Par Grover Furr
Deuxième partie
À la fin du Plenum, Robert Eikhe, le Premier
Secrétaire du Krai de Sibérie Occidentale (région de la république russe), a
rencontré Staline en privé. Ensuite plusieurs autres Premiers Secrétaires l'ont
aussi rencontré. Ils ont probablement exigé les énormes pouvoirs qu'on leur a
accordé peu de temps après : l'autorisation de former "des troïkas",
ou groupe de trois fonctionnaires, pour combattre les conspirations contre le
gouvernement soviétique dans leur région.
Quelles étaient les cibles de ces draconiens
procès-par-troïka? Zhukov croit que ça devait être les lishentsy, les
gens dont les droits de citoyenneté, y compris le droit de vote, avaient
récemment été rétabli et dont les votes représentaient potentiellement le plus
grand danger pour la continuité du pouvoir des Premiers Secrétaires. Zhukov
écarte en grande partie l'existence de conspirations réelles. Mais des
documents d'archives récemment publiés en Russie précisent que, au minimum, la
direction centrale recevait constamment des rapports policiers très crédibles
de conspirations, y compris des transcriptions de confessions. Certainement
Staline et d'autres à Moscou croyaient que ces conspirations existaient. En
l'état actuel mon opinion, rejoignant celle de Zhukov, est qu'au moins certaines des
conspirations présumées ont vraiment existé et que les Premiers Secrétaires ont
cru en elles. (Zhukov, KP le 13 novembre 02; Inoy, Ch. 18; "Repressii"
23; Lubianka B)
Une autre hypothèse est que quiconque était à
ce moment là, ou avait déjà été impliqué dans un quelconque mouvement d'opposition
était probablement considéré comme "un ennemi" potentiel et donc
arrêté et interrogé par le NKVD, dont un
membre faisait toujours partie de la troïka. Un autre groupe était formé par
ceux qui exprimaient ouvertement de la méfiance ou de la haine envers le
système soviétique dans son ensemble. Thurston apporte la preuve que de telles
gens étaient souvent arrêtés immédiatement. Cependant, ceux qui exprimaient
simplement des critiques de dirigeants locaux du parti, plus particulièrement
lors des réunions de critiques convoquées à cette fin, n'étaient pas arrêtés,
tandis que ceux qu'ils critiquaient, y compris des dirigeants du parti,
l'étaient parfois. (Thurston, 94-5)
Contrairement
à ceux qui soutiennent que
les conspirations étaient des fantômes nées l'esprit paranoïaque de
Staline – ou pire encore, des mensonges concoctés pour renforcer le
pouvoir mégalomane de
Staline, il y a beaucoup de preuves que des conspirations réelles ont
existé.
Les rapports des conspirateurs qui plus tard quittèrent l'URSS
l'attestent.
L'importante documentation de police concernant de telles
conspirations, dont
seulement une petite partie a été publié, infirment fortement l'hypothèse que tout cela avait été
monté de toutes pièces. En outre, les annotations de Staline sur ces documents
attestent qu'il croyait à leur existence. (Getty, "Excès" 131-4; Lubianka
B)
Getty résume de cette façon cette contradiction
sans issue :
« Staline ne désirait pas encore reculer au
sujet des élections plurielles et le 2 juillet 1937 La Pravda a sans aucun
doute désappointé les secrétaires régionaux en publiant le premier décret instituant les nouvelles règles électorales,
en promulguant et en mettant en vigueur les bulletins des élections plurielles,
au suffrage universel et secrètes. Mais Staline a fait un compromis. Le même
jour de la publication de la loi électorale, le Politburo a approuvé le
lancement d'une opération massive contre les éléments dont les dirigeants
locaux s'étaient précisément plaints et quelques heures plus tard, Staline a
envoyé son télégramme aux dirigeants provinciaux du parti ordonnant l'opération
koulak [contre les lishentsy – GF]. Il est difficile d'éviter de conclure qu'en
échange de l'obligation faite aux dirigeants locaux du parti d'organiser les élections, Staline ait choisi de les aider en
leur donnant l'autorisation de tuer ou de déporter des centaines ou des
milliers « d'éléments dangereux. » ("Excesses" 126)
Indépendamment de l'histoire de ces purges,
exécutions extrajudiciaires et déportations, Staline semble avoir cru qu'elles créeraient
les conditions préalables pour des élections plurielles. Mais tout cela a en
fait annulé toute possibilité pour de telles élections.
