Crise économique et lutte de classe

extraits de l’article D’une crise à l’autre : 1929 = 2008 ? de Vincent Gouysse  (22/05/2009)

Dans notre étude Impérialisme et anti-impérialisme, nous avions montré que l’essor de l’impérialisme chinois amènerait nécessairement à la débâcle économique de ses concurrents les plus puissants et remettrait à l’ordre du jour, au sein même des métropoles des pays impérialistes en déclin, la question de la nécessité immédiate de la révolution socialiste.

Aujourd'hui, plus personne ne conteste le leadership industriel et financier croissant de l’impérialisme chinois que le début de la crise économique a encore rendu plus évident. Les marionnettes politiques des pays impérialistes concurrents de la Chine sont elles-mêmes aujourd’hui contraintes de reconnaître le rôle moteur de l’économie chinoise au sein de l’économie mondiale et la gravité de la crise économique actuelle.

Confrontés à des bouleversements qui semblent les dépasser, les dirigeants des pays impérialistes concurrents de la Chine reconnaissent aujourd’hui "naviguer à vue".

Mais tous les représentants officiels des pays impérialistes en déclin n’affichent pas le même optimisme que celui (encore) de rigueur aux USA.

Ainsi, François Fillon, le premier ministre français a déclaré que cette année serait « une année de crise longue et dure », avant d’ajouter qu’il n’y avait « aucun plan de relance qui permettra d'éviter la crise » et que « personne aujourd'hui ne peut savoir quand on sortira de cette crise ». (E24.fr, 03/03/2009)

Parmi les monopoles des pays impérialistes en déclin, la débâcle économique est également palpable. En janvier, INTEL avait annoncé la fermeture de plusieurs usines, dont deux aux USA, des fermetures lourdes de sens selon les analystes bourgeois eux-mêmes :

« Les fermetures devraient être graduée et se terminer fin 2009. Cette date est intéressante, car elle montre qu’Intel pense que la crise économique aura des effets suffisamment longs pour prendre une décision qui aura des conséquences jusqu’en 2010 et même plus. En effet, rouvrir une usine n'est pas une mince affaire et INTEL ne les aurait pas fermés s'il pensait devoir les rouvrir immédiatement. » (Presence-pc.com, 23/01/2009)

Pour Carlos Ghosn, patron de Renault, la crise économique n’en est qu’à ses débuts et risque de mettre à rude épreuve les derniers lambeaux d’industries des économies de bazar :

« Le creux de la vague est sans doute à venir et la crise ne sera pas de courte durée (…) 2009 et 2010 s'annoncent difficiles, voire décisives pour notre industrie. C'est bien la survie d'un certain nombre de constructeurs, fournisseurs et distributeurs qui est en jeu dans les mois à venir ». (Reuters, 20/01/2009)

Seuls les réformistes qui pullulent à « gauche » et à « l’extrême gauche » peuvent continuer aujourd’hui de proposer des "solutions" semblables à celles du PS. Ces revendications ne font que faire écho à celles du mouvement spontané de la rue, qui confronté à la baisse de ses revenus, demande qu’on y remédie par des hausses de salaire ! Au début de l’année, le PS avait proposé un contre-plan de 50 milliards d’euros comprenant notamment le versement d’une prime de 500 euros aux bénéficiaires de la prime pour l'emploi et des minima sociaux, une hausse du SMIC de 30 euros net, une baisse de un point de la TVA, la mise en chantier de 300 000 logements sociaux et la création de 200 000 emplois subventionnés. (Reuters, 21/01/2009)

Les propositions du PS sont de toute évidence celles de démagogues éhontés ou de bien piètres économistes bourgeois ! Les rêves de relance de ceux-là ont pour origine l’ignorance crasse de toute notion d’économie politique. La mise en œuvre de ce "contre-plan" aboutirait en effet à aggraver l’endettement de l’État bourgeois et à dégrader encore un peu plus le degré de compétitivité déjà insuffisant de la main-d’œuvre française !

Le premier ministre disait non sans raison que ce genre de « revendications irréalistes » « semblent ignorer totalement la crise » : « chacun réclame toujours plus alors que l'État est à la limite de ses moyens ». (AP, 03/03/2009)

Pour ceux, plus "réalistes" qui ont compris cette évidence, il ne reste alors plus qu’à se laisser aller à la collaboration de classe ouverte et à se joindre au chœur de lamentations de la bourgeoisie qui se demande comment elle va bien pouvoir amener ses esclaves à accepter de se serrer la ceinture sans qu’ils n’opposent trop de résistance.

