la
socialisation
complète
des idées de la médecine et d’autres domaines – exactement comme pour
les
moyens de production physiques – par la
destruction du monopole
bourgeois sur
elles. C’est à partir de cette base que Mao s’est rendu compte
que la
lutte de
classe se poursuit dans la période de transition vers la
société
socialiste et
au-delà vers le communisme – un désaccord crucial avec la
position
soviétique
que la lutte des classes était effectivement achevée.
C’est cette
compréhension, plus que n’importe quelle autre parmi ses
nombreuses
contributions théoriques, qui fait que la pensée de Mao
Zedong
représente le
troisième stade de développement du
marxisme-léninisme.
Cependant
cette nouvelle théorie possède deux autres implications,
qui ont été
toutes les
deux réalisées en Chine. La première est que ce
n’est qu’à travers la
Révolution culturelle que peut être achevée la
socialisation complète
de tous
les moyens de production – non seulement physiques mais aussi mentaux –
de
manière à ce que soient jetées des bases fermes
pour un nouveau système
social
sous le contrôle des ouvriers et des paysans
révolutionnaires. L’énorme
lutte
commencée en Chine en 1966 pour réaliser cette
transformation a de loin
dépassé
la précédente en Union soviétique, apportant des
conquêtes
considérables et
continuelles, non seulement aux classes travailleuses chinoises mais
aussi au
monde entier, et dont les résultats – bien que cela soit
rarement
reconnu
aujourd’hui – sont encore perceptibles dans les institutions et les
mouvements
sociaux partout. Ce que la Révolution culturelle a montré
est qu’il est
possible pour les ouvriers et les paysans, soutenus par ces
intellectuels,
directeurs et officiels du parti et de l’état qui avaient
compris la
nécessité
d’une nouvelle approche par rapport à leur propre position de
classe,
de casser
la monopolisation des idées par les élites.
C’était, avant tout, une
activité
collective de socialisation mentale. Comme résultat, dans chaque
domaine social
– culture, technique, formation, santé, production agricole et
industrielle, et
institutions de tous genres, y compris le parti et les services de l’état – les
classes travailleuses ont réussi
à introduire leurs propres initiatives, créer de
«nouvelles structures
socialistes» y compris dans la représentation et la
direction du
gouvernement.
Rien de semblable n’avait jamais été tenté
à cette échelle, et malgré
ses
limites, cela a démontré que les avancées
théoriques de Mao pouvaient
se
réaliser avec succès en pratique.
Nulle
part de telles conquêtes n’avaient été si
évidentes que dans le domaine
de la
santé, où le programme des «médecins aux
pieds nus» s’était attaqué au
monopole
urbain et formé des assistants médicaux paysans, qui
utilisaient aussi
bien la
médecine traditionnelle chinoise que les techniques occidentales
pour
sauver
des millions de vies. Les même types de progrès ont
transformé les
relations
partout dans la société: entre ouvriers et directeurs,
étudiants et
enseignants, villageois et officiels, maris et femmes, parents et
enfants. La
vieille exigence de soumission à l’autorité,
instillée depuis plus de
deux
millénaires, s’était écroulée devant le mot
d’ordre de Mao qu’il est
«juste de
se rebeller». Même dans le cadre du parti et celui de
l’état, y compris
dans
les politiques intérieure et extérieure, les classes
travailleuses ont
réclamé
le droit de casser les vieux monopoles et de participer aux discussions
et aux
prises de décisions. En conséquence, la superstructure
aussi a été
socialisée.
Par le biais des comités révolutionnaires 3 en 1
[enseignement,
recherche et
production - NdlT] et d’autres innovations
institutionnelles, les ouvriers et les paysans se sont assis ensemble
avec les
cadres, les intellectuels, les directeurs, les officiers militaires et
autres
personnes de toutes les couches sociales – selon le service – pour
aider à
déterminer en faveur de qui, fonctionneraient les usines, les
fermes,
les
journaux, les écoles, les hôpitaux et les bureaux
gouvernementaux.