Le Politburo a d'abord essayé de limiter la
campagne de répression en ordonnant qu'elle soit terminée dans les cinq jours.
Quelque chose les a convaincus, ou contraints, d'autoriser le NKVD de prolonger
la période pendant quatre mois – du 5-15 août au 5-15 décembre.
Est-ce que c'était le grand nombre de ceux qui étaient arrêtés? La conviction
que le parti faisait face à un grand nombre de conspirations et à une
gigantesque menace interne? Nous ne connaissons pas les détails comment et
pourquoi cette répression massive s'est développée et comment elle l'a fait.
C'était exactement la période durant laquelle
la campagne électorale devait avoir lieu. Bien que le Politburo ait continué la
préparation pour les élections plurielles et des règles fixant la façon dont
les électeurs devraient indiquer leur choix et comment les fonctionnaires devraient
mener à terme les élections, les fonctionnaires locaux ont en réalité contrôlé
la répression. Ils pouvaient déterminer quelle opposition au parti – ce qui
voulait dire, en grande partie à eux-mêmes – serait considérée comme "loyale" et celle qui nécessitait
la répression, l'emprisonnement ou la mort (Getty, " Excesses," passim.;
Zhukov, Inoy 435)
Les documents de première main montrent que
Staline et la direction centrale du Politburo étaient convaincus que des conspirateurs
antisoviétiques étaient actifs et qu'on devait s'occuper d'eux. C'est ce que
les dirigeants régionaux du parti avaient affirmé pendant le Plénum de
février-mars. A ce moment là, la direction Stalinienne avait minimisé ce danger
et avait concentré l'attention sur la Constitution et sur la nécessité de se
préparer pour de nouvelles élections et pour le remplacement de la vieille
direction "bureaucratisée" par une nouvelle.
Lors
du Plenum de juin, les Premiers Secrétaires
étaient en position pour dire, en effet : "nous vous l'avions dit. Nous
avons eu raison et vous avez eu tort. En outre, nous avons toujours
raison – des conspirateurs dangereux sont toujours actifs, prêts à
utiliser la campagne
électorale dans leur tentative de fomenter une révolte contre le
gouvernement
soviétique." Cela s'est-il passé ainsi ? C'est possible mais nous ne
pouvons en être certains.
Staline
et la direction centrale n'avaient
aucune idée de l'étendue de ces conspirations. Ils ne
savaient pas ce que
l'Allemagne Nazi ou le Japon fasciste feraient. Le 2 juin Staline a
révélé lors
de la réunion élargie de l'armée soviétique
que le groupe de Toukhatchevski
avait donné le plan opérationnel de l'Armée Rouge
à l'état-major allemand. Ceci
voulait dire que les Japonais, qui étaient liés par une
alliance militaire
("l'Axe") et une alliance politique anti-communiste (le " Pacte
Anti-Komintern" – en réalité, un pacte
antisoviétique) avec l'Italie
fasciste et l'Allemagne Nazi, l'avaient sans aucun doute aussi. Staline
avait
dit aux dirigeants militaires que les comploteurs voulaient faire de
l'URSS "une
autre Espagne", ce qui voulait dire une Cinquième Colonne
intérieure
coordonnée avec une armée fasciste d'invasion.
