Études et documents
Les falsifications de l'histoire
Staline et la lutte pour la réforme
démocratique
Par Grover Furr
C’est un article très important que nous
voulons diffuser largement autour de nous. C’est pourquoi nous en
commençons la
publication dès ce no de NSC. Vu la longueur de l’article nous nous
proposons
d’en compléter la publication en trois parties. Vous pouvez aussi
demander ce
supplément par courrier électronique à militant@militcom.org. La direction
Dans
l'introduction à son
article, l'auteur prévient « ...l'article qui suit étonnera nombre
de
personnes et en choquera d'autres. En fait c'est ma propre
stupéfaction, à la
suite des résultats de mes recherches qui m'a conduit à écrire cet
article. Je
soupçonnais depuis longtemps que la version
« Guerre froide » de l'histoire soviétique avait des défauts
sérieux.
Cependant, j'étais loin d'évaluer l'étendue des mensonges que l'on
m'avait
présentés comme des faits incontestables. »
Plus de
50 ans après le 20ème
congrès du PCUS qui consacra le triomphe des révisionnistes partisans
de la restauration
du capitalisme en URSS, nous pouvons juger des énormes dégâts que cet
événement a engendrés pour le mouvement
communiste. L'ignominieux rapport secret de Krouchtchev
et les calomnies sur la période « stalinienne » de l'Union soviétique
qu'il a
répandues a permis que les mensonges de
la propagande anti-communiste soient
élevés au rang de vérité absolue. Des millions de prolétaires
ont ainsi
désespéré du communisme et leurs luttes pour une société plus juste,
débarrassée de l'exploitation de l'homme par l'homme
a été dévoyée sur des chemins de traverse.
Aujourd'hui
il nous faut faire renaître dans
l'esprit des masses exploitées « l'esprit communiste » la confiance à
la
possibilité d'un avenir meilleur, d'un monde nouveau, supérieur, un
monde communiste.
Ayant eu
accès à une partie des archives d'État et
du Parti
Communiste de l'ex-l'URSS certains
chercheurs russes
et anglo saxons nous laissent entrevoir
une toute
autre vérité, même si leur analyse des documents et des faits reste
souvent dans
les limites de la vision bourgeoise de l'histoire.
Rares
sont les études menées du
point de vue du matérialisme historique. Celle de Grover
Furr, marxiste convaincu, en est une.
En
traduisant et en publiant
cette étude, notre collectif apporte sa contribution à la lutte contre
la
criminalisation du communisme et poursuit une des tâches qu'il s'est
fixées :
engager les communistes de France [et du monde entier – n.d.
Dr Paquin] à une réflexion du point de vue du matérialisme historique
sur les
réalisations de nos prédécesseurs afin que les leçons de leurs succès
et de
leurs échecs éclairent nos luttes à venir.
Le
collectif Militant
Communiste - Octobre 2007. Web : www.militcom.org
Première
partie
5.
Procès, conspirations,
répression
Deuxième
partie
11. Le dix-neuvième
congres du parti
13. Les actions de Beria vers la reforme
démocratique
14. Les
décès de Staline et de
Beria... et d'autres ?
15.
Conclusions et future
recherche
16.
Bibliographie
supplémentaire pour la deuxième partie
PREMIÈRE
PARTIE
Cet article décrit les tentatives de Joseph
Staline, des années 1930 jusqu'à sa mort, pour démocratiser le
gouvernement de
l'Union soviétique.
Cette
assertion et l'article qui suit étonnera nombre
de personnes et en choquera
d'autres. En fait c'est ma propre stupéfaction, à la suite des
résultats de mes
recherches qui m'a conduit à écrire cet article. Je soupçonnais depuis
longtemps que la version « Guerre froide
» de l'histoire soviétique avait des défauts sérieux. Cependant,
j'étais loin
d'évaluer l'étendue des mensonges que l'on m'avait présentés comme des
faits
incontestables. Tout cela est bien connu
en Russie, où le respect, voire l'admiration pour Staline est répandue.
Youri
Zhukov, le principal historien russe qui met en avant le paradigme de «
Staline
démocrate » et dont les travaux constituent la plus importante
source pour
cet article -mais pas la seule- est une figure du courant dominant de
l'Académie des Sciences. Ses travaux sont largement connus en Russie.
Cependant,
cette histoire et les faits qui la confirment
sont pratiquement inconnus à l'extérieur de la Russie, où le paradigme
de la
Guerre froide de « Staline dictateur » domine tout ce qui est publié et
où les
travaux commentés ici sont très rarement cités. Aussi, une bonne partie
des
sources secondaires utilisées pour cet article sont seulement
disponibles en
russe, ainsi que, bien sûr, toutes les sources primaires.
Cet
article n'informe pas simplement les lecteurs de nouveaux
faits et sur leur interprétation à propos de l'histoire de l'URSS.
C'est plutôt
une tentative d'apporter à des lecteurs non-russes les résultats d'une
nouvelle
recherche sur la période « stalinienne » et sur Staline lui-même, basée
sur les
archives soviétiques. Les faits présentés sont compatibles avec une
série de
paradigmes de l'histoire soviétique, de même qu'ils aident à réfuter un
certain
nombre d'autres interprétations. Ils seront tout à fait inacceptables -
en
fait, scandaleux - à ceux dont les perspectives politiques et
historiques sont
basées sur les notions fausses et idéologiquement motivées "de la
Guerre
froide", "de totalitarisme" soviétique et "de terreur"
stalinienne.
La
caractérisation khrouchtchévienne de Staline en tant
que dictateur assoiffé de pouvoir, traître à l'héritage de Lénine, a
été créée
pour servir les objectifs de la nomenklatura du Parti
communiste dans
les années 1950. Mais elle présente des
similitudes et partage beaucoup de suppositions, avec le
discours
canonique sur Staline hérité de la Guerre froide, qui a servi la
propagande des élites capitalistes,
soutenant que les luttes des communistes, et donc de n'importe quelles
luttes
pour le pouvoir du prolétariat, mènent inévitablement à un certain type
d'horreur.
Elle
sert aussi à l'argumentation des Trotskistes selon
laquelle la défaite de Trotski, « véritable révolutionnaire », n'a pu
avoir
lieu que par la faute d'un dictateur
qui, est-il affirmé, a violé tous les principes
pour lesquels la révolution avait combattu. Les paradigmes
khrouchtchéviens, anti-communistes de la Guerre froide et Trotskistes
de
l'histoire soviétique partagent la même diabolisation quasi-totale de
Staline,
de son leadership et de l'URSS à son
époque.
La
vision de Staline décrite dans cet essai est
compatible avec un certain nombre de paradigmes historiques autrement
contradictoires. Les interprétations communistes anti-révisionnistes
et post-maoïstes de l'histoire soviétique considèrent Staline comme
l'héritier
créateur et logique, et à certains égards imparfait, de l'héritage de
Lénine.
En même temps, beaucoup de nationalistes russes, tout en n'approuvant
pas
vraiment les réalisations de Staline en tant que communiste, respectent
Staline
en tant que principal acteur qui a conduit la Russie à devenir une
puissance
industrielle et militaire mondiale majeure. Staline est un personnage
fondamental pour les deux, bien que de façon très différente.
