Russie: Entre Poutine et Kasparov, la Russie recherche démocratie
Les Russes ont élu un nouveau Parlement. Sans surprise Vladimir Poutine gagne. L’opposant Kasparov ne dispose d’aucune base, les communistes bien.
Résultats électoraux
Russie unie (Poutine) : 63,1 %
Parti communiste PCFR (Ziouganov) : 11,5 %
Parti démocrate-libéral de Russie (Jirinovski, soutien à Poutine, démagogie nationaliste) : 9,4 %
Russie juste (Mironov, une création récente de Poutine, parti « social-démocratique ») : 7,6 %
62 % des électeurs se sont présentés aux urnes.
Le seuil minimal élevé de 7 % n’a pas été atteint par la série de partis de la pseudo-opposition fondés par Poutine lui-même (Patriotes de Russie – Semigine, Rodina, Oumalatova) ni non plus par les partis proaméricains Yabloko (Javlinski) et Union des Forces de droite (Tchoubaïs).
Kasparaov (Autre Russie)
L’ex champion d’échec Garri Kasparov dirige la coalition d’opposotion à Poutine, Autre Russie. Mais qui est ce démocrate Kasparov ?
En 1991, Kasparov est devenu membre du Center for Security Policy, un groupe de pression américain composé de chauds partisans de l’ancien président Ronald Reagan et de l’actuel président G. W. Bush, comme Richard Perle (l’un des architectes de la guerre en Irak). L’actuel vice-président Dick Cheney siège au conseil consultatif du centre, dont les producteurs d’armes américainssont les principaux financiers.1
Cette même année 1991, Kasparov recevait de ce groupe de pression d’extrême droite le diplôme de « Keeper of the Flame » (gardien de la flamme). Motif : « Avoir accru la sécurité des États-Unis par son engagement pour une armée (américaine) et avoir promu la démocratie en Russie.2 » Et l’on sait que quand le géant américain parle de démocratie, la dictature n’est jamais loin.
Les articles réguliers de Kasparov dans le Wall Street Journal ne contiennent pas de programme politique, mais nombre de variations sur les mêmes thèmes : « Poutine est un dictateur fasciste, il anéantit la démocratie en Russie. L’Occident est complice, ici. En vendant la Youkos, la démocratie est devenue impossible, en Russie.3 »
En disant cela, Kasparov ne laisse planer aucun doute sur le camp qu’il sert. Chodorkovski, le patron du géant pétrolier russe Youkos, ne payait pas d’impôts et transférait ses bénéfices colossaux vers des banques occidentales.4 Jusqu’au moment où il a été arrêté pour fraude fiscale.
En Russie même, notre homme ne peut compter que sur un soutien minime. Face aux caméras occidentales, il réunit quelques centaines de protestataires et déclenche une bagarre avec la police. Ce faisant, il espère se faire passer pour un « martyr de la démocratie », faire annuler les élections et déclencher une « révolution orange », comme en Ukraine, et installer enfin un régime pro-occidental. Avec peu de chance de succès…
1 www.sourcewatch.org
2 www.centerforsecuritypolicy.org
3 news.bbc.co.uk
4 Leonid
Nevzlin, l’un des actionnaires de la Youkos, a retiré 68 millions de
USD d’un
compte suisse de la Youkos : www.nationaljournal.ru
Poutine (Russie unie)
La large victoire de Poutine était fixée depuis longtemps.
Terminé, chez les Russes, l’anticommunisme primaire d’Eltsine. La population a perdu ses économies avec les privatisations de 1992 et la dévaluation de 1998. L’opinion publique s’est retournée contre l’Occident et Poutine en tire habilement parti. Il proteste avec véhémence contre l’installation du système antimissile américain en Pologne et en Tchéquie. Jeudi dernier encore, il suspendait l’accord CSE, qui régule la limitation des armements conventionnels en Europe. Il reproche à l’Occident d’avoir élargi l’Otan à divers voisins de la Russie et de menacer ainsi la Russie militairement.
Ces toutes dernières années, l’économie russe a connu une croissance annuelle moyenne de 7 %. L’exportation de pétrole et de gaz naturel est la clé du succès de Poutine. Il a racheté les champs pétroliers de Sibérie à Shell et à British Petroleum. Le holding d’État Gazprom fait à nouveau la pluie et le beau temps. Le groupe pétrolier Youkos est passé aux mains de l’État russe et des nouveaux riches amis. Mais la richesse pétrolière ne fait toutefois pas le bonheur de la population. Sous Poutine, le rapport entre les revenus des 10 % les plus riches et des 10 % les plus pauvres est passé de 10 à 18.
L’opiniâtre Poutine n’a cessé de se heurter de plein front aux États-Unis et à l’Europe. Il défend le droit de l’Iran à des centrales nucléaires, d’ailleurs construites avec l’aide russe. En août 2007, il a participé à des manœuvres militaires en compagnie de la Chine et des États de l’Asie centrale et ce, dans le cadre de l’Organisation de collaboration de Shanghai. En même temps, Poutine s’arrange pour rester l’allié de Washington. En septembre, les États-Unis et la Russie ont participé à des manœuvres militaires communes dans l’océan Pacifique, manœuvres qui auront désormais lieu chaque année.1
Opposition de gauche et communiste
Divisée et maintenue sous l’éteignoir, elle existe pourtant cette opposition de gauche.
Le président Poutine a supprimé le jour férié commémorant la révolution d’Octobre, pour en faire une journée normale de travail. Pourtant, le 7 novembre, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans le froid pour la commémorer, cette révolution de 1917. C’était une initiative du Parti communiste de la Fédération de Russie, mais plusieurs autres partis et groupes communistes y ont participé également. Lors du meeting devant la statue de Marx, chaque allusion à la révolution d’Octobre et à l’Union soviétique a été accueillie par un tonnerre d’applaudissements.
En novembre toujours, les dockers et les travailleurs de Ford ont fait grève à Saint-Pétersbourg pour des augmentations salariales. À travers les rues de la ville, la Marche des casseroles vides a défilé contre les hausses des prix des denrées alimentaires.
À propos du programme, c’est l’unanimité, parmi les communistes. Les matières premières, les grandes usines et les communications doivent être nationalisées. Avec les recettes, il faut mettre sur pied une industrie nationale et augmenter salaires et pensions. L’enseignement et la médecine doivent redevenir gratuits et les coûts de logement ne pas excéder 10 % du revenu. Le capital privé doit ôter ses pattes des structures du pouvoir et des médias et le pouvoir doit revenir au peuple organisé en soviets (conseils) de travailleurs.
Gennadi Ziouganov (Parti communiste de la Fédération de Russie) assure les Russes de ce qu’ils peuvent obtenir tout cela via une victoire électorale. Ca lui dirait de siéger avec Poutine au sein d’un « gouvernement d’intérêts nationaux »…
Le Parti communiste russe des Ouvriers (de Victor Tioulkine), par contre, entend partir de la lutte des classes des travailleurs. Non pas mendier auprès des détenteurs du pouvoir, mais donner la possibilité aux travailleurs de servir leurs propres intérêts par la lutte.
Jef Bossuyt 05-12-2007
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En face de
Poutine, il n’existe pas seulement une opposition de droite
pro-américaine comme
celle de Kasparov. L’opposition de gauche a manifeste massivement le 7
novembre
à travers les rues de Moscou. (Photo Solidaire, Jef Bossuyt) |
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Française, vol. 5, #6