
Nous vous présentons en Deuxième partie les chapitres suivants:
La course aux armements sous le masque du pacifisme
« L’économie de bazar » au bord de la faillite…
Volontarisme : le dernier chant du cygne…
« Après la crise financière, la guerre civile ? Préparez-vous à "quitter votre région"... »
Le 4 mars 2009, le parlement chinois a voté une augmentation de près de 15 % du budget de la défense 2009 qui se montera donc à 56 milliards d’euros. En 2009, le budget chinois de la défense représentera 6,3 % des dépenses de l’État chinois, soit une proportion inférieure à celle de nombreux pays impérialistes et en particulier de celle des USA.
En comparaison, le budget annuel moyen de la défense de l’impérialisme français se monte à 36 milliards d’euros en 2007, soit 10,8 % des dépenses totales de l’État. De même, le budget de la défense est l’un des principaux postes de dépenses du budget fédéral américain de l’exercice 2010. Avec près de 664 milliards de dollars, cela représente une hausse absolue de 1,5 % par rapport à celui de l’exercice précédent (654 milliards de dollars), mais en fait, compte tenu de l’importante baisse du budget fédéral pour l’exercice 2010 (10 %), la part des dépenses de la défense dans le budget fédéral, s’élève de 16,8 à 18,7 % ! Avec un budget de la défense s’élevant à 16,2 % du budget fédéral pour l’exercice 2007, Bush faisait presque figure de pacifiste ! À la fin du mois de février 2009, Obama demandait une enveloppe de 75 milliards de dollars supplémentaires pour la fin de l’exercice 2009, afin de continuer à financer l’occupation coloniale en Irak et en Afghanistan. En Afghanistan, la situation échappe au contrôle de l’OTAN et les forces de libération nationale luttant contre les troupes d’occupation gagnent du terrain dans le sud du pays, infligeant de lourdes pertes à l’occupant. Quant à l’Irak, au cours de sa campagne, Obama avait promis de commencer à retirer la plupart des troupes de combat américaines d’Irak sur une période s’étendant de l’été 2010 à la fin 2011, le temps pour l’impérialisme américain de passer le relais de la répression du mouvement de libération nationale à la nouvelle équipe bourgeoise-compradore mise en place en Irak dès que celle-ci sera suffisamment aguerrie. Mais selon les propres aveux d’Obama, l’échéance 2011 ne signifiera même pas la fin de l’occupation coloniale de l’Irak, il s’agira en fait de lui substituer une forme d’occupation plus élégante, afin de tromper l’opinion américaine et internationale, puisqu’une « force américaine résiduelle » restera en Irak. Selon Obama, celle-ci « aurait des missions limitées : poursuivre les restes d'Al-Qaïda en Mésopotamie, protéger les services américains et, tant que les Irakiens feront des progrès politiques, entraîner les forces de sécurité irakiennes ». (Le Point.fr, 14/07/2008)
Ainsi, la politique menée par Obama n’aura pas masqué longtemps sa parfaite continuité avec celle de ses prédécesseurs. Certains pays dépendants jugés trop indépendants de la sphère d’influence de l’impérialisme américain ont commencé à en faire l’expérience. Ainsi, le président vénézuélien Hugo Chavez a déclaré récemment à l’adresse d’Obama qui l’accusait « d'exporter le terrorisme » qu’Obama était « est un pauvre ignare » qui « devrait lire et étudier un peu pour comprendre la réalité. » (Reuters, 22/03/2009) Du coup, le Venezuela ne remplacera pas l’ambassadeur qui avait été rappelé sous l’administration Bush…
De toute évidence, il n’existe aucune rupture de fond entre Bush et Obama, illustrant le fait que les attelages de la bourgeoisie ont beau changer, leur orientation fondamentale reste immuable : la défense des intérêts de leur impérialisme !
C’est dans ce contexte international que le 17 mars 2009, le président russe D. Medvedev annonçait qu’un réarmement complet des forces armées débuterait en 2011. Après avoir évoqué les défauts mis à nu au cours du conflit local ayant opposé la Géorgie (soutenue par les pays impérialistes membres de l’OTAN) à la Russie durant l’été 2008, Medvedev a souligné « que les conflits dans certaines régions du monde et l'expansion de l'OTAN ont requis de la part de la Russie une accélération de la modernisation de ses troupes, spécialement les forces nucléaires ». (Xinhua, 18/03/2009)
En 2002, selon l’Atlas of War and Peace, 106 000 chars de combat étaient opérationnels dans le monde. Les USA en possédaient 8 %, les autres membres de l’OTAN 15 %, la Russie 13 % et la Chine 8 %. Mais depuis 2002, l’armée chinoise s’est grandement renforcée. À partir de 1999, la Chine a débuté la production du char Type 99 qui n’a pas grand-chose à envier aux meilleurs modèles russes ou américains.
L’aviation de chasse chinoise a également beaucoup progressé avec la construction de chasseurs multi rôles tel le Chengdu J-10 à partir de 1998 (équivalent du F-16 américain) ou d’intercepteurs comme le Shenyang J-11 (version chinoise produite sous licence du célèbre SU-27 russe). L’impérialisme chinois travaille depuis plusieurs années sur la construction de chasseurs furtifs capables de rivaliser avec les meilleurs appareils russes et américains, à l’instar du projet Shenyang J-XX. En 2003, la Chine a commencé la production d’un hélicoptère d’attaque de conception moderne, le Wuzhuang Zhisheng-10, censé rivaliser avec l’AH-64 américain et le Tigre d’Eurocopter.
La flotte chinoise n’est pas en reste. En 2005, elle était déjà devenue la troisième du monde, derrière celle des USA et de la Russie. Elle comptait alors 424 bâtiments de combat pour un tonnage total de près de 800 000 tonnes, soit autant que celui de la Royal Navy et de la Marine Nationale japonaise prises ensemble. En 2002, le porte-avions russe Varyag, dont la construction avait été suspendue en 1993, a rejoint son nouveau propriétaire : la Chine. Tout aussi important, la marine chinoise procède à un réarmement complet depuis 1999 et chaque année a vu arriver son contingent de submersibles, de frégates et de destroyers ultramodernes.