Cet
article n'est pas une tentative "de
réhabiliter" Staline. Je suis d'accord avec Yuri Zhukov quand il écrit :
« Je
peux honnêtement vous dire que je m'oppose à la
réhabilitation de Staline, parce que je m'oppose aux réhabilitations en
général. Rien ni personne dans l'histoire ne devrait être réhabilité -
mais
nous devons découvrir la vérité et dire la vérité. Cependant, depuis
l'époque
de Khrouchtchev les seules victimes des répressions de Staline dont on
entend
parler sont celles qui y ont participé elles-mêmes, qui les ont
facilitées ou
qui n'ont pas réussi à s'y opposer »
Je ne
veux pas non plus suggérer que, si Staline s'y
était bien pris, les multiples problèmes de la construction du
socialisme ou du
communisme en URSS auraient été résolus.
Durant
la période que cet essai étudie, la conduite de
Staline a été non seulement de chercher à promouvoir la démocratie dans
la
gestion de l'État, mais aussi de favoriser la démocratie interne du
parti. Cet
aspect important et lié, exige une étude séparée et n'est pas le thème
central
de cet essai. Cependant le concept de « démocratie » n'a pas le même
sens dans le contexte d'un parti basé sur
le
centraliste-démocratique et d'adhérents volontaires
que dans un État immense de citoyens où
aucune base d'accord politique ne peut être posée en préalable.
Cet
article fait référence à des sources primaires chaque
fois que c'est possible. Mais il s'appuie beaucoup plus sur les travaux
de
recherche des historiens russes qui ont
eu accès aux documents non publiés ou récemment publiés des archives
soviétiques.
Beaucoup de documents soviétiques très importants sont disponibles
seulement
pour les chercheurs avec un accès privilégié. Un grand nombres d'autres
documents sont inaccessibles et
classifiés «confidentiels », incluant une bonne partie des archives
personnelles de Staline, les documents d'enquête d'avant-procès des
procès
de Moscou de 1936-38, les documents
d'enquêtes relatifs aux purges militaires ou à « l'Affaire
Toukhatchevski » de
1937 et beaucoup d'autres.
Yuri
Zhukov décrit la situation des archives de cette
façon :
« Au
début de
la perestroïka, un de ses slogans était la glasnost … les archives du
Kremlin,
autrefois fermées aux chercheurs, ont été liquidées. Leur propriété a
commencé
à être transféré dans [des institutions publiques diverses - GF]. Ce
processus
a commencé, mais n'a pas été achevé. En 1996, sans aucune publicité ou
explication de quelque sorte que ce soit, les documents centraux les
plus
importants ont été de nouveau re-classifiés,
enfouis
dans les archives du Président de la Fédération de Russie. Très vite
les
raisons de cette opération secrète sont devenues claires; elle
permettait la
résurrection d'un des deux anciens vieux et très minables mythes. »
Par ces
mythes Zhukov désigne le mythe de «
Staline dictateur » et «
Staline grand leader » Seul le premier
de ces mythes est familier aux lecteurs de l'historiographie
occidentale et
anti-communiste. Mais les deux écoles sont bien représentées en Russie
et dans
la Communauté des États Indépendants.
L'un des
livres de Zhukov, qui sert de base d'une grande
partie de cet article, est intitulé Staline Inoy –
Staline
différent – « différent » de l'un ou de l'autre mythe, plus près de la
vérité,
basé sur des documents d'archives récemment déclassifiés. Sa couverture
montre
une photographie de Staline et, y faisant face, la même photographie en
négatif: son opposé. C'est seulement à de rares occasions que Zhukov
emploie
des sources secondaires. La plupart du temps il fait référence à des matériaux d'archives non publiées, ou
des documents d'archives qui ont été seulement récemment déclassifiés
et
publiés. Le tableau qu'il brosse de la politique du Politburo de 1934 à
1938
est "très différent" de tout ce qui est véhiculé avec
n'importe lequel des « mythes » qu'il
rejette.
Zhukov
termine son introduction avec ces mots :
« Je
ne prétends pas avoir tout résolu ou être
incontestable. Je poursuis seulement un
but : éviter les deux points de vue préconçus, les deux mythes;
essayer
de reconstruire le passé, autrefois bien connu, mais maintenant
intentionnellement
oublié, délibérément tabou, ignoré par tous. »
Comme Zhukov, cet
article tente aussi d'éviter de tomber dans les deux mythes.
Dans de
telles conditions toutes les conclusions doivent
rester provisoires. J'ai essayé d'employer tous les documents
judicieusement,
qu'ils soient primaires ou secondaires. Pour éviter d'interrompre le
texte j'ai
mis les sources de mes références à la fin de chaque paragraphe. J'ai
utilisé
des notes en bas de page numérotées classiquement seulement là où je
pense que
des notes plus explicatives sont nécessaires.
La
recherche que cet article résume a des conséquences
importantes pour ceux d'entre nous qui ont intérêt à faire avancer une
analyse de classe de l'histoire, y
compris de l'histoire de l'Union Soviétique.
Un des
meilleurs chercheurs américains de la période
stalinienne en URSS, J. Arch Getty, a
qualifié la
recherche historique effectuée pendant la période de la Guerre froide
de «
produit de la propagande » -« recherche » qu'il ne sert à rien de
critiquer ou
d'essayer de corriger point à point, mais qui doit être complètement
revue
depuis le début.
Je suis
d'accord avec Getty, mais j'ajouterais que cette
« recherche » tendancieuse, politiquement orientée et malhonnête est
encore
produite de nos jours.
Le
paradigme khrouchtchévien et de la Guerre froide a été
le point de vue dominant de l'histoire "des années Staline." La
recherche dont je fais le compte-rendu ici peut contribuer à « déblayer
le
terrain, en recommençant tout depuis le début. »
La
vérité qui apparaîtra finalement aura aussi une grande
signification pour le projet marxiste en vue de comprendre le monde
pour le
changer, pour construire une société
sans classe, de justice sociale et économique.
Dans la
dernière partie de l'essai, j'ouvre pour la
recherche ultérieure quelques pistes que
suggèrent les résultats de cet article .
En
décembre 1936 le 8ème
Congrès Extraordinaire
des Soviets approuve le projet
de nouvelle Constitution Soviétique. Il prévoit le vote secret et la
fin de la
candidature unique (cf Zhukov,
Inoy 307-9).
Les
candidats autorisés à se présenter pouvaient être
issus non seulement du Parti Bolchevik - qui s'appelait alors le Parti
Communiste (Bolchevik) de Toute l'Union - mais également des groupes
d'autres citoyens , basés sur la résidence,
l'affiliation (comme les
groupes religieux), ou des organisations professionnelles. Cette
dernière
disposition n'a jamais été mise en oeuvre.
Les
élections plurielles n'ont jamais été organisées.
Les
aspects démocratiques de la Constitution ont été
introduits à la demande expresse de Joseph Staline..
Avec ses partisans les plus proches dans le Politburo du Parti
Bolchevik,
Staline a combattu avec ténacité pour conserver ces dispositions.
Getty,
explique qu'ils ont seulement cédé quand ils furent confrontés au refus
unanime
du Comité Central du Parti et à la panique entourant la découverte de
graves
conspirations pour renverser le gouvernement soviétique, liées aux
fascistes
japonais et allemands.
