Staline

Homélie par le Révérend Stanley Evans M.A., au service en mémoire à Joseph Staline

à l'église de St Georges, Queen Square, Londres le 13 mars 1953

Depuis le jeudi de la semaine passée tous les peuples soviétiques ont été plongés dans le deuil. Leur douleur pour la perte de leur dirigeant a été pleinement partagée par les peuples de Chine, de Mongolie, de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Bulgarie, de Roumanie, de Hongrie et d'Albanie.

Depuis l'Arctique à la mer Noire les têtes se sont inclinées de peine et les yeux se sont voilés de larmes; du centre de l'Europe à l'autre bout de l'Asie des hommes et des femmes se sont retrouvés dans le sentiment partagé d'une peine personnelle. Mais les hommes et les femmes de Moscou qui ont pris le deuil; les agriculteurs des fermes collectives de Karaganda; les bergers de Kazakhstan; les forestiers de Lettonie; les mineurs du Donbass; les mécanos de l'Oural – n'ont pas été les seuls à porter ce deuil. La mort de Joseph Staline, le grand dirigeant soviétique, n'a pas accentué, mais a plutôt diminué la division néfaste entre l'Est et l'Ouest qui afflige aujourd'hui le monde, et cela parce que la peine des peuples qui reconnaissent sa valeur de dirigeant a été pleinement partagée avec un vaste nombre d'autres peuples par le monde. Les travailleurs ont vu en lui le dirigeant de leur lutte historique pour leur émancipation; les peuples asiatiques ont vu en lui leur plus grand et leur plus puissant ami; les peuples colonisés ont vu en lui l'étoile de leur libération; des hommes et des femmes honnêtes de toutes les classes et de toutes les sensibilités qui ont vu en lui un dirigeant prodigieux dans la lutte pour la paix, dans laquelle nous sommes maintenant engagés – ont pris eux aussi le deuil.

Si, alors, la question était posée, pourquoi est-ce que nous commémorons cet homme, qui était un athée, dans une église chrétienne, la première réponse est que l'église qui aurait ignoré un si vaste sentiment humain, une église qui serait insensible à une si profonde mer de tristesse humaine serait une église dépourvue de cette charité sensée la caractériser, de cette compassion à la souffrance humaine qui est la première attribution de son Seigneur.

Mais cette question aussi importante soit-elle, aussi impérative soit-elle, à un moment où la clé pour le salut du monde est à trouver dans l'entente sympathique et fondamentale entre les peuples, il reste encore beaucoup à dire. Parce que cet homme que nous commémorons aujourd'hui, Joseph Staline, n'aurait pas été aimé et vénéré par de si vastes et diverses sections de l’humanité sans raisons abondantes; les sentiments que nous avons évoqués ne peuvent être que le résultat d'une direction d'une qualité exceptionnelle et des travaux qui ont porté des fruits, et qu'une proportion considérable de la race humaine les a trouvés à son goût.

Après Lénine, c'est Staline le symbole de la Révolution russe. «L'importance de la Russie» disait un rapport de la Commission des églises pour l'amitié internationale et la responsabilité sociale, en 1942, «ne réside pas, simplement dans la vaste population et les ressources dirigées par les soviétiques: mais aussi dans le fait qu'avec les formes et les méthodes communistes, un régime a été construit où les droits et les besoins de l'homme ordinaire ont pris la primauté sur ceux de la propriété. L'étendue de ce succès, non seulement dans la sphère économique mais aussi dans les sphères sociale et culturelle, peut à peine être exagérée.» Cela était la réussite monumentale de la Révolution russe, où pour la première fois dans l'histoire, les droits et les besoins de l'homme ordinaire ont pris le dessus sur les soi-disant droits de la propriété. L'homme ordinaire n'était plus assommé et affamé et opprimé et frustré. La société était la sienne; il était la société. Le résultat a dépassé les espérances parce qu'il a fait commencer à fleurir toute la vaste créativité latente en chaque être humain. Maintenant que la Révolution russe n'est plus toute seule, la Chine et toute une série de pays européens suivent la même voie, nous voyons de Stettin Trieste à la mer Jaune, pouce par pouce, pas à pas, kilomètre par kilomètre, les horreurs de la pauvreté céder devant les hérauts de l'abondance; l'illettrisme disparaît, non pas expulsé par le simple lettrisme mais par une ère de discussions universelles, où les déserts d'ignorance, pour la première fois dans l'histoire cèdent la place d'honneur à la fertilité; des rivières sont maîtrisées et des canaux bâtis; la suppression laisse la place à l'égalité. La Russie et l'Extrême-Orient sont des terres où la coutume demandait la subordination des femmes; elles ne le sont plus. Ils ont souffert des siècles d'oppression nationale, ils ne le sont plus. La Russie des Centuries noires était la mauvaise terre de pogroms anti-juifs et des procès rituels meurtriers aujourd'hui c'est le pays de l'égalité raciale. Tout cela et beaucoup d'autres améliorations ont surgi de la primauté «des droits et des besoins de l'homme ordinaire», donnant la priorité à l'homme devant l'argent. C'était une réussite monumentale. En Russie elle-même cela voudrait dire que le pays signé autrefois par le moujik courbé en deux et la bouteille de vodka est maintenant reconnaissable par ses hommes vigoureux, droits et déterminés, qui émanent de ce que l'actuel ambassadeur de Grande Bretagne avait décrit, après une visite à Stalingrad, il n'y a que quelques mois comme un «sentiment électrique d' énergie».