Étant donné ce grave danger, la
direction soviétique était déterminée
à réagir avec force brutalité. (Staline,
"Vystuplenie")
En même temps beaucoup de preuves suggèrent
que la direction centrale (de Staline) voulait à la fois restreindre la
répression par "les troïkas" exigée par les Premiers Secrétaires et
continuer à mettre en œuvre les élections secrètes et plurielles de la nouvelle
Constitution. Du 5 au 11 juillet, la plupart des Premiers Secrétaires ont suivi
l'exemple d'Eikhe en envoyant les chiffres précis de ceux qu'ils voulaient
supprimer – par l'exécution (la catégorie 1) ou l'emprisonnement (la catégorie 2).
Soudainement le 12 juillet, le Commissaire adjoint du NKVD M.P. Frinovskii a
envoyé un télégramme urgent à toutes les agences locales de la police : « Ne
commencez pas l'opération pour réprimer les anciens koulaks. Je le répète, ne commencez
pas. » (Getty, "Excesses" 127-8)
Les chefs locaux du NKVD ont été rappelés à
Moscou pour des conférences, après que fut publié l'Ordre No. 00447. Cette
longue instruction très détaillée à la fois élargissait les types de personnes
soumises à la répression (incluant essentiellement des prêtres, ceux qui
s'étaient précédemment opposées au pouvoir soviétique et les criminels) et – en
général – minimisant « les limites » ou nombres demandés par les secrétaires
provinciaux. Tous ces faits suggéraient
des désaccords et des luttes entre « le centre » – Staline et la direction
centrale du Politburo – et les Premiers Secrétaires provinciaux. Clairement,
Staline n'était pas responsable. (Ordre No 00447; Getty, "Excesses" 126-9).
Le Plénum du Comité Central d'octobre 1937
ratifia l'annulation finale du plan pour des élections plurielles. Un échantillon
de bulletins, montrant plusieurs candidats, avait déjà été rédigé; plusieurs
d'entre eux ont été conservés dans des archives diverses. Au
lieu de cela, les élections au Soviets de
décembre 1937 ont été mises en œuvre en partant du principe que les
candidats
du parti se présentaient sur des listes avec 20-25 % de candidats
indépendants – autrement dit, une sorte d'" alliance", mais sans
contestation. À
l'origine les élections avaient été prévues sans listes de candidats;
le vote
devait seulement porter sur des individus, une méthode beaucoup plus
démocratique. Zhukov a réussi à trouver dans les archives le document
même que
Molotov a signé, les 11 octobres à 18h00, annulant les élections
plurielles.
Ceci a représenté un important recul mais inévitable pour Staline et
ses
partisans dans le Politburo. (Zhukov, KP le 19 novembre 02; Zhukov, Tayny.
41; Inoy 443)
C'était aussi lors du Plénum du C.C en octobre
que la première protestation contre les répressions massives a été prononcée
par Peskarov, premier Secrétaire de Koursk:
« Ils [le NKVD ? La troïka ? – GF] ont condamné
des gens pour de petites affaires ... illégalement et quand nous ... avons posé
la question au C.C., les camarades Staline et Molotov nous ont fortement
soutenus et ont envoyé une équipe de fonctionnaires de la Cour suprême et du
bureau du Procureur pour passer en revue ces cas.... Et il s'est avéré que pour
les trois semaines de travail de cette équipe 56 % des sentences dans 16 districts
ont été annulées par l'équipe comme étant illégales. Qui plus est, dans 45 %
des sentences il n'y avait aucune preuve qu'un crime avait été commis. »
(Zhukov, Tayny, 43; italique ajouté)
Lors du Plénum de janvier 1938, Malenkov s'est
livré à une vive critique du nombre élevé de membres du Parti expulsés et de
citoyens condamnés, souvent sans même soumettre une liste de noms, mais
seulement le nombre de condamnés! Postyshev, le Premier Secrétaire de Kouïbychev,
a été congédié en tant que candidat membre du Politburo pour avoir soutenu
qu'il y avait "à peine un seul homme honnête" parmi tous les
fonctionnaires du parti.