En
janvier 1935 le Politburo a assigné à Avel
Yenukidze la tâche de
rédiger le contenu d'une nouvelle Constitution qui, quelques mois plus
tard,
est revenu avec une proposition pour des élections ouvertes et à
candidature
unique. Presque immédiatement, le 25 janvier 1935, Staline a exprimé
son
désaccord avec la proposition de Yenukidze,
insistant
sur des élections à bulletin secret. (Zhukov, Inoy 116-21)
Staline
a rendu public ce désaccord d'une façon
spectaculaire dans une entrevue en mars 1936 avec le magnat américain
de la
presse Roy Howard. Staline y affirme que la constitution soviétique
garantirait
que tout vote serait à bulletin secret. Le vote serait organisé sur une
base
égalitaire, avec le vote paysan comptant autant que celui d'un
travailleur et sur une base territoriale,
comme en
Occident, plutôt que selon le statut (comme pendant l'époque tsariste)
ou du
lieu d'emploi; et direct - tous les Soviets seraient élus par les
citoyens
eux-mêmes, non indirectement par des représentants. (Howard-Staline
Interview;
Zhukov, "Repressii" 5-6)
Staline
: Nous adopterons probablement notre nouvelle
constitution à la fin de cette année. La commission désignée pour
rédiger la
constitution fonctionne en ce moment et doit finir ses travaux bientôt.
Comme il
a déjà été annoncé, selon la nouvelle constitution, le suffrage sera
universel,
égal, direct et secret. (Howard-Staline Interview 13)
Le plus
important de tous, Staline a déclaré que toutes
les élections seraient à candidature multiple.
« Vous
êtes perplexes par le fait qu'un seul parti se
présentera aux élections. Vous ne pouvez pas imaginer comment les
luttes
électorales peuvent avoir lieu dans ces conditions. Évidemment, les
candidats
seront proposés non seulement par le Parti Communiste, mais par toutes
sortes
d'organisations publiques, indépendantes du Parti. Et nous en avons des
centaines. Nous n'avons pas de parti concurrent pas plus que nous
n'avons une
classe capitaliste luttant contre un prolétariat qu'elle exploite.
Notre
société est composée exclusivement de travailleurs libres de la ville
et de la
campagne - des ouvriers, des paysans, des intellectuels. Chacune de ces
couches
peut avoir ses intérêts spéciaux et les exprimer au moyen des
nombreuses
organisations publiques qui existent. »(13-14)
Les
différentes organisations des citoyens
pourraient présenter des candidats
contre les candidats du Parti Communiste. Staline a dit à Howard que
les
citoyens pourraient rayer les noms de tous les candidats à l'exception
de ceux
pour lesquels ils voudraient voter.
Il a
aussi souligné l'importance d'élections à
candidature multiple pour combattre la bureaucratie.
« Vous
pensez qu'il n'y aura aucune lutte électorale.
Mais il y aura et je prévois des campagnes électorales très animées. Il
n'y a
pas quelques institutions dans notre pays qui fonctionnent mal. Les cas
se
produisent quand tel ou tel organe de l'administration locale ne
réussit pas à
donner satisfaction à certaines exigences diverses et croissantes des
travailleurs de la ville et de la campagne. Avez-vous construit une
bonne école
ou non? Avez-vous amélioré les conditions de logement ? Est-ce que vous
êtes un
bureaucrate ? Avez-vous agi pour rendre notre travail plus efficace et
notre
vie plus cultivée ? Une telle volonté sera le critère avec lequel des
millions
d'électeurs mesureront les aptitudes des candidats, et rejetteront ceux
qui ne
sont pas adéquats, bifferont leurs noms des listes des candidats et
choisiront
et nommeront le meilleur. Oui, les campagnes électorales seront
animées, elles
seront conduites autour des problèmes nombreux, très aigus,
principalement
d'une nature pratique, d'une importance de premier ordre pour le
peuple. Notre
nouveau système électoral renforcera toutes les institutions et
organisations
et les obligera à améliorer leur travail. Le suffrage universel, égal,
direct
et secret en URSS sera un fouet entre les mains de la population contre
les
organes du gouvernement qui fonctionnent mal. À mon avis notre nouvelle
constitution soviétique sera la constitution la plus démocratique dans
le
monde. »(15)
Sur ce
point, Staline et ses camarades les plus proches
dans le Politburo, Vyacheslav Molotov et
Andrei
Jdanov, ont défendu le principe
d'élections secrètes et à candidature multiple dans toutes les
discussions à
l'intérieur de la direction du parti. (Zhukov, Inoy 207-10; entrevue
Staline-Howard)
Staline
a aussi insisté pour que de nombreux citoyens
Soviétiques qui avaient été privés du droit de vote recouvrent ce
droit.
Ceux-ci incluent des membres d'anciennes classes exploiteuses tels que
les
anciens propriétaires et ceux qui s'étaient battus contre les
Bolcheviks
pendant la Guerre civile de 1918-1921, connus en tant que "Gardes
Blancs", aussi bien que ceux reconnus coupables de certains crimes
(comme
aux États-Unis aujourd'hui). Les plus importants et probablement les
plus
nombreux, parmi les lishentsy ("les
privés de droit") appartenaient à deux groupes : « les koulaks », les
cibles principales pendant le mouvement de collectivisation qui s'est
déroulé
quelques années auparavant; et ceux qui avaient violé « la loi des
trois
oreilles » de 1932 - qui avaient volé la
propriété d'État, souvent du grain, parfois simplement pour éviter la
famine.
(Zhukov, Inoy 187)
Ces
réformes électorales auraient été inutiles à moins que
la direction Stalinienne n'ait voulu changer la façon dont était
dirigée
l'Union soviétique. Elle a voulu retirer au Parti communiste la tâche
de
gouverner directement l'Union soviétique.
Pendant
la Révolution russe et les années critiques qui
ont suivi, l'URSS avait été légalement dirigée par une hiérarchie élue de
soviets ("des conseils"), du niveau local au niveau national,
avec le Soviet Suprême en tant que corps législatif national, le
Conseil (soviétique)
des Commissaires du Peuple en tant que corps exécutif et le Président
de ce
Conseil en tant que chef d'État. Mais en réalité, à chaque niveau, le
choix de
ces fonctionnaires avait toujours été entre les mains du Parti
Bolchevik. Les
élections avaient lieu, mais les nominations directes par des
dirigeants du
parti, appelée « cooptation » étaient aussi fréquentes. Même les
élections
étaient contrôlées par le parti, puisque personne ne pouvait présenter
sa
candidature à moins que les dirigeants du parti n'aient été d'accord.
Pour les
Bolcheviks, cela avait un sens. C'était la forme
que la dictature du prolétariat a prise dans les conditions historiques
spécifiques de l'Union Soviétique révolutionnaire et post-révolutionnaire.
Sous la Nouvelle Politique Économique ou NEP
le travail et les compétences d'anciens et actuels exploiteurs
étaient
nécessaires. Mais utilisées seulement pour servir la dictature du
prolétariat -
et le socialisme. Ils ne leur étaient pas permis de développer des
rapports
capitalistes au-delà de certaines limites, ni de reconquérir le pouvoir
politique.
