
Article publié dans le journal biélorusse
Vpériod
Nos 6 et 7 (170 et 171), juin-juillet 2008
![]() |
| V.D. Kadète Doctorant des sciences historiques Membre du P.C.B.tU |
Une discussion s'est instaurée dans les pages du journal «Sovetski vahine» («Le Combattant soviétique») sur la contre-révolution en Union soviétique. Dans son article «La contre-révolution» publié dans les numéros 12 de 2007 et 1 de 2008 de ce journal, son auteur, Lyoubov' Pribîtkova., s'est appliquée à montrer les sources de la contre-révolution. Elle y déclare que le parti, le P.C.U.S., a dégénéré, qu'il s'est éloigné du marxisme-léninisme et qU'il est devenu révisionniste. De nombreux membres du parti se sont révélés être des traîtres. Une telle déclaration a indigné G. O. Zlatogorov, membre du P.C.U.S. depuis 1943 [qui à cette époque ne s'appelait d'ailleurs pas P.C.U.S., mais P.C.(b.)tUS] et combattant de la Grande Guerre patriotique.
La terrible apostrophe de G. O. Zlatogorov a suivi dans son article «Réponse à La contre-révolution». « ... a-t-elle le droit moral de porter de telles appréciations?». Il faut croire qu'elle l'a. Et plus loin, Zlatogorov écrit: «Elle a collé ses étiquettes de traîtres à des millions de communistes en même temps, lesquels étaient aux premiers rangs des participants aux transformations qui ont métamorphosé l'Union soviétique en un puissant État». Oui, il en fut effectivement ainsi. Mais c'était avant la Grande Guerre patriotique.
Dans les années de la guerre, de nombreux membres du parti, qui avaient participé aux événements d'Octobre, à la guerre civile et à l’édification du socialisme, ont péri sur les fronts de la Guerre patriotique. Le P.C.(b.)tUS a perdu plus de trois millions de ses meilleurs fils. Cela représente plus de la moitié des membres du parti et près du tiers de tous les combattants soviétiques tombés pendant la guerre.
Après la guerre, le parti est devenu tout autre par sa composition. Il a été rénové par de nouveaux jeunes cadres. Il avait grand besoin d'une sérieuse formation idéologique. Mais on manquait de beaucoup de choses et il n'y avait pas suffisamment d'enseignants qualifiés, de spécialistes des techniques et moyens de propagande et de propagandistes pour les mettre en œuvre afin d'élever le travail d'éducation politique des membres du parti et même de l'ensemble de la population à un haut niveau.
C'est à cette même époque que se sont affirmés dans leur champ de formation politique les Volkogonov et les Yakovlev avec leurs points de vue et leur état d'esprit petit-bourgeois.
Les œuvres de K. Marx, de Fr. Engels, de V. I. Lénine ont été étudiées de manière sélective sur des articles particuliers et des citations triées. Après le XXe Congrès du P.C.U.S., on s'est généralement efforcé d'oublier I. V. Staline. C'était les pensées et les idées des secrétaires généraux qui avaient seules droit de cité, lesquels avaient renoncé à appliquer les décisions et les réorganisations de la direction du parti prévues et adoptées par le XIXe Congrès du parti et qui devaient poser la première pierre de l'activité du nouveau Parti communiste de l'Union soviétique (le P.C.U.S. ).
L. Pribîtkova a raison lorsqu'elle déclare qu'à la veille du XXe Congrès (1956), le parti était malade d'opportunisme, qu'il commençait à s'éloigner des positions de classe et qu'à la veille de son 80e Anniversaire, le P.C.U.S. avait cessé pour de bon d'être communiste». Cette conclusion est confirmée par toute l'activité du Comité central, des secrétaires de différents niveaux et de la majorité absolue des membres de base du parti à cette époque.
Il n'y a pas eu d'indignation ni de protestations déclarées lorsque Khrouchtchyov est intervenu contre I. V. Staline, le calomniant et ruinant par cela même la foi en la justesse de l'orientation qui avait été donnée à l'édification du socialisme dans les années d'après-guerre.
Les membres actifs du parti, y compris ceux qui avaient une ancienneté militaire dans le parti, n'ont pas protesté contre l'abolition de la dictature du prolétariat dans le pays. La façon dont on comprend la nécessité de la dictature du prolétariat est, suivant l'expression de V. I. Lénine, le papier de tournesol qui permet de déterminer l'appartenance aux communistes-bolchéviks.