Mais accepter de courber la tête en espérant que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes, c’est également contribuer à creuser sa propre tombe.

Face à la crise, la concurrence augmente entre les entreprises d’une même branche et les pousse à renforcer la pression sur le marché de la force de travail. Les travailleurs de Continental en ont récemment fait l’expérience : après avoir accepté en 2007 de repasser aux 39 heures, ils se sont vus annoncer que l’usine restait l’une des moins concurrentielles du groupe. Ainsi, la direction de Continental a annoncé qu’elle allait réduire ses surcapacités de production en commençant par fermer ses usines de Clairoix et de Hanovre, totalisant 1900 salariés. Les salariés français ont alors crié à la trahison.

Mais en acceptant de suivre la bourgeoisie, ils se sont trahis eux-mêmes, en tant que classe : en se résignant à travailler plus en espérant qu’ainsi ils pourraient conserver leurs emplois, ils ont contribué à exacerber la concurrence sur le marché de la vente de la force de travail. En acceptant des baisses de salaire, les travailleurs font concurrence à leurs frères et sœurs de classe travaillant dans des entreprises concurrentes. En effet, quand les salaires baissent, les débouchés se contractent, amplifiant ainsi les difficultés économiques des entreprises. Les entreprises concurrentes, qui voient leur situation doublement aggravée — par la réduction absolue et relative des débouchés —, ne restent évidemment pas les bras croisés et poussent à leur tour leurs propres esclaves salariés à accepter de gagner moins pour avoir le droit de continuer à payer leurs crédits. L’option qui devait initialement permettre au capitaliste individuel de surmonter la crise a en fin de compte contribué à l’aggraver pour l’ensemble de la classe capitaliste. Quant aux travailleurs, la concurrence à augmenté entre eux et ils vivent désormais encore plus misérablement qu’avant !

Ce qui vaut sur le marché du travail dans le cadre d’un pays vaut pour le marché international de la vente de la force de travail. Face à la crise, les pays bourgeois ont pour seule option de proposer une force de travail moins chère que la concurrence afin d’espérer regagner des parts de marché et renouer avec la croissance. Ainsi, dans les pays dépendants ateliers, pour proposer au capital étranger une main-d’œuvre concurrentielle et attirer les investissements étrangers, la bourgeoisie compradore doit donc abaisser le niveau des salaires réels sur son territoire. À l’instar des pays ateliers de l’Asie du Sud-est en 1997, la bourgeoisie compradore polonaise vient de dévaluer de 30 % sa monnaie par rapport à l’Euro, adoptant ainsi un modèle de relance basé sur « la maîtrise de la dette publique » et « une forte dévaluation de la monnaie nationale ». De l’aveu même des analystes bourgeois, ces choix avaient abouti à « des coupes claires dans les dépenses publiques » et à « une hausse du coût de la vie dans chacun de ces pays », ce qui « contribua à soutenir les exportations ». (La Pologne prend exemple sur la Corée du Sud, Le Monde.fr, 20/04/2009)

Et le cas polonais n’est pas l’exception, mais la règle.

Face à la contraction des débouchés et à l’intensification de la concurrence chinoise, les pays impérialistes d’Europe se voient aujourd’hui contraints de venir au secours de leurs pays dépendants ateliers dont l’industrie a été mise à rude épreuve. Ainsi, la Banque européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), la Banque européenne d'investissements (BEI) et une filiale du Fonds monétaire international (FMI) ont annoncé qu’ils travaillaient à « un plan de soutien aux banques est-européennes » visant à « recapitaliser les sociétés-mères des banques est-européennes en difficulté, pour l'essentiel des établissements autrichiens, allemands, français, italiens et belges, à charge pour elles de soutenir leurs filiales en Europe de l'Est sous le contrôle des banques centrales des pays concernés », « car il y a des pays comme l'Ukraine qui sont au bord du gouffre ». La BERD a estimé le montant de ce plan de soutien à 150 milliards d’euros. (Les banques de l'Europe de l'Est bientôt aidées, NouvelObs.com, 19/02/2009) Confrontés à la menace de la destruction des capitaux investis dans les pays ateliers est-européens, les pays impérialistes européens sont contraints de piocher dans la caisse du club européen pour soutenir les banques est-européennes, et donc les industries qu’elles détiennent à travers elles. Afin de pouvoir financer ces nouvelles dépenses, la BCE a encore baissé son taux directeur de refinancement d’un quart de point à 1,0 %. (Reuters, 07/05/2009)