Au printemps 2008, l’ambassadeur américain au Japon « a demandé au Japon d'augmenter son budget militaire face à la course aux armements en Asie orientale ». Visant nommément la Chine, dont il a souligné qu’elle avait « augmenté son budget de la défense de 14,2 % en moyenne par an ces dix dernières années », puis a cité l’exemple (positif selon lui) de la Corée du Sud dont le budget de la défense 2008 s’est monté à plus de 28 milliards de dollars. (AFP, 22/05/2008) Avec 49 milliards de dollars en 2008, le budget japonais de la défense est en effet sensiblement égal à celui de la Russie ou de l’Allemagne (46-50 milliards de dollars), mais inférieur à celui de la France ou du Royaume-Uni (61 milliards de dollars). Or selon Washington, il est essentiel que les dépenses militaires du Japon soient à la mesure de sa puissance économique : alors que le Japon a consacré à peine 5 % de son budget d’État à la défense, la Corée du Sud en a consacré plus de 15 % en 2008.
Il semble cependant que l’impérialisme japonais donne du fil à retordre à son allié américain. Loin d’obtempérer, les dirigeants japonais ont annoncé que le budget de la défense de leur prochain exercice fiscal (2009-2010) baisserait de 0,1 % alors que le budget de l’État japonais augmentera de 6,6 %. Pour financer son budget, le Japon prévoit d’émettre 275 milliards d’euros de bons du trésor (soit 38 % de son budget), ce qui portera le montant total des bons du Trésor en circulation à 4798 milliards d’euros à la fin du mois de mars 2010. Après avoir dit qu’il fallait « s'attendre à ce que la situation mondiale empire l'an prochain », le premier ministre japonais a ajouté « qu’en prenant des mesures radicales, nous avons l'ambition d'être les premiers à sortir du tsunami de la récession mondiale ». (AFP, 24/12/2008) Au cours d’une conférence de presse, le ministre japonais de la Politique économique et budgétaire a déclaré que « le Japon sera incapable de s'en sortir seul. Il n'y a pas de frontières en économie. Notre économie redémarrera en même temps que celles des autres pays ». (AFP, 16/02/2009) L’impérialisme japonais compte donc sur un redressement des débouchés à l’exportation pour se remettre en selle. Qui d’autre que l’impérialisme chinois pourra les lui fournir ?
En 2004, pour la première fois depuis 1945, la Chine (Hong Kong inclus) a détrôné les USA en devenant le premier partenaire commercial du Japon. Depuis 2006, les échanges commerciaux avec la Chine continentale à elle seule dépassent ceux avec les USA. Ainsi, en 2007, la Chine fournissait 20,5 % des importations japonaises et absorbait 15,3 % de ses exportations. Les USA fournissaient pour leur part 11,6 % des importations japonaises et absorbaient 20,4 % de ses exportations.
Pour l’impérialisme japonais, les besoins de l’impérialisme chinois en technologies de pointe lui offrent des débouchés bien plus prometteurs que ceux offerts par les économies en récession des autres pays impérialistes. Au printemps 2007, le ministère japonais des finances avait constaté « la délocalisation graduelle vers la Chine de sites de production d'entreprises japonaises » et concluait que « le commerce avec la Chine va continuer à grandir ». (L’Expansion, 25/04/2007) Extrêmement dépendant de ses exportations et face au contexte de crise, dans quelle mesure l’impérialisme japonais ne va-t-il pas être tenté de nouer une alliance avec l’impérialisme chinois ? Le refus d’obéir aux injonctions de l’impérialisme américain le laisse penser. Mais alors, il faudra à l’impérialisme japonais trouver un moyen de se débarrasser des 40 000 soldats américains encore stationnés sur son sol…
En Asie, l’impérialisme chinois a clairement pris l’ascendant sur l’impérialisme américain qui a vu son influence y décliner rapidement au cours de ces dix dernières années.
Ainsi, en 2007, la Chine était le premier partenaire commercial de la Corée du Sud en fournissant 17,7 % de ses importations et en absorbant 22,1 % de ses exportations. Les USA et le Japon fournissaient pour leur part respectivement 10,5 et 15,8 % des importations de la Corée du Sud et absorbaient 12,4 et 7,1 % de ses exportations.
La Chine était également le premier partenaire commercial de Taïwan en fournissant 11,2 % de ses importations et en absorbant 32,6 % de ses exportations. Le Japon et les USA fournissaient pour leur part respectivement 22,7 et 13,3 % des importations de Taïwan et absorbaient 6,4 et 12,9 % de ses exportations. Au mois de mars 2009, le premier ministre chinois a déclaré « que Pékin était prêt à créer les conditions nécessaires pour parvenir à un accord de paix avec Taïwan ». Peu après, Taïwan a demandé à Pékin, « d'abroger la loi autorisant l'usage de la force contre l'île » à la vue du réchauffement spectaculaire des relations transdétroit au cours de l’année 2008. (Chine informations, 14/03/2009) Désireux de prouver sa bonne volonté, le gouvernement taïwanais a refusé au Dalaï-lama une nouvelle visite : si en 1997 et en 2001 il était encore le bienvenu, ce n’est plus le cas aujourd’hui. (Le Quotidien du Peuple en ligne, 24/03/2009)
Les relations sino-taiwanaises suivent donc aujourd’hui un cours hongkongais. Avant sa rétrocession à la Chine en 1997, le corridor Hongkong – Shenzhen fut la porte d’entrée privilégiée des capitaux étrangers en Chine qui inaugura les zones économiques spéciales à partir de 1979. En 2007, la région administrative spéciale de Hong Kong réalisait près de la moitié de ses importations et de ses exportations avec la Chine continentale ! Aujourd’hui Hong Kong conserve une large autonomie dans un grand nombre de domaines, excepté ceux de la défense et des affaires étrangères. Hong Kong est la preuve que l’impérialisme chinois est passé maître dans l’art de réaliser « l’union de deux systèmes » au sein « d’un pays », c’est-à-dire de s’attirer l’allégeance de puissantes bourgeoisies compradore d’origine chinoise autrefois liées à des puissances impérialistes concurrentes…
Si en 2007, l’impérialisme américain était encore le premier partenaire commercial de l’Inde en fournissant 7,8 % de ses importations et en absorbant 15,0 % de ses exportations, c’était cependant seulement d’une courte tête devant la Chine qui en assurait respectivement 10,6 et 8,7 % !