Pendant
les années 1920 et au début des années 1930 le
Parti Bolchevik a recruté énergiquement au sein du prolétariat. Vers la
fin des
années 1920, la plupart des membres du parti étaient des ouvriers et le
Parti
comprenait un pourcentage élevé d'ouvriers. Ce recrutement massif et
les
tentatives gigantesques pour l'éducation politique eurent lieu en même
temps
que les gigantesques bouleversements du premier Plan Quinquennal, de
l'industrialisation intensive et de la collectivisation en grande
partie forcée
de fermes individuelles en fermes collectives (kolkhoze) ou en
fermes
soviétiques (sovkhoze). La direction bolchevique était sincère
dans sa
tentative de "prolétariser" le Parti et elle a été couronnée de
succès. (Rigby, 167-8; 184; 199)
Staline
et ses partisans au Politburo ont donné un
certain nombre de raisons pour expliquer leur volonté de démocratiser
l'Union
soviétique. Ces raisons résidaient dans
le fait que Staline pensait qu'un nouveau stade du socialisme
avait été
atteint. La plupart des paysans appartenaient à des fermes collectives.
Avec la
disparition des fermes paysannes
individuelles régulièrement chaque mois, la direction sous
Staline a cru qu'objectivement les
paysans ne constituaient plus une classe
socio-économique séparée. Les paysans étaient plus proches des
travailleurs que différents.
Staline
argumentait que, avec la croissance rapide de
l'industrie soviétique et particulièrement avec la classe ouvrière
détenant le
pouvoir politique par l'intermédiaire du Parti Bolchevik, le mot «
prolétariat
» n'était plus exact. « Le prolétariat », déclara Staline, désigne la
classe
ouvrière sous l'exploitation capitaliste, ou travaillant
sous les rapports de production de type capitaliste, tels que ceux qui
ont
existé pendant la première douzaine d'années d'existence de l'Union
soviétique,
particulièrement sous la NEP. Mais étant donné que l'exploitation
directe des
ouvriers par les capitalistes pour le profit était maintenant
supprimée, la
classe ouvrière ne doit plus être appelée « prolétariat ».
Selon ce
point de vue, les exploiteurs n'existant plus,
les ouvriers, gouvernant maintenant le pays dans leur propre intérêt
par
l'intermédiaire du Parti Bolchevik, ne ressemblaient plus « au
prolétariat » classique.
Donc, « la dictature du prolétariat » n'était plus un concept
pertinent. Ces
nouvelles conditions appelaient à un nouveau type d'État. (Zhukov, Inoy
231; 292; Staline, "Projet 800-1")
3. La
lutte anti-bureaucratique
La
direction stalinienne était également préoccupée par
le rôle du parti dans cette nouvelle étape du socialisme. Staline
lui-même a
entrepris le combat contre « le bureaucratisme » avec une grande
vigueur très
tôt, comme dans son Rapport au 17ème Congrès du Parti en janvier 1934.
Staline,
Molotov et d'autres ont appelé le nouveau système électoral « une arme
contre
la bureaucratisation. »
Les
dirigeants du parti contrôlaient le gouvernement, à
la fois en contrôlant qui entrait dans les Soviets et en exerçant
diverses
formes de surveillance ou de révision sur ce que les ministères du
gouvernement
faisaient. Prenant la parole au 7ème Congrès des Soviets le 6 février
1935
Molotov déclara que les élections secrètes « atteindrons avec une
grande
force les éléments bureaucratisés et leur donneront un choc utile.
» Le
rapport de Yenukidze n'avait pas
recommandé, ou même
mentionné, des élections secrètes et l'élargissement du droit de vote.
(Staline, Rapport au 17ème Congrès du Parti.; Zhukov, Inoy 124)
Les
ministres du gouvernement et leur personnel devaient
être compétents pour traiter les tâches dont ils étaient responsables
et être
efficaces dans la production. Ceci signifiait d'avoir une éducation,
habituellement technique, dans leurs domaines respectifs. Mais les
dirigeants
du parti faisaient souvent carrière par l'avancement à travers les
postes de
responsabilité dans le parti. Aucune expertise technique n'était
nécessaire
pour cette sorte d'avancement. On exigeait plutôt des critères
politiques. Ces
fonctionnaires du parti ont exercé le contrôle, mais il leur manquait
souvent
la connaissance technique qui devait en théorie les rendre plus habiles
dans
leur tâches (Entrevue Howard-Staline; Zhukov, Inoy 305;
Zhukov,
"Repressii" 6)
C'était,
apparemment, ce que la direction de Staline désignait
par le terme « bureaucratisme ». Bien qu'ils
l'aient vu comme un danger - comme, en effet, tous les marxistes - ils
ont cru
que qu'il n'était pas inévitable. Ils ont plutôt pensé qu'il pourrait
être
surmonté en changeant le rôle du parti dans la société socialiste. Le
concept
de démocratie que Staline et ses partisans dans la direction du parti
ont voulu
inaugurer en Union soviétique impliquait nécessairement un changement
qualitatif du rôle social du Parti Bolchevik.
« Ces
documents qui étaient accessibles aux chercheurs
nous ont permis de comprendre ... que déjà vers la fin des années 1930
des
tentatives déterminées ont été entreprises pour séparer le parti de
l'État et
pour limiter d'une façon substantielle le rôle du parti dans la vie du
pays. »
(Zhukov, Tayny
8)
Staline
et des partisans ont continué cette lutte malgré
l'opposition d'autres éléments dans le Parti Bolchevik, résolument mais
avec
des chances décroissantes de succès, avant que Staline ne meure en mars
1953.
La détermination de Lavrentii Beria de
continuer
cette même lutte semble être la raison réelle pour laquelle
Khrouchtchev et
d'autres l'ont assassiné, juridiquement, par le procès sur des
accusations
fabriquées en décembre 1953, et - comme l'évidence le suggère
- en l'assassinant, le mois de juin précédent.
L'article
3 de la Constitution de 1936 se lit comme suit,
« En URSS tout le pouvoir appartient aux travailleurs de la ville et de
la
campagne tels que représentés par les Soviets des Députés Ouvriers ».
Le Parti
communiste est mentionné dans l'Article 126 comme étant « l'avant-garde
des
travailleurs dans leur lutte pour renforcer et développer le système
socialiste
et est le noyau dirigeant de toutes les organisations des travailleurs,
à la
fois publiques et étatiques. » C'est-à-dire que le parti devait diriger
les
organisations, mais pas les organes législatifs ou exécutifs de l'État.
(1936
Constitution; Zhukov, Tayny
29-30)
Staline
semble avoir cru qu'après que le parti n'aurait
plus le contrôle direct sur la société, son rôle serait limité à
l'agitation et
à la propagande et à la participation dans la sélection des cadres.
Qu'est-ce
que cela aurait signifié ? Peut-être quelque chose dans le genre de
ceci :
« Le
parti retournerait à sa fonction essentielle de
gagner le peuple aux idéaux du communisme tels qu'ils les ont compris.
Ceci
signifierait la fin d'emplois tranquilles du type sinécure et un retour
à
un style du travail dur et au dévouement
désintéressé qui a caractérisé les Bolcheviks pendant la période
tsariste, la
Révolution et la Guerre civile, la période de la NEP et la très dure
période de
l'industrialisation intensive et de la collectivisation. Pendant ces
périodes
l'adhésion au parti, pour la plupart, signifiait des
sacrifices et travaille dur, souvent
parmi des non membres du parti, dont un bon nombre d'entre eux étaient
hostiles
aux Bolcheviks. Cela signifiait la nécessité d'une base solide parmi
les
masses. » (Zhukov, KP le 13 novembre 02; Mukhin,
Ubiystvo)
Staline
mettait l'accent sur le fait que les
communistes devaient être des
travailleurs, des gens instruits, capables d'apporter une contribution
réelle à
la production et à la création d'une société communiste. Staline
lui-même était
un travailleur infatigable.