L’influence
du confucianisme paternaliste a commencé à être
renversé comme les
femmes, les
jeunes, les pauvres et les marginalisés revendiquaient le droit
à
l’égalité,
tant dans le domaine personnel que public.
Seulement
cette même théorie, sur laquelle se sont basés les
succès de la
Révolution
culturelle, contenait aussi son opposé dialectique. Parce que
Mao avait
saisi
que si la lutte des classes se poursuit dans la période de la
transition au
socialisme, alors le résultat n’était en aucun cas
prédéterminé. Ces
mêmes
puissances de classe qui nécessitent d’être
éliminées par la
socialisation de
la superstructure, non seulement résisteront à cette
éventualité, mais
peut-être même l’empêcheront, et dans le processus
mettront des bases
pour
préserver leur pouvoir, et même pour une restauration
contre-révolutionnaire.
La citation de Mao si souvent répétée que dans
l’avenir il faudra
presque
certainement beaucoup de révolutions culturelles – comme la
déclaration
analogue de Thomas Jefferson: «l’arbre de la
liberté» doit être
arrosé
périodiquement du sang des patriotes – a rendu parfaitement
clair
le fait
qu’il comprenait que la voie en avant n’était pas une ligne
droite mais
jalonnée de défaites et de victoires. Mao s’est rendu
compte, comme
Marx,
Engels, Lénine et même les meilleurs des
révolutionnaires bourgeois,
que
l’histoire ne se déroule pas sans revers, qu’il existe des
reculs
inévitables
ainsi que des avancées, au fur et à mesure que les
contradictions du
processus
dialectique de la lutte des classes se déroulent historiquement.
Aujourd’hui,
bien entendu, nous savons que la Chine a vécu aussi ce
côté négatif de
la
dialectique historique, et que sous Deng Xiaoping et ses successeurs
les forces
de la contre-révolution et celles de ceux qui ont pris la
«voie
capitaliste»
ont certainement triomphé, tout au moins temporairement. Ainsi
l’expérience de
la Révolution culturelle nous a laissé deux enseignements
fondamentaux.
Premièrement, que la lutte des classes lors de la période
de transition
vers le
socialisme est nécessaire, particulièrement en ce qui
concerne la
superstructure, et peut gagner des victoires importantes même si
elle
est
confrontée à une énorme opposition conservatrice.
Mais que
deuxièmement, il n’y
rien d’inévitable concernant les succès à court
terme du socialisme
révolutionnaire ou de la Révolution culturelle. Avec ses
concepts Mao
est
devenu le théoricien général du stade post-révolutionnaire
de la société et de la première période de
la transformation socialiste.
II. Le Révisionnisme et les leçons de la
Révolution
culturelle
La
campagne contre le révisionnisme soviétique et la
croyance par Mao
qu’elle
avait des imitateurs et des adeptes en Chine, ont fait qu’il a
lancé la
Grande
révolution prolétarienne culturelle, doivent être
comprises comme
n’étant qu’un
seul élément dans une plus large lutte de classes. Si la
transition
révolutionnaire au socialisme elle-même contient diverses
classes,
alors il est
nécessaire de déterminer qui sont-elles et comment elles
se relatent et
se
confrontent mutuellement. Au départ, toutes les
révolutions - même
celles qui
s’autoproclament «prolétariennes» - sont
réalisées par des alliances de
classes
dans lesquelles se trouvent non seulement des ouvriers mais aussi des
paysans,
des intellectuels et même, selon les conditions
spécifiques nationales,