Il semble que le NKVD était hors de contrôle,
au moins dans de nombreux secteurs locaux. Sans aucun doute que les Premiers
Secrétaires l'étaient aussi. (Zhukov, KP le 19 novembre 02; Tayny,
pp. 47-51; Thurston 101-2; 112) Cependant, la direction du Politburo était
toujours inquiète du fait qu'il y avait de réels conspirateurs dont on devaiet
s'occuper. Le niveau des abus de NKVD n'était pas reconnu. Comme Zhukov le
note, le rapport de Malenkov, blâmant les carriéristes à l'intérieur du parti
pour les expulsions massives et les arrestations, a été suivi par ceux de
Kaganovich et de Jdanov qui insistaient sur la lutte contre des ennemis et qui
accordaient seulement une légère attention "à la naïveté et à
l'ignorance" dans le travail "de Bolcheviks honnêtes."
La Pravda, sous le
contrôle direct de la direction stalinienne, publiait toujours sur la nécessité
de retirer au parti le contrôle direct des affaires économiques et sur le
besoin de promouvoir des personnes indépendantes du parti dans des fonctions
dirigeantes. (Zhukov, Tayny 51-2) Dans le même temps, Nikita Khrouchtchev
qui était, en 1937, à la direction du Parti de Moscou, avait demandé
l'autorisation d'exécuter 20000 personnes anonymes, est muté en Ukraine où, en
moins d'un mois, il demande aux autorités de réprimer 30000 personnes. (Zhukov,
Tayny 64 et voir. 23 et la suite)
Nikolai Yezhov, qui avait pris la tête du NKVD
à la place de Genrikh Yagoda en 1936, semble avoir été de connivence avec les
Premiers Secrétaires.
La répression massive de 1937-38 est tellement
associée à son action qu'elle est
toujours appelée la "Yezhovchtchina". Yezhov a été contraint de
démissionner le 23 septembre 1938 et en
novembre 1938 il a été remplacé par Lavrentii Beria.
Sous Beria un grand nombre d'officiers du
NKVD et de Premiers Secrétaires responsables de milliers d'exécutions et de
déportations furent jugés et souvent exécutés pour le meurtre de gens innocents
et l'utilisation de la torture contre ceux qui étaient arrêtés. Les
transcriptions des procès de certains de ces policiers qui ont utilisé la
torture ont été publiées. Bon nombre de personnes condamnées et qui avaient été
soit emprisonnées, soit déportées ou
envoyées dans un camp ont été libérées. Beria aurait dit plus tard qu'on lui
avait demandé instamment de « liquider la Yezhovchtchina. » Staline a dit au
concepteur d'avions Yakovlev que Yezhov avait été exécuté pour le meurtre de
nombreuses personnes innocentes. (Lubianka B, Numéros 344; 363; 375;
Mukhin, Ubiystvo 637; Yakovlev)
Il en est résulté des dommages incalculables
pour la société soviétique, pour le gouvernement soviétique et pour le Parti Bolchevik. Ceci est bien connu depuis
longtemps. Ce qui n'a pas été compris jusqu'à présent c'est que la mise sur
pied des troïkas et de grands quotas pour les exécutions et les déportations, a
été introduite sur l'insistance des Premiers Secrétaires, et non de Staline. La
simultanéité de tous ces événements, la menace de la tenue d'élections à
bulletins secrets et plurielles, le fait que le Comité Central ait réussi à
forcer la direction de Staline à annuler les élections disputées, conduit
Zhukov à penser que la volonté de se débarrasser « de la menace » d'élections
plurielles a été une raison majeure des
arrestations massives et des exécutions de la "Yezhovchtchina". (Zhukov, KP)
Rien ne peut absoudre Staline et ses partisans
d'une grande part de responsabilité pour les exécutions – apparemment,
plusieurs centaines de milliers – qui
s'ensuivirent. Si ces gens avaient été emprisonnés plutôt qu'exécutés, nombre
d'entre eux auraient pu faire réviser leur cas et auraient été libérés.