Les communistes du P.C.U.S. ont facilement consenti à vivre dans un État qui n'était plus celui des ouvriers et des paysans, mais des petites-bourgeois, de l'ensemble du peuple. Ils ont consenti à appeler leur parti non plus parti de la classe ouvrière, mais parti du peuple tout entier, y compris également des couches petite-bourgeoises de la population. Ils n'ont pas protesté contre 1a nomenklatoura qui exonérait de leur responsabilité les dirigeants d'organisations du parti qui commettaient des fautes. La nomenklatoura, qui a joué un rôle positif dans les années vingt et trente, est devenue, dans les années soixante-dix, un parti dans le parti ne pensant plus qu'à ses seuls intérêts personnels.1
Et pour finir, il y avait plus de 70 p. 100 de communistes dans les soviets suprêmes de différents niveaux, mais ils ont approuvé les Accords de Beloveja et ont voté la destruction de 'l'Union soviétique 2. Ce sont eux qui ont adopté la loi «De la coopération», la loi «De la privatisation» des biens appartenant au peuple. Tandis qu'au XXVIIle Congrès du P.C.U.S., la majorité des délégués a voté pour la ligne du marché pour le développement, ce qui signifiait le passage du pays au capitalisme. Il en découle que le P.C.U.S. s'est prononcé, dans sa majorité absolue, pour le renoncement au Pouvoir soviétique. Il a adopté la proposition d'introduire le régime présidentiel à la place de la direction collective personnifiée par le Présidium du Soviet suprême et d'instaurer un gouvernement présidentiel parlementaire bourgeois, non soviétique, comme ceux de l'Occident et des États-Unis d'Amérique.
Seule une voix s'est élevée de Léningrad, la voix d'une femme courageuse, Nina Alexandrovna Andréyéva, qui s'est manifestée ouvertement pour protester contre la pérestroïka gorbatchyovienne. Pourtant, même après cette critique, tous ces «léninistes fidèles» ont continué de se taire.
La lutte de classe qui s'est déployée dans le pays a divisé le P.C.U.S. en plusieurs fractions. Des membres du parti ont formé la «plate-forme démocratique», fraction la plus nombreuse qui est devenue l'ennemi déclaré du Pouvoir soviétique et des idées communistes. Il s'est agi d'une formation social-démocrate d'orientation pro-occidentale niant toutes les réalisations du Pouvoir soviétique.
Il s'est également constitué au sein du P.C.U.S. une «Plate-forme marxiste» qui s'est prononcée pour une économie mixte, pour la propriété privée collective et qui s'est placée sur des positions anarcho-syndicalistes de développement de l'économie. Cette plate-forme a donné naissance à de nombreux partis «communistes» nationaux qui nient la lutte de classe, l'internationalisme et les idées fondamentales de V. I. Lénine et de I. V. Staline. Ils nient même la thèse de K. Marx suivant laquelle «la lutte de classe mène inéluctablement à la dictature du prolétariat, laquelle ne constitue elle-même qu'un passage vers l'anéantissement de toutes les classes vers la société sans classes» (Œuvres choisies, t. 4, p. 510). Ce sont des partis petites-bourgeois par essence, bien qu'ils se disent «communistes». Il y en a deux en Biélorussie:
* le Parti biélorusse des communistes (P.B.d.C.; sigle biélorusse et russe: PKB) qui coopère étroitement avec les associations nationalistes bourgeoises. Il n'accepte pas les idées de V. I. Lénine et encore moins celles de I. V. Staline. Ce parti lorgne vers l'Occident et se prononce contre le Président A. G. Loukachenko, mais il ne nie pas le gouvernement parlementaire bourgeois. Son orientation: un «marché civilisé» et un «patronat honnête»,
* le Parti communiste de Biélorussie (P .C.B.; sigle biélorusse et russe: KPB). Il soutient complètement la politique intérieure et étrangère du Président Loukachenko qui est orientée sur le passage du pays au capitalisme, sur le soutien du petit et moyen patronat et sur la consolidation de a propriété privée des moyens de production.
Ces partis sont composés de communistes ayant une longue ancienneté pré-gorbatchyovienne d'appartenance au parti. Si dans le premier de ces deux partis (le P.B.d.C.) prédominent l'intelligentsia et les anciens fonctionnaires du parti de l'échelon inférieur, dans le second par contre (le P.C.B.), ce sont les anciens fonctionnaires du parti des échelons moyen et supérieur qui dirigent.
En analysant l'idéologie et la pratique de ces partis, on ne saurait qualifier les membres qui les composent de communistes.