des
éléments de la bourgeoisie. Chacune de ces
«vieilles» classes héritées
de la
société précédente se bat à sa
manière, pour le pouvoir, ou tout au
moins pour
de l’influence, avant mais aussi après la révolution. En
plus, même à
l’intérieur d’une classe, il peut y avoir des divisions internes
aiguës.. Par exemple la
«paysannerie» est composée de
métayers, de
pauvres, de moyens et de riches couches parmi lesquelles les
premières
sont
généralement dans leur composition plus
prolétariennes, alors que les
autres
sont plus petites-bourgeoises ou
même
bourgeoises
dans leur orientation. En plus la Révolution elle-même
redéfinit les
classes,
dans certains cas rapidement, dans d’autres plus lentement. Les
métayers et les
pauvres agriculteurs qui ont reçu de la terre deviennent de
«nouveaux
moyens»
agriculteurs, alors que les riches dont les patrimoines trop importants
ont été
réduits se transforment dans l’autre sens. Par stades
émergent de
«nouveaux»
éléments de classe, issus non seulement des classes
d’avant la
révolution mais
beaucoup provenant des cadres ouvriers et paysans. Ces cadres assument
des
positions de pouvoir reprises au régime vaincu, ouvrant la voie
à la
corruption, à l’abus de pouvoir et aux privilèges du haut
rang. De
toutes ces
sources, à chaque stade, se développe une opposition
contre la
consolidation de
la nouvelle société socialiste et peut donner lieu
à la création d’une
base
pour la contre-révolution.
La
tentative de Khrouchtchev de «réviser» l’orientation
de l’Union
soviétique,
n’est en conséquence qu’une manifestation d’un conflit beaucoup
plus
large. Le
«révisionnisme», dans ce sens comprend une
combinaison de pratiques
d’ordre
politique, économique et social, et des politiques
adoptées par
diverses
couches de classe à l’intérieur du système
socialiste nouvellement
émergeant,
qui veulent freiner son progrès, retarder ou même inverser
ses
conquêtes de la
révolution et reviennent aux méthodes capitalistes –
comme par exemple
les
importantes récompenses matérielles et les
privilèges de direction. Au
niveau
international, ils abandonnent le soutien aux forces du socialisme
révolutionnaire mondial en faveur d’une
«détente» passive avec les
centres du
capitalisme impérialiste. Par conséquent, Mao avec le
lancement de la
Révolution culturelle entendait que gagner contre les
révisionnistes ne
constituait qu’un seul aspect d’une lutte à plusieurs fronts qui
étaient tous
non seulement critiques, mais aussi liés mutuellement. Ceux-ci
visaient
à:
Enfin
cette lutte «domestique» avait besoin d’être
reliée à la réaffirmation
du
soutien du socialisme révolutionnaire dans le monde. Chacun de
ces
aspects de
la lutte est nécessaire de manière à renforcer
toutes les autres et
empêcher
que la Chine suive la voie révisionniste qui avait
émergé en Union
soviétique.
Et dans tous ces domaines il y a eu d’immenses avancées de
faites, bien
qu’elles aient été particulièrement
éprouvantes à consolider, aussi
bien à
cause de leur nouveauté, que de la dure opposition des forces
conservatrices.
Finalement
cette tentative était un échec, et les
«réformes» commencées avec Deng
Xiaoping, et qui continuent même aujourd’hui, le rendent si
apparent.
Mais les
enseignements de la Révolution culturelle peuvent aider à
nous faire
comprendre
ce qui est nécessaire pour que de futures luttes puissent
être gagnées.