Cependant, pour le sujet qui nous préoccupe ici, la question clef est :
Pourquoi Staline a-t-il cédé aux demandes des Premiers Secrétaires pour qu'il
leur soit donné aux " troïkas"
les pouvoirs de vie et de mort? Quoiqu'il ne puisse trouver aucune excuse, il y
avait certainement des raisons.
Aucun gouvernement ne peut se prévenir contre
la trahison simultanée de commandants militaires de haut rang, de personnalités de haut niveau à la fois au
gouvernement national et dans les gouvernements régionaux importants et par le
chef de la police secrète.
Un nombre non négligeable de conspirations,
impliquant à la fois des anciens et actuels dirigeants de haut niveau du parti
et qui avaient des liens partout à travers le vaste pays, venait tout juste
d'être découvert. Le plus inquiétant était l'implication de personnages
militaires de haut niveau, avec la révélation de plans militaires secrets à
l'ennemi fasciste. Les conspirateurs militaires avaient des contacts partout à
travers l'URSS. La conspiration a impliqué également les niveaux les plus
élevés du NKVD, y compris Genrikh Yagoda, qui l'avait dirigé de 1934 jusqu'en
1936 et qui avait été le commandant en second pendant quelques années avant
1934. On ne pouvait pas savoir à quel point la conspiration s'était répandue et
combien de personnes étaient impliquées. La prudence était de soupçonner le
pire.
Le Politburo et Staline lui-même étaient au
sommet de deux grandes hiérarchies à la fois du Parti Bolchevik et du
gouvernement Soviétique. Ce qu'ils connaissaient de l'état des affaires dans le
pays reflétait ce que leurs subalternes leur disaient. Au cours des douze mois
suivants ils ont réprimé nombre de Premiers Secrétaires, plus de la moitié d'entre
eux ont été arrêtés. Pour la plupart, les accusations précises contre la
majorité de ces hommes, ainsi que les dossiers de leurs interrogations et procès,
doivent encore être déclassifiés, même dans la Russie post-soviétique et
anti-communiste. Mais nous en savons maintenant assez à propos des résultats des
enquêtes qui parvenaient à Staline et au Politburo pour avoir quelque idée de
la situation alarmante à laquelle ils faisaient face. (Lubianka B)<:p>
Le mode de fonctionnement du
Parti Bolchevik est le centralisme-démocratique. Malgré son statut et sa
popularité dans le pays, Staline (comme n'importe quel dirigeant du parti)
pouvait ne pas être réélu par la majorité de membres du Comité Central. Il
n'était pas en position d'ignorer des appels urgents par un grand nombre de
membres du C.C.
Pour illustrer l'incapacité de Staline à
empêcher les Premiers Secrétaires de faire fi des principes de l'élection démocratique,
Zhukov cite un incident du Plénum d'octobre 1937 dont la transcription n'est
toujours pas publiée. I.A. Kravtsov, le Premier Secrétaire du kraikom de
Krasnodar [le comité régional – GF] était le seul à reconnaître et en détail, ce
que ses collègues avaient fait en catimini depuis quelques semaines déjà. Il exposa
comment les candidats choisis pour se présenter à la députation du Soviet Suprême
de l'URSS étaient ceux qui convenaient
aux intérêts de « la direction ».
« Nous mettons en avant nos candidats pour le
Soviet Suprême » a déclaré Kravtsov en toute franchise.
« Qui sont ces camarades ? Huit sont des
membres du parti; deux ne sont pas membres du parti ou sont membres du Komsomol
[l'organisation de la jeunesse communiste]. De cette façon nous nous en sommes
tenus au pourcentage de non-membres du parti prévu dans le projet de décision
du CC. Professionnellement ces camarades sont répartis de cette façon : quatre employés
du parti, deux employés des Soviets, un président de kolkhoze, un conducteur de
moissonneuse-batteuse, un conducteur de tracteur, un ouvrier du pétrole...