Pour
résumer, tout cela suggère que pour Staline, le
nouveau système électoral permettrait d'atteindre les buts suivants :
*
Permettre que
seuls les gens formés techniquement dirigent, dans la production et
dans la
société soviétique en général;
*
Renforcer le travail de masse du parti;
* Gagner
le soutien au gouvernement des citoyens du pays;
* Créer
la base pour une société sans classe, une société
communiste.
Durant
l'année 1935, sous l'égide d'Andrei Vyshinski,
le Procureur en chef de l'URSS, de nombreux citoyens
qui avaient été exilés, emprisonnés et – d'une manière plus
significative pour
notre propos- privés du droit de vote, ont été rétablis dans leurs
droits. Des
centaines de milliers d'ancien koulaks, riches fermiers qui
avaient été
la cible principale de la collectivisation, et ceux qui avaient été
emprisonnés
ou exilés pour avoir résisté à la collectivisation de quelque façon que
ce
soit, ont été libérés. Vyshinsky a
sévèrement
critiqué le NKVD (le Commissariat du Peuple pour des Affaires Internes,
incluant
la sécurité intérieure) pour « une série d'erreurs les plus grossières
et pour
des erreurs de calcul » dans l'expulsion de presque 12000 personnes de Léningrad après l'assassinat de Kirov en
décembre 1934. Il
a déclaré que dès lors le NKVD ne pouvait plus arrêter personne sans le
consentement préalable du procureur. La population affranchie, avec le
droit de
vote, s'éleva au moins à plusieurs centaines de milliers de personnes
qui
avaient raison d'estimer que l'État et le parti les avaient traités
injustement.
(Thurston 6-9; Zhukov,
KP le 14 novembre et le 19 novembre 02;
Zhukov, Inoy 187; Zhukov, "Repressii" 7)
La
proposition originale de Staline pour la nouvelle
constitution ne prévoyait pas d'élections plurielles. Il en parla dans
son
entrevue avec Roy Howard le 1er mars 1936. En Juin 1937 lors du Plénum
du
Comité Central Yakovlev – un des membres du CC qui, avec Staline, a
travaillé
le plus étroitement sur le projet de la nouvelle constitution (cf.
Zhukov, Inoy
223) – affirme que la suggestion pour des élections plurielles a été
faite par
Staline lui-même. Cette suggestion semble avoir rencontré l'opposition
répandue, bien que tacite, des dirigeants régionaux du parti, des
Premiers
Secrétaires, « de la partocratie », comme Zhukov les appelle. Après l'entrevue d'Howard il
n'y eut
même pas dans les journaux centraux – ceux les plus sous le contrôle
direct du
Politburo – d'éloge symbolique ou d'appui à la déclaration de Staline à
propo des élections plurielles -. La
Pravda publie
seulement un article, le 10 mars, et il
ne mentionne pas les élections plurielles.
De tout
cela
Zhukov tire la conclusion suivante :
« Cela
ne pouvait signifier qu'une seule chose. Non
seulement les « directions générales » [les Premiers Secrétaires
régionaux],
mais au moins une partie de l'appareil du Comité Central, de
l'Agitprop, n'a
pas accepté l'innovation de Staline, n'a pas voulu approuver, même
d'une
manière purement formelle, des élections plurielles, dangereuses pour
beaucoup
de personnes qui, suivant les paroles de Staline et que La Pravda a
soulignées,
menaçaient directement les positions et le pouvoir réel des Premiers
Secrétaires - dans les Comités Centraux des partis communistes
nationaux, au
niveau régional, à l'oblast, dans les villes et les comités de secteur.
»
(Inoy 211)
« Les
Premiers Secrétaires du parti détenaient des
fonctions du parti, qu'ils ne pouvaient pas perdre par une défaite lors
de
n'importe quelle élection aux Soviets ou ils se seraient présentés.
Mais
l'immense pouvoir local qu'ils détenaient provenait principalement du
contrôle
que le parti exerçait sur chaque aspect de l'économie et de l'appareil
d'État -
le kolkhoze, l'usine, l'éducation, l'armée. Le nouveau système
électoral
priverait les Premiers Secrétaires de leurs positions automatiques en
tant que
délégués aux Soviets et de leur capacité de simplement choisir les
autres
délégués. Leur défaite ou celle "de leurs" candidats (les candidats
du parti) lors des élections aux soviets serait, en effet, un
référendum à
propos de leur travail. Un Premier Secrétaire dont les candidats ont
été
défaits dans les élections par des candidats indépendants serait
démasqué comme
étant faiblement lié aux masses. Durant les campagnes, les candidats
d'opposition auraient sûrement fait
campagne sur des questions telles que la corruption,
l'autoritarisme, ou
l'incompétence des fonctionnaires du parti. Les candidats défaits
apparaîtraient pour avoir des faiblesses
sérieuses en tant que communistes et ceci mènerait probablement à leur
remplacement. » (Zhukov KP le 13 novembre 02; Inoy 226; cf. Getty,
"Excès" pp.122-3)
« Les
dirigeants les plus élevés du parti étaient
habituellement des membres du parti depuis de nombreuses années, des
vétérans
des jours vraiment dangereux de l'époque tsariste, de la Révolution, de
la
Guerre civile et de la collectivisation, quand être un communiste était
dangereux et difficile. Beaucoup avaient reçu une éducation réduite. À
la
différence de Staline, Kirov ou Beria, il semble que la plupart d'entre
eux ne
voulaient pas ou étaient incapables « de se refaire » par
l'apprentissage
personnel. » (Mukhin, Ubiystvo
37; Dimitrov 33-4; Staline, Zastol'nye
235-6).
Tous ces
hommes étaient des partisans de longue date de
la politique de Staline. Ils avaient mis en œuvre la difficile
collectivisation
de la paysannerie, pendant laquelle des centaines de milliers de
personnes
avaient été expulsées. Pendant les années 1932-33 beaucoup de
personnes,
peut-être bien trois millions, étaient mortes par une famine qui avait
été
naturelle plutôt que "causée par l'homme", mais qui a rendu plus
sévère pour la paysannerie la collectivisation et l'expropriation de
grain pour
alimenter les ouvriers dans les villes, ou bien dans des rébellions
armées de
paysans (qui avaient aussi tué bon nombre de Bolcheviks). Ces
dirigeants du
parti avaient mis en œuvre l'industrialisation intensive, encore une
fois dans
les rudes conditions d'hébergement, d'alimentation insuffisante et de
manque de
soins médicaux, de bas salaires et de rareté de biens de consommation. (Tauger; Anderson et Argent; Zhukov, KP
le 13
novembre 02).