Bien évidemment, des conditions seront posées à ce sauvetage : les investisseurs étrangers ne vont pas indéfiniment renflouer l’économie de ses pays ateliers sans exiger des bourgeoisies compradores qu’elles fassent un effort pour y améliorer la compétitivité de la main-d’œuvre. Et c’est là qu’interviendront des plans d’austérité semblables à celui adopté par la bourgeoisie compradore polonaise ! Quand en novembre 2008 le FMI avait accordé à l’Ukraine une première enveloppe de 13 milliards d’euros, le paiement de la deuxième tranche de cette aide avait été « entravé par les conflits récurrents entre les dirigeants ukrainiens sur les réformes de structure exigées par le FMI »… Rien d’étonnant à cela : les banques étrangères ne pourront sans cesse venir au secours de leurs investissements ! Il demeure donc essentiel de les rendre à nouveau rentables face à la concurrence de la main-d’œuvre chinoise, nécessitant ainsi un nouveau sacrifice des travailleurs est-européens !

Mais ce qu’oublient ces analystes bourgeois, c’est que l’exacerbation de la concurrence entre les pays ateliers est-européens et l’impérialisme chinois ne peut se traduire que par une aggravation supplémentaire de la contraction des débouchés ! Rien d’étonnant dans ces conditions que la production mondiale d’acier se soit contractée de 3 % en avril par rapport au mois précédent, mais pas au bénéfice du club impérialiste européen : la production d’acier de l’UE (27) s’est contractée à un rythme plus de deux fois supérieur à celui de l’impérialisme chinois !

De toute évidence, aucune des deux "solutions" mises en avant par les bourgeois et les petit-bourgeois ne permettra aux pays impérialistes concurrents de la Chine de rester debout.

C’est donc aux travailleurs de se sauver eux-mêmes en mettant en place une véritable solution à une crise d’une nature et d’une ampleur sans précédent connu.

Interrogé sur la multiplication des fermetures d’entreprises et en particulier sur le cas de l’usine Continental, le Premier ministre français a assuré que le gouvernement faisait « tout son possible » pour « trouver des solutions aux problèmes que rencontrent les entreprises ». Pour autant, « le rôle de l'État, ce n'est pas de gérer l'entreprise à la place des entreprises ». (AP, 03/03/2009)

Il faudrait alors en effet admettre que la propriété collective sur les moyens de production caractérisant l’économie planifiée du socialisme sert à quelque chose !

Et pourtant, chaque jour qui passe, l’État impérialiste donne des exemples de son interventionnisme dans les affaires des monopoles nationaux, incapables de trouver des débouchés. L’État bourgeois intervient alors pour chercher une solution aux problèmes que les capitalistes individuels ont été incapables de résoudre eux-mêmes, — en vain, évidemment, puisqu’il se garde bien de remettre en cause les rapports de production bourgeois ! Au cours des derniers mois, l’État impérialiste français est ainsi venu à maintes reprises au secours des banques, des constructeurs automobiles et d’Airbus ! L’État bourgeois intervient quand la bourgeoisie impérialiste le lui demande pour défendre ses intérêts.

L’actualité récente tend à montrer que le prolétariat commence à chercher d’autres solutions que les fausses solutions proposées par les représentants officiels de la bourgeoisie et des syndicats de collaboration de classe.

Au cours de ces derniers mois, au sein des dernières grandes concentrations de prolétaires industriels, on a assisté à la naissance de mouvements plus radicaux cherchant à s’opposer à la destruction des emplois. Ces mouvements ont ainsi abouti à la séquestration des administrateurs bourgeois nommés par des monopoles internationaux. L’exemple le plus médiatisé est celui de l’usine de Caterpillar.

