Les États-Unis
Sara Flounders
Le danger d’une attaque américaine contre
l’Iran, soit directement par le Pentagone, soit par Israël, s’est encore
précisé davantage au cours de la première semaine de juin.
Le Premier ministre israélien
Ehud Olmert s’est rendu à Washington pour exiger que
le programme nucléaire iranien soit mis à l’arrêt « par tous les moyens
possibles ». Olmert et toute une flopée de
politiciens américains se sont adressés à un parterre du Comité
américano-israélien des Affaires publiques (American Israel
Public Affairs Committee –
AIPAC). Les concurrents à la présidence des deux partis impérialistes, ainsi
que des sénateurs faisant partie des principales commissions du Congrès, ont
ressassé la même rengaine à l’unisson. Démocrates et républicains avaient l’air
unis en s’alignant pour exprimer leur soutien sans équivoque à Israël et pour
menacer l’Iran, dont les développements en matière nucléaire constituent une
menace pénible pour la « paix mondiale », ont-ils ajouté (alors que ces
développements sont absolument légaux).
Cette menace savamment orchestrée s’est encore accrue
après le retour d’Olmert en Israël, à l’issue de la
convention. Il était à peine rentré que le vice-Premier ministre, Shaul Mofaz, qualifiait d’«
inévitable » la guerre contre l’Iran. Mofaz, ancien
chef militaire et ancien ministre de la Défense, a été le représentant
israélien dans un dialogue stratégique sur l’Iran en compagnie de hauts
fonctionnaires américains. Il a déclaré que, si l’Iran poursuivait son
programme nucléaire, Israël passerait à l’attaque parce qu’il n’a pas le choix,
« puisque les options disparaissent et que les sanctions se sont acérées
inefficaces ».
Un tollé des médias internationaux s’est déclenché en
raison des déclarations provocantes et menaçantes. Le prix du pétrole a grimpé
à un pic record de 138 dollars le baril. Le Premier ministre Olmert a alors attisé les flammes et refusant de rabattre
la possibilité d’une frappe militaire contre l’Iran. « Toutes les options, y
compris l’option militaire, doivent rester sur la table », a-t-il dit, se
faisant l’écho de Bush.
Ceci ne fit que confirmer qu’Israël est un instrument de
la police américaine, tout particulièrement lorsque les administrations
américaines ne sont pas en mesure de prendre l’initiative directement.
À de nombreuses reprises, Washington a accordé son plein
soutien politique, économique et militaire aux crimes israéliens : lors des
guerres répétées d’Israël pour repousser la marée montante du nationalisme
arabe dans les années 60 et 70 ; lors du bombardement par Israël, en 1981, du
réacteur nucléaire irakien ; à l’époque où Israël entraînait des escadrons de
la mort en Amérique centrale dans les années 80 ; quand Israël a soutenu
l’apartheid sud-africain ; quand il a bombardé le Liban en 2006 et lors de ses
frappes récentes contre la Syrie.
L’AIPAC sert le pouvoir des grosses sociétés américaines
L’AIPAC s’est mué en un puissant lobby parce qu’il a
toujours prôné une ligne politique propice aux intérêts financiers de la
section la plus puissante des grosses entreprises américaines – les industries
militaires et pétrolières. Il opère en tandem avec ces dernières. De façon
itérative, les géants de l’industrie militaire américaine ont recouru aux
services de l’AIPAC pour influencer la politique à l’intérieur même des
États-Unis. Le groupe sioniste a été l’une des principales forces d’une
constellation d’institutions qui ont poussé les États-Unis à envahir l’Irak et
l’Afghanistan.
Israël est totalement lié au Pentagone, dont il dépend
sur toute la ligne. Durant 60 années, des milliards de dollars d’aide
américaine sont allés en Israël – généralement pour acheter des systèmes
d’armement américains, des avions à réaction, des chars, etc. Cela, à son tour,
alimente et justifie de nouvelles fournées d’achat d’armes par les régimes
arabes dépendant des États-Unis.
Des sociétés comme Lockheed Martin, General Electric Co.,
Northrop Grumman et Boeing sont plus que d’accord
pour refiler des millions de dollars aux lobbyistes militaires et à l’AIPAC. À
leur tour, ces derniers allouent de généreuses donations aux hommes politiques,
aussi bien démocrates que républicains, pour qu’ils garantissent des contrats
portant sur des milliards de dollars en armement et qu’ils remuent les esprits
en faveur de frappes militaires, d’un développement accru des bases américaines
à l’étranger et de guerres interminables.
La division au sein de la classe dirigeante américaine
Vu la débâcle à laquelle est confrontée l’occupation
américaine tant en Irak qu’en Afghanistan, on assiste à une profonde division
au sein des cercles dirigeants américaines, voire parmi le gratin des traîneurs
de sabres du Pentagone, quant au bien-fondé d’une attaque contre l’Iran et à la
façon de s’y prendre. Cette opposition ne s’appuie pas le moins du monde sur
des motivations humanitaires à l’égard du peuple iranien, de leurs propres
troupes ou des travailleurs de leur propre pays. Non, plus prosaïquement, elle
repose sur la crainte d’une explosion politique dans la région.