Premièrement il est nécessaire d’atteindre une analyse de
classe des
fondements
des forces du révisionnisme d’un niveau plus élevé
que celui qui avait
été
disponible lors de la campagne en Chine sous la conduite de Mao. Un des
plus
grands avantages des premières étapes de la
révolution chinoise à été
la carte
qu’il avait faite de la stratification détaillée des
classes de la
période, qui
a été critique pour la réalisation de la
réforme agraire et la
formation de
l’alliance anti-japonaise pendant la guerre. Il n’y a pas eu d’analyse
complète
similaire des classes pendant la période de la Révolution
culturelle
bien que
certaines tentatives puissent avoir été faites. Comme
résultat, des
conceptions
telles que «la bourgeoisie à l’intérieur du parti
et de l’état» n’ont
pas été
clarifiées suffisamment et l’identité de ces forces est
restée en
conséquence
ouverte à de larges interprétations et manipulations. De
l’autre côté,
une des
faiblesses de la Révolution culturelle était la
pléthore de critères
utilisés
pour distinguer les classes de ceux mis en question. Les origines
familiales,
les conduites passées, les situations et politiques courantes
ainsi que
les
orientations idéologiques étaient toutes utilisées
à des degrés
différents dans
différentes périodes pour déterminer la position
de classe de personnes
et de
catégories entières. Tout en reflétant la
complexité des classes en
question,
ainsi que les modifications du cours de la lutte, ces critères,
divers
et
souvent contradictoires, avaient rendu très difficile la
détermination,
au
cours de la Révolution culturelle, «qui étaient nos
amis et qui nos
ennemis».
Finalement, l’usage de critères non-marxistes comme
«bon» et «mauvais»
pour
caractériser des personnes, a ouvert la porte à des
interprétations
faciles à
manipuler par n’importe qui et de n’importe quel bord. De telles
faiblesses
dans l’analyse de classe et la manière de caractériser la
classe ont
favorisé
le fractionnisme et permis à ceux qui étaient «de
gauche dans la forme
et de
droite dans le fond» de se cacher dans les rangs de ceux qui
participaient à la
lutte et de manipuler la direction des événements. Une
des leçons que
nous
devons tirer de cette expérience est qu’il faut revenir à
une
utilisation
attentive et complète de l’usage du concept marxiste de
l’exploitation
– non
seulement sous la forme du profit capitaliste mais aussi sous la forme
de la
corruption et de la monopolisation des moyens mentaux aussi bien que
physiques
de production – comme la base de notre compréhension des
relations de
classe.
Ainsi nous pourrons faire usage efficacement de l’analyse de classe
dans toute
sa complexité et son examen attentif des diverses couches
sociales à la
nouvelle ère de transition au socialisme.
Deuxièmement,
étroitement lié au premier, alors qu’il est juste pour
les opprimés de
résister
à leurs oppresseurs avec «tous les moyens
nécessaires», l’usage de la
violence
révolutionnaire doit cibler attentivement ceux qui sont de vrais
ennemis des
classes travailleuses et du socialisme. Un échec de la
Révolution
culturelle a
été la tendance largement répandue de transformer
des contradictions
non
antagoniques en antagoniques, et l’usage excessif de moyens violents
pour
s’attaquer à tous ceux perçus comme des opposants. En
partie cela était
la conséquence
d’un manque d’analyse de classe adéquat qui rendait
extrêmement facile
de
caractériser comme «ennemis» tous ceux qui prenaient
une position
différente.
Dans une grande mesure c’était aussi attribuable à la
résistance des
éléments
de classe conservateurs qui sont restés au contrôle d’une
grande partie
du
mécanisme étatique et du parti, y compris une partie des
militaires.
Mais
c’était aussi attribuable à ceux dont la tendance
était de soutenir la
Révolution culturelle même quand leur action corrective
était
justifiée, de
frapper trop largement et souvent avec une dureté
exagérée leurs
adversaires.
Quelles que soient les nombreuses causes, il est clair aujourd’hui que
le
niveau de violence utilisée dans la campagne a exacerbé
le
fractionnisme,
ouvert le chemin à la répression
contre-révolutionnaire et aidé à créer
l’exigence pour une période de «normalité»
qui a facilité
particulièrement le
retour au pouvoir – après la mort de Mao – de Deng Xsiaoping.