À la fin janvier, devant la baisse de 32 % de son bénéfice au quatrième trimestre 2008, la direction de Caterpillar avait annoncé la suppression de 20 000 emplois dans le monde (dont 800 salariés aux USA et plus de 700 salariés dans son usine française), soit 18 % de ses effectifs. Face à cet effondrement, il était nécessaire pour le groupe de réduire ses charges fixes pour espérer ne pas être en déficit en 2009. Devant cette annonce et le refus des administrateurs français du groupe de négocier quoi que ce soit, les ouvriers du site français (qui totalisait 2700 salariés) ont décidé que face à l’autisme de la direction, il fallait donner un coup de pouce à la négociation en retenant prisonniers les administrateurs français. Cette affaire a évidemment beaucoup fait de bruit dans les milieux politiques et syndicaux bourgeois.

Pour les réformistes, tel Bernard Thibault, ces séquestrations « sont défendables tant que l'intégrité physique des patrons n'est pas menacée ». (Reuters, 10/04/2009) Et cet avis est loin d’être isolé, comme le prouve un récent sondage effectué par le CSA (Le Parisien, 07/04/2009) selon lequel 45 % des sondés jugent « acceptable » la séquestration des patrons. Pour les réformistes, ces actions spontanées seraient provoquées par l’absence ou l’inefficacité du dialogue social dans les entreprises et à l’échelle nationale.

Pour la bourgeoisie, ces séquestrations qui s’apparenteraient même à des « prises d’otage » sont évidemment inacceptables. Il faut dire que selon les organisations patronales « cette pratique dissuade les entreprises étrangères d'investir en France », ce qui « ne serait pas à l'avantage ni de la France ni des salariés ». (Reuters, 09/04/2009)

Ces actions spontanées, perçues par la bourgeoisie comme une preuve de la radicalisation du prolétariat, représentent la frontière entre un mouvement spontané de caractère réformiste et un mouvement spontané de caractère révolutionnaire.

D’un côté, ces actions restent prisonnières du cadre du réformisme bourgeois dont a été massivement infecté le prolétariat des métropoles impérialistes : ainsi, on séquestre gentiment son patron pour le forcer à rester assis à la table des négociations afin de maintenir les chaînes dorées de l’esclavage salarié !

De l’autre côté, ces actions marquent un pas vers la rupture d’avec le mouvement réformiste : le dialogue salarié-patronat étant devenu impossible par les moyens conventionnels du démocratisme bourgeois et du syndicalisme de collaboration de classe, les esclaves salariés sont prêts à déborder de ce cadre du strict respect du réformisme et du légalisme bourgeois, et essaient de trouver une réponse à la violence sociale et économique qu’exercent sur eux les rapports de production bourgeois… mais restent encore pour l’heure encore prisonniers de l’horizon du pacifisme bourgeois auxquels sont si attachés la bourgeoisie et ses alliés réformistes !

Ces actions font donc penser à celles d’un prisonnier qui serait parvenu à sortir de sa cellule et qui menacerait son geôlier afin d’obtenir de lui l’amélioration de ses conditions de détention, plutôt que de chercher à s’évader de sa prison pour enfin vivre à l’air libre !

Le nœud du problème est le suivant : tant que le prisonnier garde l’espoir de retrouver les conditions de détention relativement confortables auxquelles il s’était accommodé, il ne cherche pas à s’évader de sa prison pour forger enfin sa propre liberté, d’autant que pour l’immense majorité des esclaves salariés, la prison dans laquelle ils vivent est semblable à la caverne de Platon.

Seuls les marxistes-léninistes peuvent démontrer aux travailleurs que la bourgeoisie des pays impérialistes en déclin est en train de briser les chaînes dorées de l’esclavage salarié, non pas parce qu’elle ne veut plus les entretenir, mais parce qu’elle n’en a plus les moyens. Seuls les marxistes-léninistes sont en mesure de prouver aux travailleurs qu’aujourd’hui leur choix se résume soit à accepter la tête baissée une dégradation sans précédent de leurs conditions d’exploitation, soit à s’organiser et à se battre pour renverser cette société qui est en train de réduire à néant le confort auquel ils s’étaient habitués et qui ne pourra bientôt plus ne serait-ce qu’assurer le pain de ses esclaves !