Maintenant
ils allaient se trouver, lors des élections,
face à ceux qu'ils avaient autrefois
privés de leur droit de vote parce qu'ils avaient été du mauvais côté,
face à
ceux dont la politique soviétique avaient soudainement restitué le
droit de
voter. Il est probable, qu'ils craignaient que beaucoup votent contre
leurs
candidats, ou contre n'importe quel candidat bolchevik. Si
c'était le
cas, ça voulait dire qu'ils seraient rétrogradés ou pire encore. Ils
obtiendraient toujours quelque position du parti, ou - au pire - un
travail. La
nouvelle constitution de "Staline" garantissait en tant que droit
un travail à chaque citoyen soviétique, avec des soins médicaux, des
allocations de retraite, l'éducation, etc. Mais ces hommes
(pratiquement tous
étaient des hommes) étaient habitués au pouvoir et aux privilèges, ce
qu'ils
étaient menacés de perdre par la défaite de leurs candidats dans les
élections.
(Zhukov, KP le 13 novembre 02; 1936 Const.,
Ch. X; cf. Getty, "Excess" 125, sur
l'importance du sentiment religieux dans le pays).
5. Procès,
Conspirations, Répression
Les
plans pour la nouvelle constitution et les élections
avaient été rédigés pendant le Plénum du Comité Central de Juin 1936.
Les
délégués ont unanimement approuvé le projet de la Constitution. Mais
aucun
d'eux n'a apporté ouvertement leur appui. Cette défiance par rapport à
la
proposition de Staline signifiait certainement une « opposition
latente de
la part du personnel dirigeant, une démonstration du manque d'intérêt.
»
(Zhukov, Inoy 232, 236;" Repressii "10-11)
Lors de
la réunion du 8ème Congrès des Soviets de toute
la Russie en novembre-décembre 1936, Staline et Molotov ont de nouveau
insisté sur
l'importance d'élargir le droit de vote et d'avoir des élections à vote
secret
et à candidats multiples. Dans l'esprit de l'entrevue de Staline avec
Howard,
Molotov a de nouveau insisté sur l'effet bénéfique, pour le parti, de
permettre
à des candidats non communistes de se présenter aux élections des
Soviets :
« Ce
système ... ne peut que heurter ceux qui se sont
bureaucratisés, qui se sont aliénés les masses .... Il facilitera la
promotion
de nouvelles forces ... qui doivent émerger pour remplacer les éléments
bureaucratisés [ochinovnivshimsya] qui
restent en arrière .
Sous ce
nouveau système électoral, l'élection d'éléments ennemis est possible.
Mais
même ce danger, en dernière analyse, doit nous aider, dans la mesure où
il
servira de coup de fouet aux organisations qui en ont besoin et aux
militants
[du parti] qui se sont endormis. » (Zhukov, "Repressii" 15).
Staline
lui-même l'exprime encore plus clairement :
« Certains
disent que c'est dangereux, parce que des
éléments hostiles au pouvoir soviétique pourraient occuper les
fonctions les
plus élevées, comme certains anciens Gardes Blancs, des koulaks, des
prêtres,
et ainsi de suite. Mais qu'avons-nous à craindre? - Si vous avez peur
des
loups, ne marchez pas dans la forêt-
D'une part, ce ne sont pas tous les anciens koulaks, Gardes
Blancs et
prêtres qui sont hostiles au pouvoir soviétique. D'autre part, si les
gens ici
et là élisent des forces hostiles, cela signifiera que notre travail de
propagande est mal organisé et que nous avons entièrement mérité cette
disgrâce. » (Zhukov, Inoy 293; Staline, "Projet").
Encore
une fois, les Premiers Secrétaires ont démontré
une hostilité tacite. Le Plénum du Comité Central de décembre 1936,
dont la
session a empiété sur le Congrès, s'est réuni le 4 décembre. Mais il
n'y eut
pratiquement aucune discussion du premier article à l'ordre du jour, le
projet
de la Constitution. Le rapport de Yezhov,
« Sur les
organisations trotskystes et antisoviétiques de droite, » était
beaucoup plus
important pour les membres du C.C. ("Fragmenty"
4-5; Zhukov, Inoy
310-11).
Le 5
décembre 1936, le Congrès a approuvé le projet de la
nouvelle Constitution. Mais il n'y a pas eu de discussion réelle. Au
lieu de
cela, les délégués - les dirigeants du parti - ont rapporté leur
attention sur
les menaces des ennemis de l'extérieur et de l'intérieur. Au lieu de
prononcer
des discours approuvant la Constitution, qui était le sujet principal
dont les
rapporteurs étaient Staline, Molotov, Jdanov, Litvinov et Vyshinski,
les délégués l'ont pratiquement ignorée. Une Commission a été créée
pour une
étude ultérieure du projet de Constitution, sans rien fixer à propos
des
élections plurielles. (Zhukov, Inoy 294; 298; 309)
La
situation internationale était en effet tendue. La
victoire du fascisme dans la Guerre civile espagnole était seulement
une
question de temps. L'Union soviétique était entourée par des puissances
hostiles. Dans la deuxième moitié des années 1930 tous ces pays
étaient
dirigés par des régimes férocement autoritaires, militaristes,
anti-communistes
et antisoviétiques. En octobre 1936 la Finlande a provoqué des
incidents armés
sur la frontière soviétique. Le même mois "l'Axe Berlin-Rome" a été
formé par Hitler et Mussolini. Un mois plus tard, le Japon a rejoint
l'Allemagne Nazi et l'Italie fasciste pour former le « Pacte Anti-Komintern.» Les efforts soviétiques pour
réaliser des
alliances militaires contre l'Allemagne Nazi se heurtèrent au rejet
dans les
capitales occidentales. (Zhukov, Inoy 285-309).
Tandis
que le Congrès s'occupait de la nouvelle
Constitution, la direction soviétique était entre les deux premiers
grands
Procès de Moscou. Zinoviev et Kamenev étaient passés en justice avec
certains
autres en août 1936. En janvier 1937 Le deuxième procès, impliquait
certains
des principaux disciples de Trotski, à la tête desquels se trouvait
Yuri Piatakov qui, jusqu'à tout récemment
était le Commissaire
adjoint à l'industrie lourde.
En
février mars 1937 le Plénum
du Comité Central a dramatisé la contradiction à l'intérieur de la
direction du
parti : entre la lutte contre les ennemis de l'intérieur et la
nécessité de
préparer des élections à votes secrets et plurielles conformément à la
nouvelle
Constitution d'ici la fin de l'année. La découverte de plus en plus de
groupes
conspirant pour renverser le gouvernement soviétique exigeait une
action
policière. Mais la préparation pour des élections vraiment
démocratiques du
gouvernement et pour améliorer la démocratie interne du parti - un
thème
souligné à plusieurs reprises par ceux qui étaient les plus proches de
Staline
dans le Politburo - exigeait le contraire : l'ouverture à la critique
et
l'autocritique, les élections secrètes de dirigeants par les membres de
la base
du parti et l'arrêt de la "cooptation" par les Premiers Secrétaires.
Ce
Plénum, le plus long jamais tenu dans l'histoire de
l'URSS, s'est prolongé pendant deux semaines. Mais on n'en a presque
rien su
jusqu'en 1992, quand l'importante transcription du Plénum commença à
être
publiée dans Voprosy Istorii
- une publication qui a pris presque quatre ans au journal.
Le
rapport de Yezhov à propos
des enquêtes en cours sur les conspirations dans le pays a été éclipsé
par Nikolai Boukharine, qui, dans ses
tentatives d'avouer
ses erreurs passés, en essayant de
prendre ses distances avec ses anciens associés et de convaincre de sa
fidélité
actuelle, réussissait seulement à s'enfoncer davantage. (Thurston,
40-42; Getty et Naumov sont d'accord, 563)
Trois
jours après, Jdanov parla de la nécessité d'une
plus grande démocratie à la fois dans le pays et dans le parti,
invoquant la
lutte contre la bureaucratie et le besoin de liens plus étroits avec
les masses
qu'elles soient membres ou non- membres du parti.