Staline : qui d'autre, à part les conducteurs
de moissonneuse-batteuse ?
Kravtsov : Parmi les dix il y a Yakovlev, le
Premier Secrétaire du kraikom, [et] le président du comité exécutif du krai.
Staline : Qui vous a conseillé de faire cela ?
Kravtsov : Je dois dire, camarade Staline,
que ceux qui m'ont conseillé sont ici, dans l'appareil du CC.
Staline : Qui ?
Kravtsov : Nous dans le C.C. avons contacté
le président du comité exécutif de notre krai, le camarade Simochkine et il a
obtenu l'approbation de l'appareil du C.C.
Staline : Qui ?
Kravtsov : Je ne peux pas dire, je ne sais
pas.
Staline : C'est dommage que vous ne le sachiez
pas, on ne vous a pas dit la vérité. »
(Zhukov, Inoy 486-7)
Évidemment tous les Premiers Secrétaires
faisaient ce que seul Kravtsov a ouvertement avoué – le détournement du
principe des élections secrètes aux Soviets, un principe pour lequel ils
avaient eux-mêmes voté lors des Plénums précédents, mais avec lequel ils
n'avaient jamais été vraiment d'accord. Ceci marque la défaite finale de Staline
sur cette question de la réforme du système électoral et constitutionnel que
lui et la direction centrale avaient soutenue pendant plus de deux ans.
La réforme démocratique a été enterrée. Le
vieux système politique est demeuré en place. Le plan de Staline pour les
élections plurielles avait échoué. « Ainsi la tentative de Staline et de son
groupe pour réformer le système politique de l'Union soviétique a abouti à un
échec total. » (Zhukov, Inoy 491)
Zhukov croit que, si Staline avait refusé la
demande des Premiers Secrétaires d'attribuer des pouvoirs extraordinaire aux "
troïkas", il – Staline – n'aurait très probablement pas été réélu, il
aurait été arrêté en tant que contre-révolutionnaire et exécuté. « ... Aujourd'hui
Staline serait compté parmi les victimes de la répression de 1937 et la
commission d'A.N.Yakovlev aurait depuis longtemps présenté une pétition pour sa
réhabilitation. » (Zhukov, KP le 16 novembre 02)
En novembre 1938 Lavrentii Beria remplace
effectivement Yezhov en tant que chef du NKVD. Les « troïkas » sont supprimées.
Les exécutions extrajudiciaires arrêtées et ceux qui étaient responsables des nombreux
terribles excès furent jugés exécutés ou emprisonnés. Mais la guerre s'approchait. Le gouvernement
français refusait de prolonger l'alliance franco-soviétique qu'il avait signée
(l'Union soviétique en voulait une beaucoup plus ferme). Les Alliés avaient
cédé la Tchécoslovaquie à Hitler et aux fascistes polonais petit à petit, sans
combat. L'Allemagne Nazie avait conclu une alliance militaire avec la Pologne
fasciste avec l'intention d'envahir l'URSS. La Guerre civile espagnole, que les
Soviétique avaient soutenue était perdue. L'Italie avait envahi l'Éthiopie et
la Société des Nations n'avait rien fait. La France et la Grande-Bretagne
encourageaient clairement Hitler, la plupart des pays de l'Europe de l'Est
derrière lui, à envahir l'URSS. (Lubianka B, No 365; Leibowitz)
Le Japon, l'Italie et l'Allemagne avaient
signé un traité de défense mutuel et un pacte "Anti-Komintern", tous
les deux dirigés expressément contre l'URSS. Tous les pays européens qui
avaient une frontière commune avec
l'URSS – la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Finlande,
l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie – étaient des dictatures militaires de
type fasciste. Une attaque japonaise en 1938 sur le Lac Khasan fit 1000 morts
dans l'Armée Rouge. L'année suivante un assaut japonais beaucoup plus sérieux a
été repoussé par l'Armée Rouge à Khalkin-Gol. Les victimes soviétiques furent
au nombre de 17000, dont presque 5500 tués – ce n'était pas une petite guerre.