Et l’influence grandissante de l’impérialisme chinois ne se limite pas à l’Asie, mais s’exerce sur tous les continents. Ainsi, en 2007, la Chine était le troisième partenaire commercial du Brésil et le premier de l’Australie, ces pays étant respectivement les 1er et 3ème producteurs mondiaux de minerai de fer.
On ne peut rien comprendre à ce qui s’est passé ces dernières années au Darfour si l’on a pas en vue la question du repartage des zones d’influence entre pays impérialistes. Au Soudan, le pétrole découvert dans les années 1970 n’a commencé à y être exploité qu’à la fin des années 1990, époque à laquelle les ambitions internationales du jeune impérialisme chinois ont nécessité la conquête de nouvelles sources d'approvisionnement en produits énergétiques et miniers. Dès cet instant, les puissances impérialistes ont commencé à se disputer l’achat des meilleures concessions pétrolières au Soudan. Comme en Angola (devenu premier fournisseur de pétrole de la Chine en 2005), l’impérialisme chinois est rapidement sorti vainqueur de cette confrontation pacifique grâce à une ‘générosité’ supérieure à celle de ses principaux concurrents (non-ingérence dans les affaires politiques internes, octroi d’aides, de prêts et construction d’infrastructures). Mais ceux-ci ne pouvaient pas s’avouer vaincus aussi facilement et cherchèrent donc à utiliser d’autres méthodes impérialistes, tout aussi éprouvées, mais moins coûteuses en capitaux et donc plus en adéquation avec leur statut de puissances impérialistes sur le déclin… La bourgeoisie compradore soudanaise étant vendue à l’impérialisme chinois, il leur fallait souffler ardemment sur le feu de conflits ‘ethniques’ en sommeil pour espérer pouvoir remplacer la bourgeoisie compradore soudanaise en place par une autre qui leur soit plus favorable. Ses concurrents, l’impérialisme américain en tête, décidèrent donc de réactiver un conflit existant au Darfour (situé dans la partie nord-ouest du Soudan) opposant les ethnies noires aux ethnies arabes : rien de plus facile, car en 1996-1998, les populations noires de l’ethnie Massalit s’étaient déjà soulevées contre les empiétements des populations arabes nomades et de leurs troupeaux repoussés par la désertification croissante. Les pays impérialistes concurrents de la Chine espéraient ainsi que le fait de raviver cette étincelle permettrait de mettre le feu à la poudrière et de généraliser la guerre civile au sud pétrolifère du Soudan dès que l’ethnie noire Zaghawas rallierait le combat de l’ethnie Massalit dans un conflit général opposant les ethnies arabes aux ethnies noires. Ensuite, il ne leur resterait plus qu’à récolter les fruits de leur victoire…
Mais pour l’impérialisme américain, tout ne se passa pas comme prévu. Fermement soutenu par la Chine, le gouvernement central soudanais laissa les milices arabes Jenjawid libres de réprimer le soulèvement Massalit. Pour les milices nomades Jenjawid, ce fut l’occasion rêvée d’exproprier les populations sédentaires Massalit et de s’approprier leurs terres… Si cela conduisit à des exodes massifs de population, à des violences et à des pillages, le qualificatif épouvantail de « génocide » employé par l’impérialisme américain — depuis l’administration Bush jusqu’à Hollywood avec G. Clooney et S. Spielberg —, pour justifier une intervention semble être disproportionné, en tout cas si l’on en croit les conclusions d’une mission onusienne emmenée par le juge italien Antonio Cassese.
Selon Amnesty International, faire-valoir moral des puissances impérialistes occidentales, la Chine et la Russie ont soutenu financièrement et matériellement le gouvernement central soudanais qui a lui-même soutenu ou au moins laissé faire les milices arabes dans ce conflit. Soit, mais il n’y aurait rien d’étonnant à ce que l’impérialisme chinois protège les dizaines de milliards de yuans d’investissement qu’il a réalisé au Soudan ! En 2006, 13 des 15 plus grosses entreprises étrangères implantées au Soudan étaient chinoises. En 2007, les exportations de pétrole fournissaient au Soudan plus de 90 % de son excédent commercial et 83 % du pétrole exporté était destiné à la Chine, représentant 8 % de ses importations de pétrole.
De l’autre côté, il est évident que les rebelles de la SLA (Armée de Libération du Soudan) ont également été largement soutenus par l’impérialisme américain qui a fait livrer des armes aux insurgés via la frontière tchadienne. Le 25 juillet 2006, Minni Minnawi (chef de la SLA) était même reçu avec les honneurs à Washington par le président américain…
Mais rien n’y fit : la Chine ne céda jamais aux pressions exercées par Washington. L’impérialisme chinois ne céda pas quand l’impérialisme américain menaça de faire passer une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU afin de prendre des mesures multilatérales contre le gouvernement central soudanais et se contenta de répondre qu’il utiliserait alors son droit de veto. L’impérialisme chinois ne céda pas non plus quand l’impérialisme américain décréta un embargo unilatéral sur la vente d’armes au gouvernement central soudanais. Il se refusa simplement à observer cet embargo et ajouta même, comme pour narguer son concurrent, que
« Les sanctions délibérées et la simple mise en place de pressions n'aideront pas à la solution du problème et ne feront que le compliquer. (...) Le problème du Darfour et les problèmes dans l'est et le sud du Soudan sont provoqués par la pauvreté et le sous-développement. Ce n'est que lorsque la pauvreté et le sous-développement seront réglés qu'il y aura la paix au Soudan. (...) La coopération entre la Chine et le Soudan sert au développement de l'économie soudanaise et aidera fondamentalement le Soudan à régler les conflits et les guerres au Soudan. » (AP, 31/05/2007)
Voici un discours auquel sont coutumières les puissances impérialistes pour justifier leur mainmise sur leurs zones d’influences exclusives : « nous aidons les pays que nous exploitons à progresser »... Mais les peuples font depuis plus d’un siècle l’expérience du genre de développement que peut apporter la domination des pays impérialistes sur les pays dépendants ! Et que dire des résultats de ce développement capitaliste semi-colonial quand plusieurs communautés sont regroupées au sein d’un même État ! Parler du développement du Soudan en général, c’est nier l’existence de fortes contradiction internes induites par des tendances séparatistes à la périphérie et par le ressentiment des populations noires africaines à l’égard d’anciens négriers et de grands propriétaires fonciers arabes. C’est également nier le fait que le pouvoir économique et politique soit entre les mains d’une bourgeoisie compradore recrutée au sein de la communauté arabe soudanaise. Ce sont ces contradictions que les impérialistes instrumentalisent afin de servir leurs intérêts.