« Le
nouveau système électoral donnera une impulsion à
l'amélioration du travail des organes soviétiques, à la liquidation des
organes
bureaucratiques, à la liquidation des défauts bureaucratiques et des
disfonctionnements dans le travail de nos organisations soviétiques. Et
ces
défauts, comme vous savez, sont très substantiels. Nos organes de parti
doivent
être prêts pour la lutte électorale. Lors des élections nous devrons
faire face
à l'agitation hostile et à des candidats hostiles ». (Zhukov, Inoy
343)
Il ne
fait aucun doute que Jdanov, parlant au nom de la
direction de Staline, ait prévu des luttes électorales réelles avec des
candidats indépendants qui s'opposeraient sérieusement aux
développements de
l'Union Soviétique. Ce seul fait est tout à ait incompatible avec les
interprétations khrouchtchéviennes et de
la Guerre froide.
Jdanov a
aussi souligné, en détail, le besoin de
développer des normes démocratiques à l'intérieur du Parti Bolchevik
lui-même :
« Si
nous voulons gagner le respect des militants du
parti et des Soviets à nos lois et les masses à la constitution
soviétique,
alors nous devons garantir de transformer [la perestroïka] le travail
du parti
sur la base d'une mise en oeuvre
indubitable et
complète des bases de la démocratie interne du parti, qui est prévue
dans les
Statuts de notre parti. »
Et il
énumère les mesures essentielles, déjà contenues
dans le projet de résolution dans son
rapport : « l'élimination de la cooptation; une interdiction de
voter par
listes de candidats; une garantie "du droit illimité pour les membres
du
parti de démettre les candidats cooptés et du droit illimité de
critiquer ces
candidats. » (Zhukov, Inoy 345)
Mais le
rapport de Jdanov a été éclipsé par les
discussions des autres points de l'ordre du jour, principalement les
discussions à propos des « ennemis ». Un certain nombre de Premiers
Secrétaires
ont évoqué avec inquiétude ceux qui se préparaient - ou dont on pouvait
s'attendre qu'ils le fassent- le plus assidûment pour les élections
soviétiques
étaient des adversaires du pouvoir soviétique : les
Socialistes-Révolutionnaires, les prêtres et autres « ennemis ».
Molotov
a répondu dans un rapport insistant, encore une
fois sur « le développement et le renforcement de l'autocritique », et s'est directement opposé à la recherche «
d'ennemis » :
« Il
n'y a aucune raison pour chercher des gens à
blâmer, camarades. Si vous préférez, nous sommes tous ici coupables,
des
institutions centrales du parti aux organisations inférieures du parti.
»
(Zhukov, Inoy 349)
Mais
ceux qui ont suivi Molotov à la tribune ont ignoré
son rapport et sont revenus sans arrêt sur la nécessité de la recherche
des
ennemis, de démasquer les saboteurs, et de lutter contre les saboteurs.
Quand
il a pris à nouveau la parole, Molotov s'est étonné du fait qu'il n'y
ait eu
presque aucune attention accordée à la substance de son rapport, qu'il
a
répété, après avoir résumé au préalable ce qui avait été fait
contre les
ennemis internes.
Dans son
discours du 3 mars, Staline est revenu, dans sa
deuxième partie sur le besoin d'améliorer le travail du parti et de
remplacer
les membres incompétents du parti par
des nouveaux. Comme celui de Molotov, le rapport de Staline a été
pratiquement
ignoré.
Dès le
début des discussions, les craintes de Staline
étaient compréhensibles. Il semble qu'il se soit heurté à un mur
d'incompréhension et à la réticence des membres du CC, qui ont entendu
dans le
rapport juste ce qu'ils voulaient entendre, discuter ce dont ils
voulaient
discuter. Des 24 personnes qui ont participé aux discussions, 15 ont
parlé
principalement "des ennemis du peuple", c'est-à-dire des trotskystes.
Ils en ont parlé avec conviction, agressivement, de la même façon
qu'ils
l'avaient fait après les rapports de Jdanov et Molotov. Ils ont réduit
tous les
problèmes à un seul- la nécessité de chercher « des ennemis ». Et
pratiquement
aucun d'eux n'a souligné le point principal des interventions de
Staline à
propos des défauts dans le travail des organisations du parti, et sur
la
préparation pour les élections au Soviet Suprême. (Zhukov, Inoy
357)
La
direction Stalinienne a intensifié l'attaque contre
les Premiers Secrétaires. Yakovlev a critiqué le dirigeant du parti de
Moscou,
Khrouchtchev, parmi d'autres, pour les expulsions injustifiées de
membres du
parti; Malenkov a appuyé sa critique des secrétaires du parti en
critiquant leur indifférence envers les
membres à la
base du parti. Cela semble avoir stimulé les membres du C.C. et stoppé
temporairement leurs interventions sur les ennemis, mais seulement dans
le but
de se défendre. Et toujours aucune
intervention sur le rapport de Staline.
(Zhukov, Inoy 358-60)
Dans son
discours final le 5 mars, le dernier jour du
Plénum, Staline a minimisé le besoin de traquer des ennemis, même les
trotskystes, dont nombre d'entre eux, étaient retournés au parti. Son
thème principal
était la nécessité de retirer aux fonctionnaires du parti la tâche de
s'occuper
de chaque aspect de l'économie, de lutter contre la bureaucratie et
d'élever le
niveau politique des fonctionnaires du parti. Autrement dit, Staline a
insisté
dans la critique des Premiers
Secrétaires.
« Quelques
camarades parmi nous pensent que, s'ils
sont un Narkom (Commissaire du Peuple),
alors ils
savent tout. Ils croient que le poste, en lui-même, donne une
connaissance très
grande, presque illimitée. Ils pensent : si je suis un membre du Comité
Central, je n'en suis pas par accident,
donc je dois tout connaître. Ce n'est pas le cas. » (Staline, Zakliuchitel'noe; Zhukov,
Inoy 360-1)
De la
manière la plus inquiétante pour tous les
fonctionnaires du parti, y compris les Premiers Secrétaires, Staline
déclara
que chacun d'entre eux devrait choisir deux cadres pour prendre leur
place
pendant qu'ils suivraient des cours d'éducation politique d'une durée
de six
mois qui seraient bientôt instaurés. Avec de nouveaux fonctionnaires à
leur
place, les secrétaires du parti pouvaient craindre d'être facilement
réaffectés, les coupant ainsi de leurs "familles" (les fonctionnaires
subalternes), cause majeure de la bureaucratie. (Zhukov, Inoy
362)
Thurston
caractérise le discours de Staline comme étant « considérablement plus
modéré,
en insistant sur le besoin d'apprendre des masses et de prêter
l'attention à la
critique de la base ». Même la résolution adoptée sur la base du
rapport de
Staline abordait brièvement "les ennemis" et traitait principalement
des échecs des organisations du parti et de leurs directions. Selon
Zhukov, qui
cite cette résolution non publiée, pas un seul de ses 25 points ne
concernait
principalement "les ennemis". (Thurston,
48-9; Zhukov, Inoy
362-4)
Après le
Plénum, les Premiers Secrétaires organisèrent
une rébellion de fait. D'abord Staline et ensuite le Politburo,
envoyèrent des
messages insistant sur la nécessité de mener des élections secrètes
dans le
parti, contre la pratique de la cooptation plutôt que de l'élection et
le
besoin général de démocratie interne au parti. Les Premiers Secrétaires
continuaient à se comporter comme avant, indépendamment des résolutions
du
Plénum.
