Ukraine
Les collabos de
la Wehrmacht réhabilités en Ukraine
Jean-Marie Chauvier
Roman CHOUKHEVITCH honoré en Ukraine pour son 100ème
anniversaire, ancien chef nationaliste, il fut commandant ukrainien de
la Wehrmacht
(bataillon «Nachtigall»), capitaine dans le Schutzmannshaft
bataillon
201, puis commandant suprême de l’Armée d’insurrection
ukrainienne.
Réhabilité
solennellement par le président Viktor Iouchtchenko, l’un des chefs
historiques de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN)
et
commandant suprême de l’Armée d’insurrection ukrainienne (UPA),
Roman
Choukhevitch, voit son 100ème anniversaire
célébré en Ukraine.
Des cérémonies ont lieu en plusieurs endroits d’Ukraine
occidentale,
principalement à Lviv (Lvov, Lemberg) et à Kiev. C’est la
figure d’un
héros
national légendaire qui se construit. Il avait
résisté «aux deux
totalitarismes» dit la nouvelle vérité
officielle opposée à
l’ancienne-
soviétique - qui faisait de l’OUN et de l’UPA des
«fascistes»,
une version aujourd’hui qualifiée de «calomnie
stalinienne». C’est un
moment
important dans la formation de la Mémoire nationale en Ukraine,
opposée
à d’autres
«mémoires»...
Roman
Choukhevitch avant de commander l’UPA, fut chef de «Nachtigall»
(Wehrmacht, juin 1941) engagée dans l’invasion
hitlérienne de l’URSS le
22 juin
1941, et de la police nazie (SS) le Schutzmannshaft
bataillon 201
affecté à la chasse aux partisans (soviétiques) en
Biélorussie en
1941-42.
Cet
hommage à Choukhevitch s’inscrit dans une longue série. Les anciens combattants
de l’Armée Rouge, des organisations juives et des sources
polonaises et
russes
contestent la vague de réhabilitations en cours de ce qu’ils
considèrent comme
des «criminels de guerre». Les Polonais jugent l’UPA
responsable
de
«massacres génocidaires» de dizaines de milliers de
Polonais en
Volhynie en
1943. Ces accusations sont rejetées par les sympathisants de l’OUN
et de
l’UPA qui ont désormais les faveurs du pouvoir
à Kiev.
Pour
honorer la mémoire du général Roman Choukhevitch,
et de l’UPA se
sont
rassemblés les militants des organisations nationalistes et
néonazies
le 30
juin. Ils se sont heurtés aux contre-manifestants communistes et
socialistes.
Les forces spéciales anti-émeutes
les ont
séparés
sans gros incident. Un tribunal a interdit les manifestations et une
exposition
de photos nationalistes. Le Parti socialiste a installé dans le
centre-ville un
piquet arborant la pancarte: «Choukhevitch, assassin du peuple
ukrainien». (Le
commandant de l’UPA est accusé de meurtres de villageois
ukrainiens) «Un
Hauptschturmführer SS
consacré
héros de
l’Ukraine» s’indigne l’hebdomadaire russophone libéral de
Kiev «Stolitchnye Novosti».
Un autre journal signale que la réhabilitation de l’UPA
fera
l’objet
d’un projet de loi de «Notre Ukraine», le parti du
président
Iouchtchenko. Dans
leur ensemble, les médias de Kiev sont plutôt favorables. La
campagne de
réhabilitation est également appuyée par «!Pora»,
l’organisation de choc de la «révolution orange».
À l’inverse, le
parti des
Régions, le PC (implantés à l’Est et au Sud) le PS
dans une moindre
mesure,
sont hostiles aux initiatives du président Iouchtchenko.
Celles-ci,
et en
général les réhabilitations de chefs nationalistes
ou de légions SS
dans
divers pays d’Europe centrale et orientale (Estonie, Lettonie,
Lituanie,
Roumanie etc... ), allant de pair avec le
démontage
de monuments aux «soldats libérateurs du nazisme»
(soviétiques) sont
observés
en Occident assez favorablement. Ces réhabilitations
permettent en
effet de
construire une nouvelle «mémoire nationale»
axée sur la dénonciation
des
«crimes du communisme». Les gouvernements et
médias occidentaux
évitent
cependant de rappeler les aspects les moins sympathiques des
nationalismes -
comme leur rôle dans la Shoah. Leurs références
traditionnelles aux
SS,
croix gammées et autres saluts hitlériens ne sont pas
souhaitées, et
les
gouvernements est-européens s’efforcent qu’ils n’apparaissent
plus.
Seules des
minorités extrémistes conservent les symboles fascistes
et nazis, et le
terme
«judéo-bolchévisme» est banni du vocabulaire.
Le 14 octobre seront
célébrés les
65 ans de l’UPA, dont le président Iouchtchenko voudrait
faire
voter la
reconnaissance officielle comme mouvement de résistance
nationale, ce
qui ne
manquera pas de soulever de nouvelles controverses. Sur ce rapport
(historique
et actuel) des Ukrainiens à la collaboration nazie, un dossier
paraîtra
dans Le
Monde Diplomatique d’août.
http://www.shukhevych.netfirms.com/roman/shukhevych00ukr.htm (pour plus
d’information sur Choukhevitch)

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