Nous vivons dans un monde de débats de partis politiques et de préjugés, dont la plupart sont aussi infantiles que pathétiques, telles les tentatives du roi John de retenir les eaux de l'estuaire de Wash. Si seulement, pour un instant, ces préjugés pouvaient être balayés de coté, qui pourrait-on trouver pour nier que la révolution qui a transformé, et transforme, une si vaste partie de l'Europe et de l'Asie de l'arriération et de la barbarie en un chaudron fumant d'initiative humaine déterminée et fraternelle, est une borne, plus qu'une borne, dans l'histoire de l'humanité? Et si c'est le cas, n'est-ce pas que l'humanité est incommensurablement tributaire au dirigeant reconnu d'une telle tâche?

Nous avons tendance à oublier le prix payé pour de telles réussites. La vie des hommes tels que Staline dans la Russie des Tsars était celle des hors la loi; c'était pour eux les chaînes, le knout, la prison, l'exil dans l’Arctique. Lui, il a traversé tout cela. Il s'évadait à chaque fois, n'abandonnait jamais, et émergeait pour jouer un rôle exceptionnel dans les événements de 1917 et les années qui ont suivi.

Son premier poste au gouvernement soviétique était d'une signification particulière: il était nommé Commissaire aux nationalités. Non seulement on lui a donné une tâche de la plus grande complexité, et pour cause, le fait qu'il avait fait des études théoriques sur la question, il était assigné sur la question des principes. C'était un anglais qui avait dit: «Aucune nation ne peut être libre si elle opprime d'autres nations», mais c'était le Géorgien Staline qui, le premier, la mit en pratique. Mais n'était pas le seul, et de loin, service qu'il ait rendu en cette période: là où la bataille était la plus féroce, c'était là où on trouvait «l'homme d'acier», et le nom de Stalingrad lui-même commémore sa défense classique de Tsaritsyne à l'époque où le pouvoir de l'homme ordinaire était menacé par les attaques des défenseurs des privilèges dans le pays ainsi que leurs suppôts venant de partout dans le monde, qui voulaient combattre l'homme ordinaire de leur pays en écrasant sa victoire en Russie.

Il n'y a pas le temps et ce n'est pas l'endroit pour donner une vue générale de la vie de cet homme remarquable. Cela doit toutefois être noté: après la mort de Lénine il est devenu de plus en plus le dirigeant reconnu des peuples soviétiques, et c'était sous sa direction que leurs gains étaient consolidés, pour qu'ils partent de là pour atteindre une nouvelle réussite après l'autre. La planification et aussi le développement de l'industrie, la lutte pour la coopération dans l'agriculture, ceux-là et bien d'autres ont été obtenus à un prix, un prix onéreux délibérément assumé avec l'idée, que tout le mal gangrené de la vieille idée de la prépondérance de la propriété à l'homme, quelle que soit l'éruption qu'il provoquerait, il ne lui serait pas permis d'arrêter la marche vers le futur.

Mais parmi toutes ces luttes une d'entre elles ressort: la dispute avec Trotski. C'est un sujet qui n'est pas souvent évoqué dans les églises, bien qu'il soit sûrement convenable d'en parler, parce qu'il est encore important aujourd'hui de considérer ce qu'impliquait la doctrine de Trotski dans l'exportation de la révolution. Au nom du progrès elle proposait de saigner l'humanité: elle proposait que toutes les forces qu'avait développé le peuple soviétique devraient être utilisées à promouvoir à l'étranger des révolutions et à attiser les flammes des guerres civiles. Quand, après des années, l'histoire de ce siècle sera écrite, il se pourrait bien que cet épisode serait considéré d'une importance prépondérante et que l'homme qui au nom de la justice sociale et de la révolution elle-même, s'est donné la tâche de la faire échouer, en adoptant le point de vue du bon sens, qu'il y aurait une révolution ou non, selon la décision de chaque peuple suivant les conditions qui prévalaient, a non seulement sauvé le monde de beaucoup de folie et de tragédie, mais aussi préservé pour le monde la victoire de l'homme ordinaire dans son propre pays. Sûrement le jour viendra quand cette dette là sera universellement incontestablement reconnue.