Un groupe de bolcheviks, qui défendaient et défendent toujours fermement les idées de Lénine et de Staline, s'est également organisé au sein du P.C.U.S. Par la suite, les bolcheviks des républiques de l'ancienne U.R.S.S., en tant qu'internationalistes conséquents, se sont rassemblés au sein du Parti communiste des bolcheviks de toute l'Union soviétique(le P.C.B.tUS; sigle russe: VKPB). (Ce parti a été créé le 08-11-1991 immédiatement après l'interdiction du P.C.U.S.) Le P.C.B.tUS se prononce pour la renaissance: du Pouvoir soviétique des ouvriers et des paysans, de l'Union des Républiques socialistes soviétiques, du socialisme comme période de transition vers la société communiste. Pour ce faire, les communistes-bolchéviks on en vue sept conditions qu'il est indispensable d'observer lors de l'édification du socialisme.
1. La dictature du prolétariat (de la classe ouvrière).
2. La propriété sociale des moyens de production et des principaux instruments de travail.
3. La nationalisation de toutes les banques et leur fusion en une seule banque d'État.
4. La conduite planifiée de l'économie avec direction à partir d'un seul centre.
5. La suprématie de l'idéologie marxiste-léniniste.
6. La création de forces armées capables de défendre l'État socialiste.
7. L'étouffement impitoyable de la contre-révolution.
Ces lois objectives ont été définies par I. V. Staline lors de son entretien avec Mao Zedong en décembre 1949.
Des millions de carriéristes, de conjoncturistes, de gens cupides ont pénétré dans le P.C.U.S., mais qui ensuite, ayant senti que l'on ne pouvait pas en tirer profit pour soi-même, ont jeté leur carte du parti aux orties et se sont mis à répandre des ordures sur leur parti. Malheureusement, il n'y a pas eu pendant longtemps d'épura- tion dans le parti comme au cours des années vingt et trente, ce qui aurait pu le débarrasser de son lest inutile. Nombre d'entre eux déclarent à présent: «Oui mais moi je conserve ma carte du parti !». Visiblement, à tout hasard, pour le cas où, comme l'a fait le général-traître Vlassov. Lorsque le juge d'instruction lui a demandé pour quelle raison il avait conservé sa carte du parti, il a répondu: «À tout hasard». Ainsi, que tout change tout à coup, et il serait redevenu «communiste», Voilà! Une telle absence de principes est caractéristique de nombre de ces conservateurs de leurs documents d'appartenance au P.C.U.S.
Le parti s'est peu à peu engorgé d'éléments petits-bourgeois qui ont tranquillement accepté la nouvelle ligne politique et la nouvelle pensée politique de Gorbatchyov; la liquidation de leur propre parti et du pouvoir soviétique, l'effondrement de leur pays.
Vaut-il la peine, comme l'affirme G. O. Zlatogorov, de justifier et de louer tous les membres du P.C.U.S. et, en particulier, ceux de son Comité central et de son Bureau politique? Certainement pas. D'ailleurs, on ne comprend pas très bien dans quelle catégorie de «communistes» du P.C.U.S. l'auteur de l'article «Réponse à -La contre-révolution», se range-t-il lui-même ni ce qu'il s'estime être: un bolchevik ou un «communiste moderne», On aimerait bien qu'il nous le précise.
Notre malheur est que, lorsque nous avons étudié l'histoire du P.C.U.S., le matérialisme historique et les autres sciences humaines, nous avons fort peu prêté attention aux œuvres des classiques du marxisme-léninisme. Même les auteurs des articles, G. O. Zlatogorov et Lyoubov' Pribîtkova, tentent, après que le fait de la contre-révolution se soit accompli, de rechercher les causes de la défaite du socialisme en partant de leur propre conception du monde et de leurs propres déductions, sans recourir aux idées des dirigeants reconnus du mouvement communiste. Cela montre que ces contradicteurs fonctionnent dans l'état d'esprit des années soixante. On sent l'enseignement du trotskiste Khrouchtchyov et du social-démocrate Gorbatchyov qui prescrivaient de ne pas étudier les œuvres des classiques du marxisme-léninisme et de ne pas se guider sur elles. Pourtant, K. Marx, V. I. Lénine et I. V. Staline ont fourni un matériau d'information des plus précieux dans leurs œuvres pour comprendre les causes de la contre-révolution qui a eu lieu.
K. Marx n'a jamais affirmé que l'histoire ne se développe qu'en ligne droite. Il n'a pas nié la possibilité des reculades, des fuites en avant et des défaites, des envolées et des chutes des forces révolutionnaires.
V. I. Lénine et I. V. Staline ont averti du danger qui se cachait pour le jeune État socialiste soviétique, de la possibilité d'un retour au capitalisme. Ils ont mis en lumière les causes qui engendrent le capitalisme et ont montré quelles sont les forces et les circonstances qui peuvent faire naître les idées bourgeoises et les organisations de la bourgeoisie. V. I. Lénine et I. V. Staline ont indiqué quelles sont les méthodes de lutte contre les idées et les tendances au retour du capitalisme, à la destruction du socialisme.