Dans ce conflit inter-impérialistes ‘larvé’ où deux puissances impérialistes se sont opposées par ethnies interposées, ce sont évidemment les masses populaires soudanaises qui ont payé le prix fort et fait les frais de la guerre que se livrent deux bourgeoisies impérialistes concurrentes pour savoir laquelle parviendra à placer ses pions bourgeois-compradore et donc à laquelle profitera le pillage des richesses du Soudan…
Malgré les pressions internationales répétées des USA et de ses alliés pour dénoncer la complicité chinoise dans l’exode et le « génocide » des populations noires africaines du Darfour, l’impérialisme chinois n’a jamais renoncé à soutenir le gouvernement central soudanais et semblait en 2008 en position de force pour gagner ce bras de fer. Récemment, les dirigeants de la Ligue Arabe ont fermement condamné le mandat d’arrêt lancé par la Cour Pénale Internationale à l’encontre du président soudanais. (Reuters, 30/03/2009) L’impérialisme chinois bénéficie donc d’importants soutiens. Au final, ce qu’il faut retenir, c’est qu’au Darfour l’impérialisme américain et ses alliés (tels des pompiers pyromanes qui auraient arrosé d’essence une flamme et qui viendraient ensuite se poser en sauveurs au moment d’éteindre l’incendie) n’ont pas été moins coupables que l’impérialisme chinois des violences commises depuis l’ouverture des hostilités par le SLA en février 2003.
Le développement du capitalisme excite les rivalités entre nations et entre les communautés d’origines différentes sur un même territoire. La tâche des communistes est de ne pas permettre à la bourgeoisie de donner des formes de ’guerres de races’, de ‘nations’ ou de ‘civilisations’ à des conflits qui devaient être des guerres de classes opposant la minorité d’exploiteurs aux masses exploitées. Les marxistes-léninistes ne doivent en aucun cas permettre à la bourgeoisie de faire s’entretuer les masses exploitées au nom des intérêts de telle ou telle clique bourgeoise.
Dans notre étude Impérialisme et anti-impérialisme, nous avions montré comment à partir de 1973, les pays impérialistes occidentaux avaient adopté la nouvelle division internationale du travail introduite par le social-impérialisme soviétique en convertissant les pays coloniaux et semi-coloniaux en véritables pays-ateliers destinés à fournir les métropoles impérialistes en biens de consommation. Comme nous l’avions mis en évidence, ce type d’extorsion de la plus-value ne pouvait perdurer que si les pays ateliers restaient des pays bourgeois-compradore. Hélas pour les impérialistes qui se sont trompés dans leurs prévisions, la bourgeoisie chinoise est parvenue à rompre cette division internationale du travail et à concurrencer dans un nombre croissant de domaines ses anciens partenaires impérialistes. Nous en concluions que l’essor de l’impérialisme chinois entraînerait inévitablement la liquidation des dernières industries présentes dans les métropoles impérialistes, avec à la clef un regain des rivalités inter-impérialistes. Pendant plus de trois décennies, la bourgeoisie de nombreux pays impérialistes a davantage profité de l’exploitation des travailleurs chinois qu’elle n’en a souffert. Ce n’est qu’au cours des premières années du 21ème siècle, alors que le rôle économique prépondérant et les ambitions impérialistes de la Chine s’affirmaient de manière évidente, que certains analystes bourgeois ont commencé à comprendre le danger que représentait pour eux ce nouveau concurrent.
Le 17 mars 2008 s’est tenu à Paris un colloque de la Fondation Res Publica intitulé « L'Allemagne, entre Europe et mondialisation ». Il avait pour participants Edouard Husson (Maître de conférences à l’Université de Paris IV), Claude Le Gal (Secrétaire général du Club économique franco-allemand), François David (Président de la Coface, société experte en analyse de risque), Tobias Seidel (Chercheur à l’Institut de recherche économique (IFO) de Munich et assistant de l’économiste Hans-Werner Sinn, le président de l’IFO), Hervé Joly (Chargé de recherches au CNRS), Jean-Pierre Chevènement (président de la Fondation Res Publica) et M. Claude Martin (ancien Ambassadeur de France en Allemagne). Il n’est pas inutile de préciser que l’opinion de l’IFO a une grande importance dans les milieux impérialistes allemands, cet institut publiant chaque mois un bulletin très influent faisant le point sur le climat de l’industrie et des affaires.
