Forces et faiblesses du processus démocratique et anti-impérialiste


Chavez présentant la constitution modifiée

C’est la première fois, en neuf ans, que Chavez perd une élection ou un référendum. Cette fois, il s'agissait d'un référendum pour modifier en profondeur la constitution de la République bolivarienne du Venezuela, adoptée en 1999. Elle se proposait de changer 69 des 350 articles de la constitution. Le "non" ne l'a emporté que de quelque 125 000 voix. Si on se réfère aux élections présidentielles de 2006, il apparaît que les partisans du "non" ont gagné 200 000 voix (4,3 millions pour le candidat de l'opposition aux précédentes présidentielles, 4,5 millions pour le "non"), alors qu'il a manqué 3 millions au "oui" (7,3 millions de voix pour Chavez aux présidentielles). Autrement dit, c'est en grande partie l'abstention dans le camp potentiellement favorable au régime qui a permis au "non" de gagner. Du coup, l'opposition se prend à rêver de revanche et la réaction nationale et internationale pense que le reflux du mouvement révolutionnaire, démocratique, anti-impérialiste a commencé.

Nous n'avons pas la prétention de pouvoir faire une analyse exhaustive des raisons de cette situation, mais nous pouvons néanmoins avancer des pistes de réflexion. Nous le faisons avec nos critères marxistes-léninistes, dans le but de contribuer à l'avancée du processus en marche au Venezuela, en soutien aux forces démocratiques, anti-impérialistes, révolutionnaires, et à celles qui se réclament du marxisme-léninisme(1).

La droite rêve de revanche

L'opposition de droite a développé une campagne de grande ampleur contre les dangers du "socialisme" contenu dans cette constitution. Contrôlant l'essentiel des médias privés, elle n'a pas hésité à recourir aux pires caricatures anticommunistes, proclamant que les enfants seraient enlevés à leurs parents, car ils appartiendraient à l'État! Que les maisons seraient prises par l'État, etc. L'église a massivement participé à cette manipulation des esprits, affirmant que la liberté religieuse serait remise en cause, dans un pays où le catholicisme reste très fort.

L'opposition de droite a repris le nom du front de gauche, "Podemos", lancé notamment au Chili, pour créer la confusion et a trouvé dans le général Baduel un de ses ténors(2). Une partie non négligeable des étudiants, notamment ceux des universités privées, mais pas seulement, sont montés au créneau contre la réforme. Ils ont multiplié les manifestations, cherchant à provoquer la police, s'en prenant violemment aux organisations étudiantes "pro-Chavez". Le but de cette agitation était d'essayer de faire croire que la jeunesse était opposée à une réforme qualifiée d’antidémocratique.

Sur le plan international, les attaques n'ont pas été moins virulentes. Les médias en France ne sont jamais en reste pour dénoncer le "populisme dangereux" de Chavez, l'absence de libertés démocratiques, etc. Par contre, ils se gardent bien de dénoncer les tentatives de coup d'État de la droite, de condamner les putschistes d'avril 2002 qui sont toujours en liberté(3). Les menaces viennent aussi du voisin colombien, le régime réactionnaire d'Uribe, le plus fidèle allié de Bush. Et quelques semaines avant le référendum, les plans d'un projet de coup d'État monté par la CIA étaient dévoilés. La CIA a mis 8 millions de $ dans la campagne pour le "non", ciblant essentiellement les médias vénézuéliens et internationaux. Depuis l'instauration du régime de Chavez, l'opposition de droite, soutenue par les USA, a livré une bataille médiatique incessante, les utilisant comme un instrument de déstabilisation de masse.

Cette opposition n'a jamais désarmé, mais elle sait aussi que ses tentatives directes de renversement de Chavez se heurteront aux masses populaires qui ne veulent pas le retour au pouvoir des grandes familles, de la bourgeoisie vendue à l'impérialisme US. C'est ce qu'a bien compris Baduel qui, au lendemain des résultats, a parlé "d'unité nationale", pour essayer de mettre le régime sur la défensive et l'amener à abandonner les projets les plus radicaux. Le visage d'opposition apaisée, "responsable", cache mal la volonté de mettre à bas le régime en place, en utilisant toutes ses faiblesses et en jouant sur tous les mécontentements.

Pourquoi l'abstention des couches populaires ?

Dans ce contexte, le phénomène de l'abstention est préoccupant, car il touche les couches populaires.