Comme il s'avéra plus tard, cette guerre fut décisive et les Japonais ne se
sont plus frottés aux Soviétiques par la suite. Mais le gouvernement soviétique
ne pouvait pas l'imaginer. (Rossiia je SSSR v Voynakh)
Après 1938, le gouvernement de Staline n'a pas
essayé à nouveau de mettre en œuvre le système électoral démocratique prévu par
la Constitution de 1936. Cela signifiait-t-il une opposition continue entre Staline et les
Premiers Secrétaires dans le Comité Central? Ou une estimation que, la guerre
s'approchant rapidement, de nouveaux efforts vers la démocratie devaient attendre
des temps plus cléments ? Les preuves disponibles aujourd'hui ne permettent pas
de conclure.
Cependant, une fois que Beria eut remplacé
Yezhov en tant que chef du NKVD (officiellement en décembre 1938; en pratique,
peut-être quelques semaines plus tôt) il y a eu un flot continu de réhabilitations.
Beria libéra plus de 100.000 prisonniers des camps et des prisons. Des procès de
membres du NKVD accusés de torture et d'exécutions extrajudiciaires suivirent.
(Thurston 128-9)
6. Notes Complémentaires
Notes
sur le travail d'Yuri Zhukov :
Jusqu'à présent il n'y a eu qu'une attaque
érudite d'envergure contre les thèses de Zhukov – par le professeur Irina V.
Pavlova, "1937 : Vybory kak mistifikatsiia, terror kak real'nost '," Voprosy
Istorii 10, 2003 19-36. Pavlova est une anti-communiste forcenée de
l'école du « totalitarisme » dont l'hostilité idéologique au communisme dénature sa recherche historique. Par exemple,
elle a menti au sujet des recherches
de Getty pour essayer de le discréditer. Pavlova fait de la propagande, pas de l'histoire.
Pavlova se réfère seulement aux articles de
Zhukov dans KP; elle a écrit ses critiques avant la publication de «
Staline Inoy ».
La critique de Pavlova part de l'hypothèse que les
Procès de Moscou et celui de Toukhatchevski sont des coups
montés et que toutes
les campagnes constitutionnelles et électorales étaient
« une couverture » délibérée
pour cette répression.
Pavlova affirme aussi que, parce que le
Soviet Suprême n'avait pas de pouvoir politique réel en 1936, des élections
plurielles ne lui auraient pas donné plus de pouvoir. Si par « pouvoir »
Pavlova signifie la capacité de défaire le Parti Bolchevik de sa position
dominante en URSS et de détruire le socialisme, elle a sans aucun doute raison
: sûrement que Staline n'avait aucune intention de permettre une
contre-révolution par des moyens constitutionnels. On ne permet cela dans aucun
pays démocratique bourgeois. Mais si elle veut signifier
le pouvoir d'influencer les politiques
de l'État et d'exercer de la pression, à l'intérieur de certaines
limites, sur
des politiques sociales spécifiques et sur le Parti Bolchevik lui-même
– c'est-à-dire le type de possibilités déterminées par des élections
dans des
démocraties bourgeoises – alors elle n'a probablement pas raison.