Dans son intervention « Le commerce extérieur allemand : l’Allemagne au sommet de l’Europe ? », Edouard Husson a insisté sur plusieurs points clefs étudiés par Hans-Werner Sinn dans son ouvrage controversé intitulé L’économie de Bazar – L’Allemagne championne du monde des exportations ou lanterne rouge ? (Munich, 2005)
Ce titre peut surprendre au premier abord, l’Allemagne étant depuis plusieurs années le premier exportateur mondial, bien que son excédent commercial ne soit plus le premier depuis 2008… Mais en fait, la valeur des exportations allemandes, contrairement à celle des exportations chinoises, ne reflète pas la puissance industrielle réelle des usines implantées en Allemagne. En effet, comme le montre Hans-Werner Sinn :
* La part de la valeur crée par les entreprises en Allemagne dans les produits ‘Made in Germany’ n’a cessé de baisser durant la période 1970-2002, même dans des industries de pointe (électronique, machines-outils, automobile, chimie, métallurgie). Entre 1995 et 2005, la croissance de la production industrielle allemande revient pour 50 % à des entreprises situées à l’étranger. Selon l’économiste, les emplois industriels subsistant en Allemagne « concernent essentiellement la finition des produits, le montage de pièces fabriquées partout ailleurs dans le monde ». Si certaines industries de pointe sont encore relativement épargnées par « l’internationalisation des chaînes de production et les délocalisations d’emplois », c’est uniquement « parce qu’il s’agit de secteurs où l’avance allemande reste plus forte par rapport aux concurrents ». Ainsi, Hans-Werner Sinn donne l’exemple de la Porsche Cayenne dont 88 % des pièces arrivent de Bratislava en Slovaquie pour être assemblées dans l’usine de Leipzig en Allemagne avant d’être ensuite exportées dans le monde entier sous l’étiquette ‘Made in Germany’.
* Les importants excédents commerciaux allemands des dernières années sont donc issus de « la réexportation de produits montés en Allemagne à partir de composantes fabriquées ailleurs ». Selon Sinn, l’Allemagne devient ainsi de plus en plus le « magasin industriel », le « bazar », la « quincaillerie » du monde. « C’est chez elle que l’on continue, et que l’on continuera encore quelques années à venir, à s’approvisionner en produits industriels de bonne qualité. Mais il ne faut pas se dissimuler, dit-il, que si la part de production réellement effectuée en Allemagne ne cesse de diminuer, c’en est fini, à terme, du « Made in Germany ». »
* Face à la délocalisation industrielle croissante (en 2004, un ouvrier allemand coûtait 27,6 euros de l’heure, contre 4,5 pour un Tchèque, 1,5 pour un bulgare et 1,1 pour un chinois), Hans-Werner Sinn préconise de « rendre la main d’œuvre allemande à nouveau concurrentielle ». Mais, s’inquiète Edward Husson, « jusqu’où peut-on aller ? » En effet, il semble « impossible, comme le souligne Sinn lui-même, que l’écart salarial entre l’Allemagne et la Bulgarie, ou la Chine, se réduise en moins de deux générations ».
* Pour ces économistes, le fait que « les organisations patronales allemandes misent sur la conquête de nouveaux marchés à l’exportation : Europe de l’Est, Chine, Inde, Amérique latine, Asie centrale, Moyen-Orient », est « un mauvais calcul », « sauf en ce qui concerne l’Europe de l’Est ». En effet, pour eux, il est évident que « la Chine ou l’Inde sont des marchés problématiques » car « un jour, les transferts de technologie leur permettront de se passer d’importer leurs machines-outils ou leurs voitures d’Allemagne ». Si, comme nous l’avons vu précédemment, cette menace est encore lointaine pour l’Inde bourgeoise-compradore, elle est aujourd'hui imminente en ce qui concerne l’impérialisme chinois. Pour les défenseurs intelligents des intérêts de l’impérialisme allemand, il apparaît aujourd’hui évident que « relancer la croissance européenne rapportera plus économiquement que jouer la carte de la mondialisation ». En clair : mieux vaut chercher à renforcer l’exploitation des pays ateliers bourgeois-compradore d’Europe de l’Est que de parier « sur le marché chinois » « au risque de contribuer à créer un concurrent mortel pour l’Allemagne elle-même et pour l’Europe ».
* Pour ces partisans enragés des pays impérialistes d’Europe en déclin, la solution réside donc aujourd’hui dans « le retour au principe d’une ‘préférence communautaire’ qu’on appellera plutôt ‘priorité européenne’ » : « Il est temps de revenir à la priorité européenne qui a fait la croissance de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale ». Que les impérialistes paniqués appellent comme ils le veulent leur solution, elle n’est rien d’autre dans son essence qu’un retour au protectionnisme et au chauvinisme ! Mais une question essentielle demeure : eux qui reprochent à « la Chine post-communiste » dont l’État « reste largement totalitaire » d’exercer « une concurrence déloyale », comment vont-ils faire pour mettre en pratique leur ‘préférence communautaire’ sans déclencher de nouvelles guerres ou sans devoir mater par la force la résistance qu’opposeront les travailleurs auxquels on demandera d’être aussi bon marché qu’en Chine ? Les bourgeoisies impérialistes qui pendant des décennies ont soutenu des régimes fascistes dans leurs zones d’influence pour y mater la contestation, viennent aujourd’hui faire la fine bouche devant un concurrent qui « met à la disposition des entreprises transnationales une main d’œuvre qui est dans l’incapacité d’exiger quelque justice sociale que ce soit et qui en fait travaille dans des conditions de véritable servage ». La vérité est que ce ‘servage’ (allons, nous ne sommes plus au Tibet du temps du Dalaï-Lama, messieurs les impérialistes : il ne s’agit que d’exploitation salariée !) ne les a pas dérangés au moment même où l’exploitation des travailleurs chinois était la plus brutale. Et aujourd’hui qu’émerge une classe moyenne chinoise profitant de l’essor de l’impérialisme chinois, aujourd’hui que l’État chinois prend des formes qui ressemblent de plus en plus à celles de nos ‘démocraties’ bourgeoises, les démocrates bourgeois de nos pays dénoncent « l’inhumanité » de leur ancien allié devenu leur plus dangereux concurrent !