Et qui peut nier la dette incontestable par rapport à la Seconde Guerre mondiale? Ces jours-ci, où les généraux qui marchaient pour Hitler sont à nouveau en train de repasser leurs uniformes, ce n'est pas tant en vogue de parler de fascisme. Mais la mode ne change pas les faits, et Auschwitz avec ses chambres à gaz et le meurtre mécanisé continue a incarner la tyrannie comme un mal, aussi meurtrier et aussi dangereux que le monde ait jamais vu. De ce fléau l'humanité a été sauvée, aussi tardif que cela ait été, celle-ci a appris une leçon d'unité et de solidarité; et pourtant sur la page héroïque de l'histoire alors écrite, aucun nom ne ressort plus clairement que celui de l'homme qui avait dirigé à cette époque le peuple soviétique. «Il y a» avait dit l'archevêque de Canterburry en 1942, «une balise qui brille à travers les nuages de la destinée. C'est la Russie qui se bat comme un seul homme, non pas pour un système ou pour un parti, mais pour la cause de la liberté».

Le point focal de cette balise était Joseph Staline. Peu d'entre nous peut-être, réalisent combien il était au centre focal. En visitant l'Union soviétique juste après la guerre, il était intéressant d'entendre des hommes qui occupaient des postes importants dans la lutte à Stalingrad dire: «Lors de la bataille nous avions une ligne directe avec le Kremlin. À chaque fois que nous appelions nous parlions immédiatement avec Staline lui-même. Nous nous demandions si jamais il dormait». Loin dans l'Oural dans les ensembles industriels clés, ils disaient la même chose. D'autres aussi disaient la même chose, et l'image commence à émerger d'un homme suffisamment grand pour accorder son attention personnelle à tous les problèmes clés sur lesquels le salut de son pays et du monde, dépendaient.

Il aurait certainement pu être pardonné si après la guerre, il avait choisi de passer les quelques années qui lui restaient à se reposer. Mais cela n'était pas sa nature – il y avait de nouvelles luttes, la restauration du pays, la plus grande tâche de reconstruction que le monde ait jamais encore vu, des nouveaux plans quinquennaux, des vastes projets pour changer ce qui avait été accepté être dans l'ordre normal des choses. Et avec tout cela, cet homme a trouvé le temps de s'engager dans des études théoriques d'une importance de grande portée.

Encore une fois, ici n'est pas l'endroit pour évaluer ces études, sauf pour dire qu'une chose fondamentale ressort parmi elles – c'est la note que, proprement parlant, l'on appelle l'humilité, le rappel qu'aussi grands qu’aient été les succès du peuple soviétique ils sont néanmoins liés par les lois du développement social, c'est à eux d'atteindre les limites du possible et de ne pas croire en termes de ce qui ne l'est pas. Ce rappel lui est tout à fait caractéristique, parce par dessus tout, Staline était un homme du peuple, c'était son génie de croire au peuple, et il rappelait à ses adeptes plus d'une fois, qu'en vivant près du peuple ils vivront et grandiront, séparés de lui, eux et leurs idées ne pourront que dépérir et mourir.

C'est notre lot – notre lot glorieux, de vivre dans un siècle d'âpres luttes, mais aussi un siècle qui pourrait rendre réel et concret ce qui au cours des âges passés n'a été que des rêves et des visions des meilleurs esprits de l'humanité: justice, égalité sociale, exaltation de l'homme ordinaire à sa propre sphère, égalité entre les hommes et les femmes, égalité entre les nations, la floraison du désert comme la rose, la réussite de la paix universelle.

C'est parce qu'il a fait une telle vaste contribution à ces fins que Joseph Staline est si largement regretté. N'oublions pas que dans les oraisons funèbres officielles à Moscou, parmi toutes les choses qui ont été soulignées, ressort la note de paix et de coopération internationale. Quelles que soient les différence entre chrétiens concernant les choses que représentait Staline, quelles que soient les différences qui pourraient traverser les esprits au sujet de ce que j'ai dit aujourd'hui, ici il ne peut y avoir de différences à propos de la question de la paix, Chrétiens et Communistes devront être unis, et les Chrétiens de Grande Bretagne peuvent jurer avec les peuples de Russie, de Géorgie, de Chine et de tous les autres pays, qu'ils participeront au deuil d'un si grand dirigeant en se vouant de nouveau à la cause immortelle et entièrement chrétienne – de la Paix.

[Traduction Alexandre MOUMBARIS]
Editions Democrite No 125, page 29



Adolf M. Konstantinopolski – Les funérailles de Staline – 1954.
Huile sur toiles


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