Face à l’aggravation de la crise économique — qui ne fait pourtant que débuter ! —, on assiste déjà aux prémisses de bouleversements que nous avons évoqués un peu plus haut :

* Les travailleurs dénués de toute perspective d’avenir deviennent les victimes de trafics en tout genre, à l’instar de ceux de la Russie post-social-impérialiste. Ainsi, en Espagne, les esclaves salariés traversant de graves difficultés économiques cherchent désormais à se vendre morceau par morceau, espérant tirer un bon prix de la vente de leurs organes. Il faut dire ne qu’ils n’ont guère l’espoir de parvenir à trouver un débouché pour la vente de leur force de travail : à la fin du premier trimestre 2009, le taux de chômage officiel se montait à 17,4 %, alimenté par une « contraction sans précédent depuis 1945 du PIB espagnol ». (Reuters, 29/04/2009)

* La bourgeoisie impérialiste commence à comprendre qu’elle doit sacrifier la petite bourgeoisie sur l’autel de la survie de ses monopoles. Cette décision est lourde de dangers, la petite bourgeoisie ayant des décennies durant constitué son principal soutien social. Ainsi, afin de tenter de résorber le chômage qui a explosé au cours des derniers mois, le gouvernement français a créé un nouveau statut destiné aux travailleurs sans le sou, celui d’auto-entrepreneur. Alors que plus de 150 000 ex-salariés ont déjà adopté ce statut d’auto-entrepreneur, attirés par la possibilité de devenir "son propre patron" avec des formalités d’inscription simplifiées et des cotisations salariales comprises entre 12,0 et 21,3 % du chiffre d’affaires — ce dernier étant plafonné entre 32 000 à 80 000 euros selon les secteurs —, les artisans (soumis à un taux de cotisations de 45 %) dénoncent déjà la « concurrence déloyale » que ces nouveaux travailleurs vont leur faire. (Reuters, 09/04/2009) La crise va donc amener rapidement une décomposition sans précédent d’éléments petit-bourgeois.

Dans ce contexte, il est évident que la bourgeoisie impérialiste et la bourgeoisie compradore des pays les plus éprouvés par la crise vont devoir faire face à une contestation sociale grandissante.

Sans aucun doute, la bourgeoisie impérialiste chinoise est à l’avant-garde du mouvement visant à tenter de désamorcer les conflits sociaux que la crise menace de faire exploser dans le monde. Selon le Hurun 2009 Wealth Report, la Chine compte actuellement plus de 825 000 personnes disposant d’une fortune financière supérieure à 10 millions de yuans (soit plus d’un million d’euros). À elles seules, Pékin et Shanghai concentrent près du tiers des effectifs de la grande bourgeoisie chinoise. Enfin, 16 % des millionnaires chinois (soit 132 000) disposent même d’une fortune supérieure à 100 millions de yuans. (Xinhua, 16/04/2009)

Soucieuse de traverser la crise sans trop mécontenter les travailleurs chinois, la bourgeoisie impérialiste chinoise a décidé de se montrer un peu plus honnête que ses concurrentes. Le fait que la crise économique ait débuté aux USA est pour elle d’un grand secours et lui permet de dire qu’elle n’est pas responsable de la crise actuelle, mais que devant cette situation difficile, elle fera malgré tout tout son possible. La bourgeoisie chinoise est donc en position de force par rapport à ses concurrentes des pays impérialistes en déclin dont les élites sont de plus en plus désignées responsables de la crise économique. Même confrontée à une situation économique difficile, elle sait qu’elle aura moins tendance à être visée directement par le mécontentement populaire, à plus forte raison encore si elle sait apparaître comme laborieuse et économe aux yeux des masses exploitées. Wen Jiabao, le premier ministre chinois, a ainsi déclaré dernièrement :

« La crise financière, d'une ampleur rare au cours des 100 dernières années, continue à se répandre et n'a pas atteint son étiage ». (Reuters, 28/02/2009)

C’est aussi dans cette optique que le premier ministre chinois a exigé que « le gouvernement devienne un exemple de frugalité », avec pour objectif de réduire drastiquement les frais de réception et le budget d’achat de voitures destinées aux fonctionnaires gouvernementaux. (Xinhua, 25/03/2009)

De tous les pays impérialistes, la bourgeoisie impérialiste chinoise est sans aucun doute celle qui dispose de la plus riche expérience dans la canalisation de la contestation sociale.

La bourgeoisie monopoliste d’État chinoise s’est ainsi clairement fixé pour objectif de ne surtout pas dépasser la barre des 4 % de taux de chômage urbain, optant pour le maintien dans les zones rurales des travailleurs migrants surnuméraires. Elle sait bien que le chômage urbain structurel de masse est bien plus dangereux, à plus forte raison encore dans des grandes villes industrielles très répandues en Chine, que le sous-emploi massif dans les campagnes. Mater des révoltes rurales localisées de travailleurs migrants ou de paysans pauvres est beaucoup plus aisé et moins dangereux pour la stabilité sociale et politique du pays que de mater des grèves ou des insurrections organisées par un prolétariat industriel concentré ! En maintenant le taux de chômage urbain à un faible niveau, l’impérialisme chinois se donne toutes les chances pour détourner la lutte de classe sur les rails du réformisme !