C’est dans ce contexte qu’il faut placer la nouvelle orientation stratégique à laquelle réfléchissent les pays impérialistes en déclin : l’écologie comme prétexte au protectionnisme, car tous se trouvent à des degrés divers dans une situation comparable à celle de l’impérialisme allemand…
« Quittons aujourd’hui le cadre habituel de l’analyse de cette crise économique, pour aborder un questionnement radical : Et si la crise de 2008 représentait quelque chose de beaucoup plus fondamental qu’une grave récession ? Et si elle nous annonçait que l’ensemble du modèle de croissance que nous avons créé au cours des 50 dernières années n’est tout simplement pas viable économiquement et écologiquement, et que l’année 2008 est celle où nous avons heurté un mur — celle où Mère Nature et le marché nous on dit tous deux : « assez ». Nous avons créé un système de croissance qui dépend de la construction de toujours plus de magasins qui vendent de plus en plus de produits fabriqués par de plus en plus d’usines en Chine, alimentées en électricité par de plus en plus de charbon, qui cause de plus en plus de changements climatiques, mais permettent à la Chine de gagner de plus en plus d’argent pour acheter de plus en plus de bons du Trésor US qui permettent aux américains de disposer de plus en plus de fonds pour construire de plus en plus de magasins qui vendent de plus en plus de produits qui dont la fabrication emploie de plus en plus de Chinois... Nous ne pouvons plus faire cela. » (L’année du « grand bouleversement », Thomas Friedman, New York Times, 07/03/2009.)
De ce raisonnement un peu simpliste — d’où émerge cependant une part de vérité puisque son auteur reconnaît (indirectement) le caractère parasite d’une division internationale du travail basée sur l’exploitation des pays dépendants ateliers par des pays impérialistes détenant un monopole sur les moyens de production — on peut conclure de la nouvelle orientation préconisée par ce journaliste : comme l’économie ne permet plus aux USA de continuer à financer son déficit en émettant des bons du trésor dont la masse a atteint un seuil critique, l’État américain n’étant pour ainsi dire plus en mesure de payer des intérêts aux bons déjà émis, l’impérialisme américain doit jouer sur le crédo de la ‘protection de l’environnement’ pour lutter contre la concurrence chinoise en tentant de la distancer sur le terrain du développement ‘écologique’ et ‘durable’. En somme, cessons d’acheter chinois et construisons chez nous, aux USA (ou dans nos pays-ateliers ; comme le Mexique), des usines possédant un label ‘écologique’ ! Voilà un argument élégant pour justifier le protectionnisme et boycotter les produits chinois sans perdre la face !
Mais ce que ce défenseur zélé de son propre impérialisme ‘oublie’ de préciser, c’est que l’impérialisme américain, à l’instar de n’importe quel pays bourgeois, est resté longtemps autiste vis-à-vis de toute préoccupation d’ordre écologique dès lors qu’elles entraient en conflit avec l’extorsion du profit maximal. Et maintenant que l’impérialisme américain est au bord du dépôt de bilan, il devient sensible à l’appel de détresse lancé par « mère nature » !
L’impérialisme chinois n’est évidemment pas dupe, comme en témoignent les propos tenus à Washington le 19 mars par Xie Zhenhua, chef du Comité de coordination du changement climatique en Chine :
« Je m'oppose à l'utilisation du changement climatique comme une excuse pour pratiquer le protectionnisme commercial ». (La proposition concernant l'augmentation des tarifs sur les émissions de carbone, une excuse pour soutenir le protectionnisme, Le Quotidien du Peuple en ligne, 20/03/2009)
Mais, même l’argument écologique ne sauvera pas les impérialistes au bord de la faillite, l’impérialisme chinois empiétant également de manière croissante sur ces plattes bandes en se targuant de faire lui aussi la promotion du développement écologique et durable ! Ainsi, au salon de l’automobile de Genève tenu en mars 2008, le constructeur chinois BYD avait défrayé la chronique en présentant sa voiture électrique F3 DM, la toute première voiture hybride rechargeable de série et déclarait avoir pour ambition de rivaliser avec les modèles à motorisation hybride développés par Toyota et General Motors. Loin d’être au stade de prototype, cette voiture est commercialisée en Chine depuis décembre 2008 à un prix d’environ 16 000 euros. Alors que l’impérialisme chinois produit déjà des deux roues à motorisation hybride, des modèles semblables ne seront pas produits en Europe avant cette année…
L’utilisation de l’argument écologique ne se retournera-t-elle donc pas elle-même contre les concurrents impérialistes de la Chine ? En effet l’impérialisme chinois a déclaré au cours du récent sommet de Bonn sur le changement climatique que le premier mécanisme à mettre en place pour affronter les défis climatiques consistait en ce que « les pays développés doivent enlever toutes les barrières pour favoriser le transfert des nouvelles technologies aux pays en développement »… (Xinhua, 31/03/2009) Ce n’est évidemment pas sous cet angle que les pays impérialistes concurrents conçoivent la ‘protection de l’environnement’, mais il est certain que si leur souci premier était environnemental, c’est effectivement ce qu’ils devraient être prêts à faire !
Dans les discours que les politiciens et les économistes bourgeois tiennent sur la crise, les envolées volontaristes occupent une place de choix. À n'en pas douter, cela constitue de leur part un aveu d’impuissance : c’est le signe qu’ils sont tels un capitaine qui ne verrait pas comment faire pour éviter le naufrage à son navire !
Selon le président de la BCE, le système mondial de l’impérialisme sortira ainsi de la crise si « les autorités, nos concitoyens, les entreprises savent retrouver la confiance ». (Xinhua, 19/03/2009)
De même, à la veille du sommet du G20 de Londres, le premier ministre britannique estimait que la tâche de ce sommet était de « donner la confiance et l'espoir à l'économie mondiale et aux peuples du monde ». (Xinhua, 31/03/2009)
Les pays impérialistes en déclin auront cependant besoin de bien plus qu’un hypothétique retour à la situation antérieure pour surmonter la crise ! En effet, c’est le niveau antérieur d’endettement global des États impérialistes en déclin et la diminution de leur puissance économique relative qui est à l’origine de la crise de surendettement qui a enclenché la spirale récessionniste actuelle.