En conséquence aujourd’hui, même parmi ceux qui
soutiennent la
Révolution
culturelle, beaucoup contestent le degré de violence
utilisée. Cela a
laissé un
héritage qui rend encore plus difficile la reconnaissance des
aspects
positifs
de la campagne. Dans la conduite de tels mouvements – et de tous les
aspects de
la lutte dans l’avenir – nous devons faire attentivement la
différence
entre
les contradictions antagoniques et non antagoniques, unir tous ceux qui
peuvent
s’unir et s’assurer que la violence révolutionnaire serve
à bâtir le
soutien
non seulement dans les classes travailleuses mais dans toutes les
couches
progressistes de la société sans aliéner ceux qui
sont nos amis.
Troisièmement,
la résolution correcte de toutes ces questions dépend
finalement de
l’institutionnalisation la plus complète du contrôle
démocratique par
les
classes travailleuses et leurs alliés. Finalement il n’y a pas
d’autre
manière
de contrôler de possibles abus par ceux qui occupent des postes
de
pouvoir et
profitent de leur position pour avancer de nouveaux
éléments
capitalistes, que
le plein exercice d’en bas vers le haut de la démocratisation
organisée
et
institutionnalisée. Ce n’est pas la question d’une foi simpliste
dans
la
«pureté des masses». Parce que comme l’a clairement
démontré la
Révolution
culturelle, le fractionnisme et d’autres distorsions similaires dans la
lutte
peuvent apparaître aussi bien parmi des travailleurs et des
paysans,
comme
parmi les autres classes. Cela ne dispense pas non plus de la
nécessité
pour
les mouvements, les partis et l’état d’exercer une direction,
une
organisation
et une autorité centralisées fortes,
particulièrement devant la menace
que pose
constamment l’impérialisme global. Cependant, la
Révolution culturelle
a échoué
à institutionnaliser de manière satisfaisante les formes
de contrôle de
la
classe ouvrière sur toutes les sections de la
société, en particulier
au plus
haut niveau national, ce qui a permis la création des conditions
pour
la
dissolution de la campagne, le renouvellement des bastions
conservateurs du
pouvoir et la période de la contre-révolution qui a
suivi. Par
conséquent, nous
devons étudier comment mieux appliquer les formes les plus
directes de
la
démocratisation et il nous faudra vouloir apprendre des
mouvements dans
le
monde qui s’expérimentent avec beaucoup de nouvelles formes de
contrôle
–
exactement comme Mao nous a appelé à apprendre de tous
ceux qui ont des
propositions utiles quelles que soient leur origine. Comme la
Révolution
culturelle elle-même, cette nouvelle étape de
démocratisation
représentera une
nouvelle avancée dans le développement du mouvement
socialiste et ne
sera pas
facile. Mais sans cet effort les défaites du passé vont
se répéter.
Nous
pouvons nous être réconfortés, au regard des
conditions objectives qui
jettent
les bases pour des niveaux toujours plus hauts,
d’alphabétisation, de
réseaux
étendus et d’expérience dans les luttes sociales de tout
genre, qui
augmentent
la capacité des classes travailleuses dans le monde à
ouvrir une
nouvelle et
encore plus puissante ère dans la lutte globale et
unifiée pour la
construction
d’une société révolutionnaire socialiste.
III.
La dialectique de la Révolution culturelle et de la restauration.