En exposant son Rapport sur la révision du programme du parti et sur le changement de nom du parti lors du VIle Congrès extraordinaire du P.C. (b.)R., V. I. Lénine a déclaré franchement: «penser que l'on ne nous rejettera pas en arrière est une utopie». Et plus loin: «Nous disons que, en présence de tout rejet en arrière, sans renoncer à l'utilisation du parlementarisme bourgeois " si les forces de classe qui nous sont hostiles nous acculent à cette vieille pratique, nous marcherons vers ce que l'expérience nous a permis d'acquérir: vers le pouvoir soviétique, vers le type soviétique d'État, vers un État du type de la Commune de Paris» (Œuvres compl., t. 36, p. 54; éd. en russe).
Lors du VIlle Congrès des soviets (décembre 1920), V. I. Lénine a franchement posé la question: «La Russie peut-elle revenir au capitalisme?». Et il a lui-même répondu: «Oui, elle le peut, pour le moment» (Œuvres compl., t. 42, p. 381; éd. en russe).
La bourgeoisie, même renversée, dispose encore d'une grande force et d'avantages. Cette force consiste en argent, en relations, en expérience de l'organisation de la gestion, dans l'art militaire et en ce que certaines couches petites- bourgeoises seront toujours prêtes à soutenir un coup de force contre-révolutionnaire et à suivre la bourgeoisie.
V. I. Lénine a également étayé d'arguments les causes qui pourraient entraîner -- et qui à présent, peut-on dire ont entraîné-la défaite du socialisme et la liquidation du pouvoir soviétique. Il a dit: «personne ne pourra nous détruire, si ce ne sont nos propres erreurs" (Œuvres compl., t. 42, p. 249; éd. en russe). «Personne au monde n'est en mesure de compromettre les marxistes révolutionnaires s'ils ne se compromettent pas eux-mêmes» (Œuvres compl., t. 44, p. 93; éd. en russe).
Il est arrivé que les dirigeants du P.C.U.S. se sont compromis, qu'ils se sont placés sur la voie de la social-démocratie et de la trahison. Nous, les communistes de la base, peut-être n'avons-nous pas été d'accord avec une chose ou une autre, mais nous nous sommes tus, approuvant de ce fait la voie révisionniste de Khrouchtchyov-Gorbatchyov. Nous n'avons pas été alarmés par la déclaration d'Andropov qui ne savait plus dans quelle société lui et nous vivions.
L'avertissement de V. I. Lénine se rapporte aux premières années du pouvoir soviétique. Mais cela peut encore, après nos nombreuses victoires émousser notre conscience aux déclarations alarmantes de notre guide.
Au cours des années qui ont suivi, I. V. Staline, tout comme V. I. Lénine, voyait le danger qui menaçait le pouvoir soviétique et il en a averti. À la question qui lui a été posée à l'Université Sverdlov de Moscou (1924): «Y a-t-il un danger pour le pouvoir soviétique?». I. V. Staline a répondu: «Il Y en a un». Et il en a énuméré les causes.
Première cause: perte de la perspective communiste et le liquidationnisme qui lui est lié. C'est-à-dire que la liquidation du pouvoir soviétique est la conséquence de la perte de la perspective communiste.
Deuxième cause: dégénérescence idéologique du parti et la trahison qui lui est liée. En même temps que cela, la trahison n'est pas la cause, comme l'écrivent certains communistes, mais la conséquence de la dégénérescence idéologique.
Troisième cause: amoindrissement du mouvement communiste international et du mouvement de libération nationale et, lié à cela, l'accroissement du nationalisme.
Nous voyons combien I. V. Staline avait raison. Ses prédictions se sont réalisées. Nous avons commencé à perdre les perspectives communistes avec la déclaration de Khrouchtchyov suivant laquelle «la génération présente de soviétiques vivra sous le communisme». Mais 15 à 20 ans se sont écoulés et le communisme n'a pas été au rendez-vous. Nous avons commencé à vivre plus mal. Une telle déclaration et son résultat ont sapé la foi en l'idée communiste.
Y a-t-il eu dégénérescence du parti? Oui, il y a eu dégénérescence. Le renoncement aux idées staliniennes de passage au communisme telles que Staline les a exposées dans son ouvrage «Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S.», la diffamation contre I. V. Staline en personne, le dénigrement de toute la période durant laquelle il a dirigé le Pays des Soviets et l'édification du socialisme, tout cela a déterminé le doute dans la justesse de l'idée léniniste de la possibilité d'édifier le socialisme, puis il y a eu la dégénérescence de nombreux dirigeants du parti et de l'État. C'est sur ce fond que sont apparus des traîtres tels que Gorbatchyov, Yakovlev, Chévardnadzé, Bokatine, Yeltsine et d'autres.