L’impérialisme chinois dispose également d’un autre d’atout de taille pour s’assurer d’un large soutien débordant largement le cadre des classes exploiteuses. S’appuyant sur le legs d’une révolution bourgeoisie anti-coloniale et anti-féodale qui a réellement amélioré les conditions de vie du peuple chinois et experte dans l’art de donner des airs "marxistes-léninistes" à son nationalisme, la bourgeoisie monopoliste d’État chinoise sait qu’elle peut compter sur la construction d’une fierté nationale pour fédérer les classes. Ainsi une chanson folklorique du Shanxi (CCTV-F, 07/05/2009) proclame :

« Les gens d’ici aiment autant la paix,
que leur pays natal.
Ils chantent autant cette nouvelle vie,
que le Parti Communiste.
Le président Mao Zedong,
le Parti communiste,
nous vivons de mieux en mieux ».

Trois décennies de croissance économique fulgurante et les nombreux succès obtenus par les monopoles chinois dans un nombre croissant d’industries de pointe résonnent aujourd’hui dans les médias chinois comme la revanche — ou tout au moins la juste récompense —, d’un peuple à la réputation humble et laborieuse recueillant finalement les fruits de son travail. Il n’est pas difficile aujourd’hui à l’impérialisme chinois de faire ce que la bourgeoisie et les social-chauvins ont fait un siècle durant dans les pays impérialistes : cultiver les sentiments nationalistes afin de reléguer au second plan les contradictions sociales !

Ainsi, le vice-président chinois a déclaré dernièrement au cours d’une réunion tenue à Pékin dans le cadre de la préparation de la Fête du Travail que face à la crise, « la classe ouvrière » devait être « la force principale de la garantie de la croissance économique, de l'amélioration du niveau de vie du peuple et du renforcement de la stabilité sociale ». Puis il a ajouté au sujet des « travailleurs modèles » :

« Tout type de travail est glorieux et mérite le respect de toute la société. Le Parti et le peuple se souviendront d'eux, et  ils auront toujours leur place dans l'histoire du pays ». (Xinhua, 28/04/2009)

Quelques jours après, à l’occasion de la Fête du Travail, le premier ministre chinois déclarait aux ouvriers construisant le métro de Pékin « que toutes les difficultés pourraient être vaincues à condition que le peuple fasse preuve de confiance, que la direction du Parti communiste chinois (PCC) et du gouvernement fasse preuve de fermeté et que la population unisse ses efforts ». (Xinhua, 01/05/2009)

Ce n’est donc pas un hasard si le président chinois exhorte aujourd’hui la jeunesse chinoise à faire preuve de « patriotisme », de « diligence », de « pratique » et même de « dévotion » pour « redresser la nation chinoise » et « assumer avec courage leur mission historique et travailler dur avec toute la nation pour édifier le socialisme à la chinoise ». (Xinhua, 02/05/2009)

L’avènement de ce "socialisme" pourrait effectivement arriver très bientôt si la bourgeoisie chinoise parvient à limiter les effets délétères accompagnant le renversement en cours du rapport de forces inter-impérialiste durant la périlleuse période de transition à venir qui suivra l’effondrement de l’impérialisme américain et de ses alliés.

Là encore, face à cette période d’instabilité économique et politique internationale sans précédent, il semble que l’impérialisme chinois essaie de prendre les devants et se prépare activement à assister à la banqueroute finale de l’économie de ses plus gros concurrents. L’impérialisme chinois a ainsi commencé à se constituer des réserves de marchandises d’importance stratégique, à l’instar du cuivre qui est utilisé dans de nombreuses branches des économies modernes : alliages métalliques, électronique, construction. Les analystes bourgeois ont ainsi remarqué, non sans cacher leur inquiétude, qu’il était « désormais impossible de déterminer combien de tonnes de métal rouge Pékin a acheté, le Bureau des réserves d’État chinois ayant décidé de garder cette information secrète »… (Le Journal des Finances, 24/03/2009)

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