Il
est parfois difficile de se rappeler aujourd’hui combien a
été long et
dur le
chemin pour que le monde antique, basé sur l’esclavage, soit
amené à
son terme;
difficile aussi de se rappeler les siècles de conflit
nécessaires -
plus d’un
millénaire plus tard – pour
qu’advienne la destruction de
l’ancien
régime
et qu’apparaissent le système capitaliste contemporain et le
pouvoir de
la
bourgeoisie. C’est un processus qui aujourd’hui est loin d’être
complété, comme
l’illustrent les aspects féodaux qui survivent encore, par
exemple au
Népal et
dans d’autres pays. Les premières révolutions bourgeoises
– celle en
Angleterre
au XVIIe
siècle et en France au XVIIIe - ont été
renversées beaucoup plus
rapidement
que la révolution socialiste du XXe siècle d’abord en Russie,
puis en
Chine et ailleurs. Seule la révolution étasunienne a
évité ce sort en
refusant
pour presque un siècle de faire face à la division de
classe la plus
critique,
celle de l’esclavage. Mais quand finalement elle a dû y
être confronté,
le
modèle du premier changement révolutionnaire – la guerre
civile et la
reconstruction – puis la défaite et la contre-révolution,
s’est répété
là
aussi. Les premiers marxistes avaient l’avantage d’une perspective
historique
de tels renversements que beaucoup dans les mouvements socialistes
d’aujourd’hui n’ont pas. Ils avaient étudié attentivement
le passé et
savaient
que la transformation historique d’un système de classe à
un autre est
une des
plus profondes et difficiles épreuves humaines. Par
conséquent les
défaites
qu’ils ont vécues – pour Marx et Engels c’était au-dessus
de tout
l’écrasement
de la Commune de Paris – leur ont enseigné la
nécessité d’une
perspective à
long terme et un optimisme révolutionnaire qui trouve sa source
seulement dans
une analyste précise de la lutte des classes et des
modifications
matérielles
qui avec le temps préparent le terrain pour de nouvelles
avancées
révolutionnaires. Malgré le fait qu’ils n’ont pas
vécu pour les voir,
les
révolutions socialistes: russe, chinoise, vietnamienne, cubaine
et
autres,
auraient sûrement récompensé leur profonde foi dans
la capacité des
classes
travailleuses à surmonter toutes les difficultés qui les
retiennent
quand les
conditions et les contradictions ont mûri.
Nous
devons apprendre de leur patience, pas dans le sens d’attendre
passivement le
«moment approprié» mais en faisant tout ce que nous
pouvons pour faire
avancer
la lutte tout en maintenant une optique réaliste, nous situer
historiquement et
savoir quels sont nos devoirs les plus critiques dans le
présent. Une
des
nécessités consiste à analyser justement le
passé, pour ses victoires
aussi
bien que ses défaites, apprendre ses enseignements, et aider
à éduquer
d’autres. Avant que le dernier communard ait été
exécuté, Marx avait
déjà
commencé sa profonde étude de ce conflit afin de
préserver son héritage
d’inspiration, qui pourrait servir aux générations
futures – et qui a
été
réalisé, par exemple, à la commune de Shanghai en
1967.
Nous,
à notre tour, essayons d’accomplir un devoir similaire avec
l’analyse
aujourd’hui des enseignements de la Révolution culturelle, non
pas par
intérêt
distrait ou académique, mais pour fournir un guide à
l’action pour les
mouvements révolutionnaires de notre temps. Ainsi nous pourrons
contribuer à la
deuxième tâche, la mobilisation incessante des classes
travailleuses
dans le
monde entier qui atteint déjà de nouveaux niveaux de
lutte populaire
pour le
socialisme, en Inde, aux Philippines et ailleurs, et très
notamment en
Amérique
latine. Parce que précisément comme les défaites
des premières
révolutions
bourgeoises n’étaient que des revers temporaires dans
l’incessant et
finalement
victorieux cheminement du capitalisme à renverser la
féodalité, ainsi
dans
notre temps, ce qui paraît comme une «défaite»
du socialisme en
ancienne Union
soviétique, en Chine et ailleurs devrait être
considéré comme une
partie de la
dialectique historique dans laquelle chaque stade avance vers des
niveaux
supérieurs, bâtissant sur les conquêtes et les
défaites de la tentative
précédente. Comme Marx, il y a si longtemps, nous l’a
enseigné, le
progrès
objectif des forces matérielles jette les bases pour la
socialisation
de la
société globale, indépendamment de la
volonté et de la puissance des
capitalistes.