Au seuil des années quatre-vingt, le mouvement de libération nationale aussi s'est affaibli. De nombreuses anciennes colonies d'Asie et d'Afrique avaient obtenu leur libération et étaient devenues relativement indépendantes. La nécessité se présentait aux anciennes métropoles d'Angleterre, de France, de Belgique, des É.-U.. d'unir leurs efforts dans la lutte contre le communisme qui était le principal soutien de la lutte de libération nationale. Mais le rassemblement des forces communistes elles-mêmes s'est trouvé empoisonné par l'eurocentrisme et le social-démocratisme, en particulier en Europe. Le Parti communiste de l'Union soviétique, qui était le chef de file, s'est écarté des idées de Marx, de Lénine et de Staline. Ses rangs ont été frappés par le révisionnisme de Khrouchtchyov et par l'opportunisme de Brejnev et d'Andropov. Les voilà les causes idéologiques de la contre-révolution en Union soviétique. Il n'y a pas lieu de s'étonner du fait que de nombreux anciens communistes ne se sont pas retrouvés en prison, mais sont devenus présidents de républiques bourgeoises. Une lutte a toujours eu lieu au sein du parti entre les noyaux prolétariens et les manifestations petites-bourgeoises de certains dirigeants. Lénine, Staline, Molotov, Kaganovitch, Kirov ont eu à mener la lutte contre les menchéviks, les liquidateurs, les otzovistes,3 les communistes de gauche, les déistes,4 l'opposition ouvrière, les trotskistes, les boukhariniens, les déviationnistes de droite et «de gauche».
Les esprits curieux se tournent vers l'histoire du bolchevisme et, en particulier, s'appliquent à étudier et à comprendre les rapports de classe qui existaient dans les années vingt et trente du siècle dernier et qui jettent la lumière sur les événements d'aujourd'hui. Le développement et la consolidation des rapports socialistes dans ces années-là et, en particulier, la nature de l'apparition des différentes «déviations» dans le parti lui-même présentent un certain intérêt pour nous. L'examen des causes de l'apparition des déviations «de gauche» et de droite et de leurs conséquences pour le destin de l'État soviétique et de ses citoyens au cas où elles auraient été victorieuses nous donne la clé de la compréhension des causes des processus qui ont abouti à la liquidation du P.C.U.S., à l'effondrement de l'U.R.S.S. et à la défaite du socialisme.
À ce propos, on a envie de s'arrêter sur l'intervention de I. V. Staline au Plénum du Comité oblastal de Moscou et de la Commission de contrôle de Moscou du P.C.(b.)tUS en octobre 1928. Dans son rapport, Staline a posé la question: «Existe-t-il chez nous, au Pays des Soviets, des conditions rendant possible le rétablissement (la restauration) du capitalisme?». Et il a répondu lui-même: «Oui, de tells conditions existent». Ces conditions consistent en ce que « ... nous n'avons pas encore déraciné le capitalisme. Mais où donc ces racines nichent-elles? Elles nichent dans la production marchande, dans la petite production de la ville et de la campagne» (I. V. Staline, Œuvres, t. 11, p. 226; éd. en russe).
Comme l'indiquait Lénine, la petite production engendre le capitalisme et la bourgeoisie en permanence, chaque jour, chaque heure, spontanément et à grande échelle, massivement. Pour liquider la petite production, a souligné I. V. Staline, il faut de nombreuses années de travail idéologique, éducatif, et le développement de l'économie.
Existait-il au Pays des Soviets une possibilité d'empêcher le rétablissement du capitalisme? I.V. Staline a répondu: «Oui, il en existe une ... Pour cela, il faut renforcer la dictature du prolétariat, renforcer l'union de la classe ouvrière avec la paysannerie, développer nos leviers de commande sous l'angle de l'industrialisation du pays ... transférer toute notre économie nationale sur une nouvelle base technique, la coopération massive de l'économie paysanne et l'élévation de son rendement, le regroupement graduel des exploitations paysannes individuelles en exploitations collectives sociales» (I. V. Staline, Œuvres, t. 11, p. 227; éd. en russe).
Il est mentionné dans son discours que «le prolétariat ne vit pas sous vide, mais dans l'environnement de la petite production. Les éléments petits-bourgeois engendrés par la petite production environnent le prolétariat de tous côtés d'un climat petit-bourgeois, ils l'en imprègnent, l'en pervertissent, suscitent en permanence à l'intérieur du prolétariat des manifestations à répétition du manque de caractère, du fractionnement, de l'individualisme petits-bourgeois, du passage de l'enthousiasme à l'abattement» (V. I. Lénine). Et ils introduisent ainsi dans le prolétariat et dans son parti certaines indécisions, certains flottements» (I. V. Staline, Œuvres, t. 11, p. 230; éd. en russe).