L’indécision et les rivalités croissantes sont à l’ordre
du jour. Ces deux années écoulées ont été emplies de fuites, de révélations in
extenso par Seymour Hersh dans le magazine New Yorker
et de démissions de hauts fonctionnaires, tant civils que militaires. L’amiral
William J. Fallon, chef du Commandement central américain pour le Moyen-Orient,
l’Asie du Sud et l’Asie centrale, a été forcé de présenter sa démission après
que le magazine Esquire eut fait état de ses profondes réserves à propos d’une
attaque contre l’Iran.
Un journal londonien annonçait, voici plus d’un an, que
certains des hauts responsables militaires du Pentagone étaient prêts à
démissionner si la Maison-Blanche ordonnait des frappes militaires contre
l’Iran. ( Sunday Times, 25
février 2007)
Le rouleau compresseur contre l’Iran a été retiré de la
circulation par la publication, en décembre dernier, d’une estimation des
Services nationaux de renseignements américains prétendant que l’Iran ne
disposait pas d’armes nucléaires et qu’il n’en avait d’ailleurs pas eu depuis
plus de cinq ans au moins.
Le remaniement le plus récent dans les hautes instances
se traduisit par les démissions forcées du secrétaire aux Forces aériennes
Michael Wayne et du chef de l’état-major, le général Michael Mosley, prétendument pour une « série d’échecs » dans la
manipulation par les Forces aériennes des armes nucléaires américaines. On a
rapporté que quatre composantes cruciales d’armes nucléaires avaient été
acheminées « par erreur » à Taiwan. En outre, un bombardier B-52 armé « par
erreur » de six missiles de croisière à ogives nucléaires avait traversé les
États-Unis. Les deux erreurs étaient connues depuis plus d’un an. Le
remaniement présente-t-il quelque rapport avec l’éclaircie à propos de l’Iran ?
Des rapports disant que l’administration Bush prévoit de
lancer une frappe aérienne contre l’Iran dans les deux prochains mois ont
encore été présentés le 28 mai dernier sur Asia Times
On-Line.
Selon l’article, deux poids lourds du Sénat américain ont
parlé de l’attaque : Dianne Feinstein,
démocrate de Californie, et Richard Lugar,
républicain de l’Indiana, prévoient en effet de parler en public de leur
opposition à ces plans. Mais leur éditorial censé paraître dans le New York
Times se fait toujours attendre.
Pendant ce temps, l’ancien ministre allemand des Affaires
étrangères, Joschka Fischer écrivait dans le quotidien israélien Haaretz du 1er
juin que Bush et Olmert semblent avoir l’intention de
mettre un terme au programme nucléaire iranien « par des moyens militaires
plutôt que diplomatiques ». Fischer craint que le Moyen-Orient ne dérive vers
un nouveau et dangereux conflit militaire.
Le droit de l’Iran à l’énergie nucléaire
L’envoyé de l’Iran aux Nations unies, Mohammad Khazaee, a introduit une protestation auprès du secrétaire
général Ban Ki-moon et du
Conseil de sécurité à propos des menaces israéliennes. Khazaee
insistait sur le fait qu’une menace aussi dangereuse contre un État souverain
et membre des Nations unies constituait une violation des lois internationales,
qu’elle contrevenait aux principes les plus fondamentaux de la Charte des Nations
unies et qu’elle requérait une réponse résolue et claire, particulièrement de
la part du Conseil de sécurité.
L’Iran
a le droit, conformément aux lois internationales,
de développer un programme d’énergie nucléaire. Il
est signataire du traité de non-prolifération
des armes nucléaires. L’Agence internationale de
l’énergie atomique a inspecté
à de nombreuses reprises les installations nucléaires de
l’Iran.
Israël, toutefois, n’a jamais signé le Traité de
non-prolifération. Il a refusé les moindres contrôles de son programme bien
connu d’armements nucléaires, qui comporte plus de 200 ogives nucléaires.
Le gouvernement américain a développé toute une nouvelle
génération d’armes nucléaires tactiques qui violent également les accords et
traités visant à limiter et à restreindre les armes nucléaires.
Aujourd’hui, la classe dirigeante américaine comprend
dans une panique croissante qu’elle ne contrôle pas les événements. Ce sont les
événements qui la contrôlent – depuis la crise économique qui va en s’aggravant
et échappe à toute solution jusqu’à une guerre dans laquelle la victoire est
impossible. Ceci tend à rendre ces prédateurs planétaires de plus en plus
désespérés, en proie à des divisions et disposés à des aventures militaires
encore plus désespérées.
La seule véritable opposition au danger croissant d’une
nouvelle guerre viendra des simples citoyens et non du monde politique. De
telles forces, considérées sur une base mondiale, doivent prendre très au
sérieux cette poussée vers la guerre et elles doivent commencer à mobiliser.
http://www.workers.org/2008/world/iran_0619/