Notes sur le livre d’Iuri Mukhin, Ubiystvo
Stalina je Beria :
Ce livre de Mukhin est souvent rejeté par
ceux qui sont opposés à ses conclusions en raison du fait qu'il a formulé des
remarques qui peuvent être interprétées comme étant antisémites. Il doit être
noté que Mukhin fait des remarques s'opposant à l'antisémitisme dans ce même
livre. Ce travail ne comporte aucun passage dans lesquels des déclarations
antisémites peuvent être alléguées. Mukhin a aussi pris des positions
excentriques sur quelques sujets qui ne sont pas traités dans ce livre. Je ne
me base sur aucun de ces travaux non plus. La même chose pourrait, et devrait,
être dite quand les érudits anti-communistes sont cités – le fait qu'ils aient
des préjugés anti-communistes ne signifie pas qu'ils ne peuvent pas,
occasionnellement, avoir quelques positions valables. Et, bien sûr,
l'anticommunisme est normalement lié étroitement à l'antisémitisme. N'étant ni
communiste ni Juif, Mukhin démontre une certaine hostilité aux deux, mais ce
n'est pas un anticommuniste conventionnel, ni un antisémite conventionnel.
L'analyse de Mukhin des sources primaires et
secondaires est souvent très pointue et je l'utilise et la cite quand je la
trouve utile. Naturellement, la citation des analyses de Mukhin que l'auteur
pense être utiles n'implique pas un accord avec les parties de son analyse qui
ne sont pas citées. Mukhin n'est pas non plus responsable de l'utilisation que
j'ai faite de sa recherche. J'ai vérifié chaque référence faite par Mukhin et
tous les autres érudits cités ici, sauf dans le cas de sources primaires
disponibles seulement pour ceux qui travaillent sur les archives.
7. Bibliographie
Alikhanov, Sergei. "Bagazh na brichke."
Kontinent. http://www.kontinent.org/art_view.asp?Id=2020
Beria: Konets Kar'ery.
Moscou: Izd. Politicheskoy Literatury, 1991.
Beria, Lavrentii. Discours aux obsèques de
Staline. http://leader.h1.ru/beria.htm. Mukhin cite la version originale
publiée dans La Pravda Komsomolskaya, No 59, 1953, pp. 1-3
(Ubiystvo, 282). Je n'ai pas été capable de voir cette version, mais les
passages que Mukhin cite sont identiques à la version en ligne citée ici. Cité
en tant que "Discours de Beria."
Getty, J. Arch. "'Excesses are not permitted
' : Mass Terror and Stalinist Governance in the Late 1930's." The
Russian Review 61 (janvier 2002), 113-138.
Origins
of the Great Purges. The Soviet Communist Party Reconsidered, 1933-1938. Londres
et New York: Cambridge Univ. Press, 1985.
"State
and Society under Stalin: Constitutions and Elections in the 1930's." Slavic
Review 50, 1 (Printemps 1991), 18-35.
Getty,
J. Arch et Oleg V. Naumov. The Road to Terror: Stalin and the Self-Destruction of
the Bolsheviks, 1932-1939. New Haven: Yale U.P., 1999.
Ilizarov,
av. J.-C "Staline. Shtrikhi k portretu na fone ego biblioteki i arkhiva."
Novaia je Noveyshaia Istoriia, N. 3-4, 2000. http://vivovoco.nns.ru/VV/PAPERS/ECCE/STALIB.HTM
Jansen,
Marque et Nikita Petrov, Stalin's Loyal Executioner : People's
Commissar Nikolai Ezhov 1895-1940. Stanford:
Stanford U.P., 2002. http://www-hoover.stanford.edu/publications/books/ezhov.html
Khaustov,
V.N, V.P. Naumov, N.C. Plotnikova, eds., Lubianka: Staline i
Glavnoe Upravlenie Gosbezopasnosti NKVD. 1937-1938. Moscou:
"Materik", 2004. (Cité comme "Lubianka.")
Khinshtein, Aleksandr. "Proshchai,
Beria!" ('Vol' de matériels du procès de Beria dans les archives) Moskovskii
Komsomolets le 9 janvier 2003. Récupéré à http://nadzor.pk.ru/articles/showart.php?Id=8579;
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Le Discours Secret de Khrouchtchev a été
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À suivre.
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