De la déviation de droite, on a commencé à en parler à la fin des années vingt. Son danger réside dans la sous-estimation des forces des ennemis du socialisme, des forces du capitalisme, dans l'incompréhension de la mécanique de la lutte de classe dans les conditions de la dictature du prolétariat. Ce danger consistait également en ce que les communistes disposés à la déviation sociale- démocrate, opportuniste, de droite faisaient facilement des concessions au capitalisme, ils demandaient et créaient les conditions de l'enrichissement des éléments capitalistes, se prononçaient pour l'assouplissement du monopole du commerce extérieur.
«... la victoire de la déviation de droite dans notre parti, – a mentionné I. V. Staline, – aurait délié les forces du capitalisme, elle aurait miné les positions révolutionnaires du prolétariat et augmenté les chances de rétablissement du capitalisme dans notre pays» (I. V. Staline, Œuvres, t. 11, p. 231; éd. en russe). Paroles prophétiques!
Le danger de la déviation «de gauche» (trotskiste) consistait en ce qu'elle surestime la force de nos ennemis, la force du capitalisme, ne voit pas la possibilité d'édifier le socialisme par les forces de notre pays, sombre dans le désespoir et est forcé de se consoler par des bavardages sur un coup de force thermidorien de notre parti (I. V. Staline, Œuvres, t. 11, p. 231; éd. en russe).
Plus tard, dans ses interventions aux plénums du C.C. du P.C. (b.) tUs en novembre 1928 et en janvier, février et avril 1929, I. V. Staline a nommé les inspirateurs idéologiques de la déviation de droite. Ce sont des membres du Bureau politique: Boukharine, Rîkov, Tomski qui divergeaient de la ligne générale du parti sur les questions fondamentales.
Boukharine se prononçait pour l'intégration de la classe des koulaks dans le socialisme. Cette idée a été exposée par lui dans son livre «La voie menant au socialisme». L'auteur y déclare que non seulement les koulaks, mais également les capitalistes-concessionnaires s'intègrent dans le socialisme. Selon Boukharine, il arrivait que des capitalistes s'intègrent même dans la dictature du prolétariat. Mais il ne s'agit alors déjà plus d'un État prolétarien, mais d'un État libéral- bourgeois.
Boukharine proposait d'anéantir les classes non 'pas par la voie d'une lutte de classe acharnée du prolétariat, ce que préconisait Lénine, mais par la voie de l'extinction de la lutte de classe et de l'intégration du capitalisme dans le socialisme.
Boukharine et ses partisans aspiraient à liquider le rôle régulateur de l'État dans le marché, obligeant à ouvrir toutes grandes, comme à présent, les portes de la liberté complète du commerce privé. D'où son slogan: «Enrichissez-vous!».
La déviation de droite se prononçait pour le développement des exploitations paysannes individuelles. C'était le programme du socialisme libéral bourgeois.
Quelles auraient été les conséquences en cas de victoire des idées boukhariniennes dans le parti?
I. V. Staline a répondu: «Cela sera la débâcle idéologique de notre parti, les mains libres pour les éléments capitalistes, l'augmentation des chances de la restauration du capitalisme, ou, comme le disait Lénine; ..., le retour au capitalisme » (I. V. Staline, Œuvres, t. 11, p. 270; éd. en russe).
Mais où pouvaient bien se trouver les adeptes de la déviation de droite boukharinienne? I. V. Staline a indiqué qu'ils «nichent» dans les appareils soviétiques étatiques et économiques, coopératifs et syndicaux, dans les appareils du parti, ainsi que parmi les éléments les plus divers des couches non prolétariennes, parmi les intellectuels. De concert avec eux: une partie des gens issus des autres partis, de gens ayant des points de vue trotskistes, des débris des anciennes fractions du parti, des banqueroutiers du parti qui opèrent dans l’appareil d’État, de l'économie, des coopératives, des syndicats et s'acoquinent avec les éléments bourgeois. C'était le milieu nutritif des déviations de la ligne léniniste.
L'avertissement de I. V. Staline sur le danger de la déviation de droite a par la suite été oublié après l'écrasement idéologique de Boukharine, de Rîkov et de Tomski. La Grande Guerre patriotique, la période de reconstruction, la lutte contre le cosmopolitisme ont mis de côté le danger des déviations de droite et de gauche qui existait dans le parti.