Même quand les économistes reconnaissent à la hausse du chômage un impact sur la consommation des ménages, ce n’est nullement parce que les travailleurs jetés au chômage gagnent moins et sont donc contraints de dépenser moins, mais uniquement parce que la hausse du taux de chômage entraîne « la chute du moral des ménages ». Ainsi, en France, confrontés à une baisse de 16,9 % des crédits à la consommation sur un an en février 2009, les analystes bourgeois estiment que « le plus important est le retour à la confiance, car ce n'est qu'à travers elle que les ménages se remettront à emprunter ». (Reuters, 24/03/2009). Ce que ces ‘experts’ se gardent de souligner, c’est que la précarisation croissante de l’emploi ne pousse pas vraiment ceux qui ont encore un emploi à contracter des crédits, mais plutôt à essayer de mettre un peu de côté en vue des mauvais jours !
Mais ce volontarisme mêlé d’aveuglement n’est pas l’exclusivité des capitaines des pays impérialistes en déclin. Leurs alliés réformistes petit-bourgeois savent aussi en jouer.
Selon le classement publié par Forbes sous le titre ‘Les milliardaires démolis’, l’année 2008 a vu diminuer le nombre de milliardaires aussi bien que leur fortune : alors qu’il y avait 1125 milliardaires dans le monde en 2007, ils n’étaient plus que 793 à la fin de l’année 2008. En outre, leur fortune avait fondu depuis mars 2008, passant de 4400 à 2400 milliards de dollars. Ainsi, la fortune cumulée des trois premiers milliardaires est passée de 180 à 112 milliards de dollars. Particulièrement dépendants des revenus des exportations pétrolières et gazières, les milliardaires russes ont vu leur nombre s’effondrer de 87 à 32 et leur fortune fondre de 369 milliards de dollars. (AFP, 12/03/2009)Qui a dit que les patrons, même les plus riches, ne connaissaient pas la crise ? Les réformistes bien sûr ! Car si les patrons cessent de s’enrichir toujours plus, comment vont-ils bien pouvoir justifier leurs revendications de hausses de salaires ou même de maintien du statu quo ?
Si en 2008 les entreprises du CAC 40 ont reversé 5 % de leurs profits de l’année précédente aux salariés sous forme d’intéressement et de participation, cela représente bien peu au regard des 42 % versés aux actionnaires sous forme de dividendes… (Le Monde, 12/03/2009) Voilà qui illustre mieux que tout ce que la bourgeoisie entend par « partage équitable » des bénéfices. Pour elle, ce slogan est une carotte qu’elle agite pour amadouer les réformistes et faire de la lutte syndicale une lutte bornée à l’obtention des miettes jetées en pâture par la bourgeoisie. Mais aujourd’hui, alors que les profits s’effondrent, la bourgeoisie n’a plus de miettes à jeter à ses esclaves, et les réformistes dépités voient leurs rêves s’effondrer ! Pour autant, les larges masses exploitées continuent de suivre les slogans que les réformistes mécontents continuent de colporter, comme l’ont prouvé les journées de protestation du 29 janvier et du 19 mars 2009.
Alors qu’au cours de ces journées, certains réformistes de la métropole
(depuis les syndicats au NPA) ont prétendu vouloir imiter l’exemple
fourni par la Guadeloupe pour forcer le gouvernement Sarkozy à prendre
en compte l’appel de la rue autrement que sur le ton du ‘cause
toujours’, il est bon de rappeler quelques caractéristiques du
mouvement guadeloupéen de grève générale :
* Loin d’être limité à des revendications d’ordre économique, le mouvement de grève a englobé des revendications plus générales touchant à la libération nationale de la Guadeloupe du joug de l’impérialisme français qui en a fait un appendice agricole de la métropole : productrice de fruits exotiques destinés à l’exportation, la Guadeloupe ne possède même pas une agriculture vivrière capable de subvenir aux besoins locaux ! Avec les autres DOM-Tom, la Guadeloupe possède un triste record : celui du taux de chômage le plus élevé de l’UE. En Guadeloupe, celui-ci se montait à 26 % en 2005 ! (Pour en savoir plus sur le mouvement patriotique dans les DOM-TOM en général et en Guadeloupe en particulier, voir l’édition numérique du journal La voie du socialisme.)
* La grève générale menée durant un mois par les travailleurs guadeloupéens n’aurait pas été possible sans le soutien actif de la paysannerie travailleuse qui les a ravitaillés en nourriture.
* À la fin du mois de mars, l’accord salarial obtenu un mois auparavant restait en fait cantonné à une minorité d’entreprises, le Medef et la FNSEA (syndicat des gros propriétaires terriens) continuant à refuser de signer l’accord sous le prétexte de ne pouvoir cautionner « un accord qui laisse entendre que l'économie guadeloupéenne est encore une économie d'esclavage ». (Reuters, 29/03/2009) Malgré plus d’un mois de mobilisation, la bourgeoisie est donc loin de s’avouer vaincue !
Ceci montre le grand danger que représentent les illusions petite-bourgeoises persistantes face à l’offensive économique, sociale et politique du Capital financier. Au sein des métropoles impérialistes en déclin, beaucoup continuent encore d’avoir foi dans les vertus de la démocratie parlementaire bourgeoise alors même que ses piliers matériels — constitués par les profits provenant de l’exploitation des pays dépendants — s’effondrent !
En effet, comme le faisait si justement remarquer Staline il y a près d’un siècle, l’évolution de la conscience des hommes retarde sur l’évolution des conditions de leur existence. C’est dans ce sens que Lénine disait que la révolution ne devient possible que quand la classe exploiteuse « ne peut plus vivre comme avant » et que les classes exploitées « ne veulent plus vivre comme avant ». Ainsi, tant que les masses exploitées gardent l’espoir de pouvoir à nouveau vivre comme avant sans avoir à briser le cadre des rapports de production bourgeois, les conditions révolutionnaires subjectives ne sont pas réunies, alors même que les conditions objectives peuvent l’être.
C’est seulement en maniant l’arme de la science matérialiste-dialectique qu’un Parti communiste marxiste-léniniste, peut, en tant que détachement d’avant-garde du prolétariat, réduire le décalage entre la conscience et l’existence sociale des larges masses exploitées afin de les amener à prendre conscience de leur condition et de leurs intérêts de classe.