Pendant
les quelques mois suivants, Staline et ses associés
les plus proches ont essayé de détourner le centre d'attention d'une
chasse aux
ennemis internes - le plus grand souci des membres du CC - et de
retourner à la
lutte contre la bureaucratie dans le parti et à la préparation des
élections
des soviets. Pendant ce temps, « les dirigeant locaux ont fait tout
ce
qu'ils pouvaient dans les limites des règles du parti (et parfois en
les
enfreignant) pour retarder ou changer la date des élections. »
(Getty,
"Excesses" 126; Zhukov,
Inoy 367-71)
La
découverte soudaine en avril-mai et au début de juin
1937 de ce qui semblait être une conspiration largement répandue dans
l'armée et la police a poussé le gouvernement de Staline a
réagir en état de panique. Genrikh Yagoda, le chef de la police secrète
et du
Ministre des Affaires Intérieures a été arrêté à la fin de mars 1937 et
a
commencé à avouer en avril. En mai et au début de juin 1937 des
commandants
militaires de haut rang ont avoué qu'ils étaient en train de
conspirer avec
l'état-major allemand pour vaincre l'Armée Rouge dans le cas d'une
invasion par
l'Allemagne et ses alliés et qu'ils étaient liés à des conspirations de personnalités politiques, y compris certaines
qui occupaient toujours de hautes fonctions. (Getty, "Excesses"
115, 135; Thurston, 70, 90, 101-2; Genrikh
Yagoda)
Au
moment du Plénum de février-mars ni Yagoda ni
Toukhatchevsky n'avaient encore été arrêtés. Staline et le Politburo
voulaient
que la Constitution soit le principal article à l'ordre du jour et ils
furent
mis sur la défensive par le fait que la plupart des membres du CC ont
ignoré ce
sujet, préférant mettre l'accent sur la bataille contre "les
ennemis". Le Politburo projetait que les réformes constitutionnelles
soient également le principal article à l'ordre du jour au Plénum
suivant de
juin 1937. Mais en juin la situation était différente. La découverte de
complots fomentés par le chef du NKVD et par des dirigeants militaires
les plus
en vue pour renverser le gouvernement et tuer ses principaux membres, a
changé
entièrement l'atmosphère politique.
Staline
était sur la défensive. Dans son discours du 2
juin à la session prolongée de l'armée soviétique (qui a eu lieu du 1er
au 4
juin), il a décrit la série de conspirations récemment découvertes comme étant limitée et en grande partie
traitée
avec succès. Également lors du Plénum de février-mars, lui et ses
partisans du
Politburo ont minimisé le souci prépondérant des Premiers Secrétaires
sur la
question des ennemis de l'intérieur. Mais, comme Zhukov l'a noté, la
situation
" échappait lentement, mais résolument, de son [Staline] contrôle."
(Staline, "Vystuplenie"; Zhukov, Inoy
Ch. 16, passim;
411).
En juin
1937, le Plénum du Comité Central a
commencé par des propositions pour exclure,
d'abord, sept membres siégeant au C.C. et des membres candidats pour «
manque
de fiabilité politique », et ensuite 19 autres membres et membres
candidats
pour « trahison et activité contre-révolutionnaire » Ces dernières 19
personnes
devaient être arrêtées par le NKVD. Incluant les dix membres expulsés
sur des
accusations semblables avant le Plénum par un vote des membres du C.C.
(y
compris ces commandants militaires qui avaient déjà été jugés, reconnus
coupables et exécutés), cela signifiait que 36 des 120 membres et
membres
candidats du C.C. avaient été démis de leurs fonctions à partir du 1
mai.
Yakovlev
et Molotov ont critiqué l'échec des dirigeants
du Parti à organiser des élections indépendantes pour les soviets.
Molotov a
insisté sur le besoin d'écarter des révolutionnaires même honorés s'ils
n'étaient pas préparés pour les tâches du moment. Il a souligné que les
fonctionnaires des soviets n'étaient pas "des travailleurs de deuxième
classe." Évidemment les dirigeants du parti les traitaient comme tel.
Yakovlev
a révélé et critiqué l'échec des Premiers Secrétaires
à organiser des élections secrètes pour les postes dans le parti,
plutôt que
des nominations ("cooptations"). Il a souligné que les membres du
parti qui étaient élus comme délégués aux Soviets ne devaient pas être
soumis
au contrôle d'organisations du parti à l'extérieur des Soviets ni qu'on
leur
dicte la façon de voter. Ils ne devaient pas recevoir les consignes de voter de leurs supérieurs du parti, y compris
des Premiers Secrétaires. Ils devaient être indépendants d'eux. Et
Yakovlev
insistait fortement sur le
besoin « de recruter à partir de la très
riche réserve de nouveaux cadres pour remplacer ceux qui étaient
devenus «
ripoux ou bureaucratisés » Toutes ces déclarations constituaient
une
attaque explicite contre les Premiers Secrétaires. (Zhukov,
Inoy 424-7; Tayny,
39-40, citant des documents d'archives)
La
Constitution a été finalement rédigée et la date des
premières élections a été fixée au 12 décembre 1937. La direction
stalinienne a
de nouveau insisté sur la nécessité de combattre la bureaucratie et de
tisser
des liens avec les masses. Cependant, rappelons que tout ceci suit
l'expulsion
rapide et sans précédent de 26 membres du C.C. dont dix-neuf d'entre
eux furent
directement accusés de trahison et d'activité contre-révolutionnaire.
(Zhukov, Inoy
430)
Le plus
révélateur est peut-être la remarque suivante de
Staline, telle que citée par Zhukov :
À la fin
de la discussion, quand le sujet porta sur la
recherche d'une méthode plus impartiale de compter les bulletins de
votre,
[Staline] a fait remarquer qu'en Occident, grâce à un système
pluripartite, ce
problème n'existait pas. Immédiatement ensuite il a soudainement
prononcé une
phrase qui a sonné très étrange à une réunion de ce type: "nous n'avons
pas de partis politiques différents. Heureusement ou malheureusement,
nous
avons seulement un parti." [L'italique
est de
Zhukov] Et ensuite il a proposé, mais seulement comme une mesure
provisoire,
d'utiliser, dans un but de surveillance impartiale des élections des
représentants, toutes les organisations sociales existantes sauf du
Parti
Bolchevik.... Le défi à l'autocratie du parti a été ainsi
exprimé. (Zhukov, Inoy
430-1; Tayny 38)
La Parti
Bolchevik était dans une crise sévère et il
était impossible de croire à ce que les événements se déroulent sans
problèmes.
C'était la pire atmosphère possible pour se préparer à l'adoption des
élections
démocratiques - secrètes, universelles et plurielles -. Le plan de
Staline pour
réformer le gouvernement soviétique et le rôle du Parti Bolchevik à
l'intérieur
de celui-ci était voué à l'échec.
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