L'arrivée au pouvoir de l'ancien mais non démasqué trotskiste Khrouchtchyov a drainé dans son sillage toute une série de modifications graduelles de la ligne politique du gouvernement soviétique. Ils ne se sont pas souvenus du danger des déviations. Par suite, ils ont commencé à se manifester sous le slogan de la lutte contre ce qu'ils ont appelé « le culte de la personnalité de Staline». Tout en se jetant sur I. V. Staline en tant que principal dénonciateur des déviations, Khrouchtchyov et ses compagnons d'armes ont nié toute la période héroïque de l'édification du socialisme. Pour que la jeune génération ne soit pas informée des difficultés et des succès de l'édification socialiste, ainsi que du démasquage des déviations trotskistes de gauche et boukhariniennes de droite, les khrouchtchyoviens ont interdit d'éditer et d'étudier les œuvres de I. V. Staline. Tous ses ouvrages, dont ses œuvres en 13 volumes, ont été retirés des bibliothèques.
Khrouchtchyov et ses compagnons d'armes ont commencé à rompre les liens entre la ville et la campagne, entre l'industrie et l'agriculture collective, ils ont liquidé les stations de machines agricoles et de tracteurs (les S.M.T.). Ils ont affaibli la direction centralisée et la planification de l'économie nationale; au lieu de continuer d'abaisser le prix de revient des produits, ils ont introduit le profit comme principal indice du travail des entreprises. Khrouchtchyov' et ses adeptes ont pris pour principal point d'appui le développement des rapports marchands et monétaires, ce qui a élargi la sphère d'activité du marché, tout en en affaiblissant le contrôle.
La lutte contre la dégénérescence du parti a été affaiblie dans le travail idéologique. C'est I. V. Staline qui a été montré comme principal «ennemi», et non pas les éléments antisocialistes qui avaient accumulé des forces dans le parti, dans l'appareil d'État et parmi les intellectuels. C'est ainsi qu'a été déplacé la ligne de mire de la lutte non plus dans l'axe de l'ennemi de classe, mais dans l'axe du dirigeant de l'État socialiste soviétique.
Il a été déclaré du haut des tribunes du parti qu'il n'y a plus à l'intérieur du pays ni causes ni forces agissant dans le sens de la restauration du capitalisme. D'où le renoncement à la dictature du prolétariat qui s'est ensuivi et la proclamation de l'Union soviétique comme étant l'État de l'ensemble du peuple, et du parti communiste comme étant le parti du peuple tout entier. C'est sur cette base qu'ont été modifiés certains articles de la Constitution soviétique et des Statuts du parti. Les principes de la sélection des cadres suivant leurs qualités politiques et professionnelles ont été rejetés, ainsi que la nécessité de consolider et de sauvegarder la propriété sociale commune. Tout cela a conduit à un accroissement de la dilapidation des fonds publics de l'État, du vol, des falsifications, à un épanouissement du favoritisme, du népotisme et de la soûlographie, à l'apparition des ateliers clandestins et de personnages possédant beaucoup de biens et beaucoup d'argent, volé au peuple.
Par suite du renoncement aux positions de classe en politique et en idéologie, toute une foule de personnages critiques du Pouvoir soviétique et du socialisme a fait son apparition. On a pu voir parmi ceux-ci des retourne-veste, des déviationnistes de droite du type Gorbatchyov, Yakovlev, Chévardnadzé, Volkogonov et autres qui se sont empressés de mettre en pratique les idées «démocratiques» de changement et d'économie de marché dans le développement.
Dans toutes ces idées des gorbatchyoviens, dans l'activité des démocrates, des présidents des anciennes républiques soviétiques, des dirigeants des actuels partis «communistes» comme on les appelle, on retrouve la ligne boukharinienne du marché libre, des prix libres, du renoncement au monopole du commerce extérieur, de l'appel à la création de fermes individuelles et à la destruction des kolkhozes et des sovkhozes, à l'épanouissement de la spéculation et du patronat, à l'enrichissement d'une poignée de capitalistes- oligarques grâce au pillage de la plus grande masse de la population.
Les avertissements de V. I. Lénine et de I. V. Staline sur la possibilité de destruction idéologique et organisationnelle du Parti communiste et de restauration du capitalisme en Union soviétique se sont malheureusement réalisés.
Ainsi, qui en est coupable? N'est-ce point nous qui, avec nos «chefs» Khrouchtchyov, Brejnev, Andropov et Gorbatchyov à notre tête, avons laissé détruire l'État socialiste?
Ayant pris pleinement conscience des erreurs commises par la Direction du P.C.U.S. et connaissant quelles sont les causes du recul vers le capitalisme, nous nous devons de tirer les conclusions qui s'imposent et de définir nos tâches pour la période immédiate.