On peut avancer plusieurs explications. La première tient au contenu même des mesures soumises à référendum. Elles sont nombreuses et de différents types et il est difficile d'en mesurer les implications concrètes, sans une étude approfondie. Rappelons-nous l'ampleur du travail nécessaire chez nous pour décortiquer la constitution européenne! Ce travail d'explication, en direction des masses populaires, n'a pas été fait: en quoi ces mesures allaient dans le sens de leurs intérêts immédiats et à plus long terme, en quoi elles réduisent le pouvoir politique de l'oligarchie. Le débat s'est trouvé ramené à quelques slogans autour de la question de "la transition du Venezuela du capitalisme au socialisme" ou le pour ou contre Chavez. Sur la première question, il y aurait beaucoup à dire sur la conception du "socialisme du 21' siècle" avancée par le mouvement bolivarien, qui insiste sur la "démocratie participative" et qui prétend avoir tiré les leçons de l'échec de l'édification du socialisme en URSS et dans les pays de démocratie populaire(4).

Mais avant même de polémiquer sur cette question, comment les masses populaires peuvent-elles se reconnaître dans un système où une partie des responsables du parti bolivarien, affublés de la chemise rouge, sont notoirement corrompus et s'enrichissent de façon éhontée et ostentatoire. Ces couches, ralliées au bolivarisme par opportunisme et par intérêt personnel, méprisent les couches populaires, les pauvres qui forment le gros des bataillons de partisans de Chavez. Elles n'ont pas intérêt à pousser les réformes politiques et institutionnelles qui pourraient renforcer le contrôle des masses sur leurs activités. Ce qui manque le plus au peuple vénézuélien, ce sont des mesures concrètes, en matière de logement, de niveau de vie, de santé, etc., mesures que les rentrées financières liées au pétrole permettraient de mettre en œuvre rapidement. A la place de cela, elles voient que certaines couches, ralliées au chavisme, s'enrichissent et elles voient que la réaction conserve l'essentiel de ses moyens matériels, financiers et autres, pour continuer à bien vivre et à comploter contre le régime.

En un mot, une partie d'entre eux commence à se lasser des discours sur le "socialisme" et attend des changements concrets dans la vie quotidienne, tout en refusant le retour des vieux partis, des politiciens de droite, de la grande bourgeoisie qui a partie liée avec l'impérialisme US.

A ce référendum, il est clair que les forces démocratiques, anti-impérialistes et révolutionnaires devaient appeler au "oui". Mais le "socialisme" ne se décrète pas par des articles d'une constitution qui ne remet pas en cause la propriété privée des moyens de production, qui dilue le pouvoir et le poids de la classe ouvrière dans un projet de société basé sur l'autonomie des structures sociales et politiques, sur une décentralisation très poussée et des formes d'autogestion. Si la lutte contre la corruption et les éléments pourris qui se sont coulés dans le "chavisme" est indispensable, elle doit s'accompagner d'une lutte résolue pour affaiblir le pouvoir politique, économique, idéologique et médiatique de la bourgeoisie, pour améliorer concrètement les conditions de vie des larges masses et les faire davantage participer à la mise en œuvre de la rupture avec la domination impérialiste et celles de l'oligarchie.

Notes

(1) Nous rappelons que lors de sa XIe session, la Conférence Internationale de Partis et Organisations Marxistes-Léninistes a exclu de ses rangs, en décembre 2004, le parti Bandera Roja qui se réclamait frauduleusement du marxisme-léninisme. Elle s'en explique dans un document rendu public, disponible sur notre site (dans la rubrique "Conférence internationale", XI' session). Ce parti continue d'agir avec les forces de la réaction pour essayer de renverser le régime de H. Chavez. Certains de ses militants ont été largement cités par la presse internationale, notamment nord-américaine, et présentés comme des leaders des étudiants qui ont manifesté ces dernières semaines contre le référendum.

(2) Le général Baduel est membre fondateur du mouvement bolivarien, aux côtés de Chavez. C'est lui qui a fait sortir Chavez de la caserne-prison dans laquelle les putschistes de 2002 l'avaient reclus.

(3) Le 11 avril 2002, des généraux et des amiraux ont fait un coup d'État pour renverser H. Chavez. Immédiatement soutenus par Washington et par Aznar, les putschistes ont mis le patron des patrons à la tête de leur gouvernement qui a dissous toutes les institutions et procédé à l'arrestation de plusieurs responsables du gouvernement. Mais les dizaine de milliers d'habitants des quartiers défavorisés sont sortis immédiatement dans les rues et ont marché sur le palais présidentiel. Les soldats se sont joints à eux et ont chassé les usurpateurs. Mais aucun des putschistes n'a été emprisonné. A noter que c'est le général Baduel qui a négocié le retour de Chavez avec la hiérarchie militaire et que c'est ce même général qui a rompu avec lui, quelques mois avant le référendum, avec l'objectif de devenir l'homme de l'opposition.

(4) Nous conseillons à ce propos l'article de la revue Unité et Lutte consacrée à l'anniversaire de la révolution d'Octobre, "Le socialisme du 21' siècle, théorie anti-marxiste, petite bourgeoisie".

La Forge
Décembre 2007

www.pcof.net

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