Le
nouvel essor de la révolution socialiste et des mouvements qui
aujourd’hui
défient l’empire capitaliste global dirigé par les
États-Unis partout
dans le
monde, montre que les luttes du passé ne sont pas vraiment
«perdues»
bien
qu’elles paraissent comme telles. Comme Marx l’a souligné, rien
de ce
que
l’homme découvre, ou dont il fait l’expérience ne
disparaît
complètement. Cela
survivra, même si c’est seulement que par son influence sur ceux
qui
viendront
même si ce n’est qu’indirectement. Cela, bien entendu, est
valable pour
les
grandes luttes révolutionnaires du passé. C’est valable
aussi pour la
Révolution culturelle. Cette campagne est
considérée comme «perdue» et
transformée en son contraire; celui qui observe la Chine
aujourd’hui
peut
facilement voir que la plupart de ses gains ont été
démantelés. Et
pourtant
l’esprit de la révolution que Mao avait instillé dans les
vies des
Chinois vit
encore, même parmi ceux qui ne peuvent pas réaliser
d’où provient la
croyance
qu’il «est juste de se révolter». Chaque
année il y a des dizaines de
milliers
de manifestations, d’émeutes et de révoltes ouvertes par
les paysans,
les
immigrants des villes et les ouvriers urbains. Il y a seulement
quelques jours,
dans une ville au sud de la Chine, 20.000 paysans et ouvriers se sont
réunis
dans un soulèvement de masse contre les autorités locales
protestant
contre
l’augmentation des prix des transports en commun. Il a fallu 1500
policiers
pour réprimer la manifestation. Néanmoins les
autorités ont été
obligées
d’annuler les augmentations. Nous n’avons pas suffisamment de
détails.
Toutefois, ce dernier soulèvement voudrait peut-être
annoncer un
nouveau niveau
de coopération entre travailleurs et paysans, brisant
l’habituelle
séparation
par classe – une condition clé pour que la lutte en Chine
atteigne un
niveau
révolutionnaire.
Il
existe, par conséquent, de plus en plus un «grand tumulte
sous le ciel»
que Mao
considérait comme favorable à la révolution. Mais
nous ne devons pas
être
aveuglement optimistes. Les défaites du passé sont de
très sérieux
reculs et le
monde est sérieusement menacé par l’aventurisme global et
les tendances
fascistes de l’actuel gouvernement des États-Unis. Cependant, la
résistance
contre eux s’accroît dans le monde entier, et de manière
qu’elle
échappe
rapidement au contrôle de leur empire. Alors que les
contradictions
s’aggravent, le passé ne devient pas moins, mais plus pertinent.
Les
luttes
historiques, comme la Révolution culturelle,
considérées comme des
vestiges
dépassés d’une ère morte et enterrée,
paraissent soudain avoir plus
d’actualité
alors que ceux qui essaient d’aller vers l’avant vers un monde
socialiste sont
confrontés à des problèmes analogues à ceux
rencontrés par Mao et les
Chinois
il y a quatre décennies. Bien que notre époque soit
différente, les
mêmes
questions fondamentales de la lutte de classe, le rôle des partis
et
des états
et les formes de contrôle démocratique que la
Révolution culturelle
avait
essayé de traiter et de résoudre paraissent aujourd’hui
devant nous.
Loin
d’être terminée l’ère de transition au socialisme a
juste commencé. Ce
ne sera pas
la tâche de qui que ce soit ici, maintenant de la
compléter. Mais en se
re-dédiant à la lutte que Mao
et les
classes laborieuses en
Chine avaient aidé à commencer, nous pouvons faire
avancer la
révolution
socialiste une fois de plus pour notre époque. En faisant cela,
nous
allons
combiner les enseignements de ceux qui nous ont
précédés avec une
analyse
méticuleuse et attentive des nouvelles conditions d’aujourd’hui
– non
pas pour
répéter les luttes du passé ou pour essayer de
restaurer ce qui a
précédé, mais
pour ouvrir de nouvelles voies comme elles l’avaient fait elles aussi
et élever
notre combat à des niveaux encore plus hauts.