Les continuateurs de K. Marx, de Fr. Engels, de V. I. Lénine et de I. V. Staline doivent avant tout se rassembler en un parti unique, commun à toute l'Union, bien organisé, hautement discipliné, bolcheviste léniniste-staliniste, et porter un coup aux héritiers des déviations de droite et de gauche, à la social-démocratie et à l'opportunisme. Il est nécessaire de se manifester partout
et de chercher à reconstituer et à revivifier les soviets ouvriers et paysans localement et le Soviet suprême au sommet. Se manifester, en vue de la recréation de l'Union des Républiques socialistes soviétiques. Former des cadres pour la future Armée rouge ouvrière et paysanne. Démasquer l'«Union des officiers» comme une «Union des officiers -blancs -» qui se manifeste comme le continuateur de Dénikine, de Vlassov, de Volkogonov et des actuels présidents. Préparer une grève politique générale. Créer un état-major politique des réformes révolutionnaires qui se prononce pour l'Union des Républiques socialistes soviétiques.
Aucun président ni sa suite hiérarchique, aucun parlement bourgeois ni sa douma ne sortiront jamais les anciennes républiques soviétiques de la crise économique et politique. Durant ces vingt dernières années, ils n'ont rien fait, si ce n'est que permettre à l'OTAN de s'installer à leurs frontières et autoriser l'installation de bases des É.-U.. sur leurs territoires. Ils ont permis au capital étranger de piller nos richesses nationales et d'exploiter durement notre peuple. Ils ont privé les travailleurs de leurs avantages sociaux que le Pouvoir soviétique leur avait accordés. Ils ont fait des peuples qui habitent l'Union soviétique des ennemis les uns des autres. Il est temps d'en finir avec l'hostilité et la haine installées par les démocrates entre les républiques de la C.É.I.
Vive l’Union des Républiques socialistes soviétiques! V.D. Kadète, doctorat ès Sc. Hist. Ville de MOGUILYOV, Biélorussie.
1. Nomenklatoura, – on appelle ainsi en russe la liste (c.-à-d. la nomenclature) de tous les postes dont les titulaires étaient nommés, directement par les instances supérieures de l'État, du parti, des syndicats. Ce terme désigne également, en un sens collectif, l'ensemble des personnalités officielles (fonctionnaires de l'État, du parti, des organismes économiques, scientifiques, artistiques, etc.) qui occupent ces postes. Sous le règne du trotskiste Khrouchtchyov, ces fonctionnaires ont commencé à jouir de certains privilèges (tels que magasins et établissements de soins réservés, etc.) qui ont grandement contribué à les couper du peuple et à les corrompre en leur instillant une mentalité petite-bourgeoise de privilégiés, ce qui leur a peu à peu attiré un certain mépris de la part des travailleurs qui les appelaient du terme péjoratif de «nomenklatourchtchiki- (nomenclaturiers). (N.d.T.)
2. Accords de Bélovéja, – accords conclus le 8 décembre 1991 dans la plus totale illégalité et sans aucun pouvoir ni mandat de qui que ce soit entre Yeltsine pour la Russie, Kravtchouk pour L'Ukraine et Chouchkévitch pour la Biélorussie, mettant fin à l'existence de l'U.R.S.S., au mépris de la volonté du peuple soviétique qui venait de se prononcer clairement neuf mois plus tôt à une écrasante majorité (à plus de 76 p. 100) pour le maintien de l'Union soviétique lors du référendum du 17 mars 1991. Ces accords sont dits «de Bélovéja» du fait que, pour perpétrer leur crime, ces trois scélérats se sont réunis comme des voleurs, à l'abri des regards, au fin fond de l'immense massif forestier de -Bélovéja (du nom du village polonais de Bialowieza) situé à cheval sur la frontière soviéto-polonaise. (N.d.T.)
3. Otzovistes, – partisans de l'otzovisme qui était un courant opportuniste apparu dans le P.O.S.-D.R. après la révolution de 1905-1907 et qui exigeait le rappel ('otzîv' en russe) des députés sociaux-démocrates de la Douma d'État et le renoncement aux formes légales de la lutte de masse du parti, et qui pratiquait de fait une politique isolant le parti de la classe ouvrière. (N.d.T.)
4. Déistes, – on appelait ainsi les adeptes du déisme, courant
philosophico-religieux du Siècle des lumières qui s'est également
répandu en Russie au XVIIIe . Le déisme admettais l' existence de Dieu
comme cause première du monde, mais lui déniait toute intervention dans
le développement de la nature et le destin du monde. (N.d.T.) Voir
également sur ce sujet les deux très intéressantes notes au bas des pp.
10 et 11 du no 23, juin 2001, des «N.d'URSS» avec le rappel
d'égarements analogues qui ont eu lieu chez nous en France durant la
Révolution française et dans la seconde moitié du XXe s.