Tel est le titre d’un article paru dans l’édition du 27 février 2009 du journal Le Monde :
« La crise économique et financière va-t-elle dégénérer en violentes explosions sociales ? En Europe, aux États-Unis ou au Japon, la guerre civile est-elle pour demain ? C'est le pronostic quelque peu affolant que dressent les experts du LEAP/Europe 2020, un groupe de réflexion européen, dans leur dernier bulletin daté de mi-février. »
Dans cet article, l’auteur précise que selon les analystes du LEAP/Europe 2020 (Laboratoire Européen d’Anticipation Politique), la crise économique va entrer d’ici le « quatrième trimestre 2009 » dans une phase de « dislocation géopolitique mondiale » caractérisée par un « sauve-qui-peut généralisé », « des logiques d'affrontements » et des « pénuries possibles d'énergie, de nourriture, d'eau, dans les régions dépendantes de l'extérieur pour leur approvisionnement ». Et d’ajouter aussitôt que
« Cette perspective apocalyptique pourrait faire sourire si ce groupe de réflexion n'avait, dès février 2006, prédit avec une exactitude troublante le déclenchement et l'enchaînement de la crise. Il y a trois ans, l'association décrivait ainsi la venue d'une "crise systémique mondiale", initiée par une infection financière globale liée au surendettement américain, suivie de l'effondrement boursier, en particulier en Asie et aux États-Unis (de - 50 % à - 20 % en un an), puis de l'éclatement de l'ensemble des bulles immobilières mondiales au Royaume-Uni, en Espagne, en France et dans les pays émergents. Tout cela provoquant une récession en Europe et une "très Grande Dépression" aux États-Unis. »
Cependant, malgré une clairvoyance certaine sur les causes superficielles et les conséquences de la crise actuelle, ces analystes ne parviennent pas à comprendre ni ses fondements matériels prenant leur source dans des modifications profondes de la division internationale du travail, ni le fait qu’il n'existe pas d’issue permettant aux pays impérialistes en déclin en général et à l’impérialisme américain en particulier, d’éviter la faillite. Face à leur déclin inéluctable, ceux-ci n’ont pour seule alternative à la guerre que de se placer sous une dépendance économique et financière chinoise complète, ce que recommandent en fait les analystes du LEAP/Europe 2020 : « sans la création d’une nouvelle monnaie de référence » — que demandent ardemment les impérialismes russe et chinois —, « le système monétaire international actuel ne passera pas l’été ». (Lettre ouverte au Sommet du G20 de Londres : la dernière chance avant la dislocation géopolitique mondiale, 24/03/2009.)
Dans les communiqués public des nos 28 et 29 de leur Global Europe Anticipation Bulletin (GEAB) datés du 15 octobre et du 16 novembre 2008, ces analystes estimaient que « sans de telles prises de conscience par les dirigeants mondiaux au cours des trois mois à venir et leur traduction en actes dans les six mois à venir » « la dette des États-Unis « implosera » à l'été 2009 sous forme de cessation de paiement du pays ou de dévaluation massive du Dollar » avec à la clef le risque que « l’implosion en cours de la puissance dominante » ne conduise « la planète dans une catastrophe » : en effet, « à l'exception de l'URSS de Gorbatchev, les empires ont tendance à tenter vainement d'inverser le cours de l'Histoire quand ils sentent leur puissance s'effondrer ».
Alors que les dirigeants impérialistes présents au G20 de Londres ont qualifié les réalisations de ce sommet ‘de succès historique’, il n’a été en fait qu’une somme de compromis ne modifiant pas fondamentalement la situation présente : l’impérialisme chinois a obtenu pour sa part une déclaration finale de principe condamnant le protectionnisme commercial, également souhaitée par les premiers ministres russe et turc la veille du sommet, tandis que les autres pays impérialistes se sont réjoui de voir accorder au FMI une enveloppe de 1100 milliards de dollars destinée officiellement à venir en aide aux pays dits émergents. En fait, selon Le Monde, cette enveloppe est destinée aux pays « émergents ou déjà émergés, qui se trouvent confrontés à des difficultés de financement », à l’exemple des « pays d'Europe de l'Est ». (Le Monde.fr, 03/04/2009) La veille du sommet, le gouvernement bourgeois-compradore mexicain demandait au FMI une enveloppe de 47 milliards de dollars ! Leurs périphéries en crise… les centres impérialistes concurrents de la Chine se trouvent ainsi au bord du gouffre ! Que les périphéries s’effondrent et les centres suivent, voilà pourquoi l’enveloppe adjugée au FMI pour soutenir les périphéries est jugée aussi essentielle !
L’impérialisme chinois a donc accepté que ses concurrents impérialistes viennent au secours de l’économie de leurs zones d’influence privilégiée et y soutiennent les investissements déjà réalisés. Peu lui importe, car il sait bien que ces quelques centaines de milliards de dollars saupoudrés seront bien insuffisantes pour renverser la tendance à la suprématie industrielle chinoise : alors que les pays impérialistes en déclin tentent de sauver banques et industries existantes de la faillite, l’impérialisme chinois, lui, continue de développer ses investissements dans des domaines toujours plus diversifiés. Ainsi, le Synchrotron de Shanghai dont la construction a débuté en décembre 2004 et qui aura coûté 175 millions de dollars entrera en service à la fin du mois d’avril 2009. Cet accélérateur de particules de troisième génération à d’ores et déjà reçu des demandes d’utilisation provenant de dizaines d’instituts de recherche et d’universités chinoises. Ce n’est qu’en 2005 que l’impérialisme français est parvenu à se doter de cet équipement jugé « essentiel pour maintenir la compétitivité de la recherche française » par le ministre français de la Recherche de l’époque.
Si l’impérialisme chinois peut à juste titre qualifier le sommet du G20 de « réussite » (Xinhua, 02/04/2009), bien qu’il n’ait pas obtenu la remise en cause du rôle étalon de la monnaie américaine, c’est parce qu’il a pu constater qu’au sein de ce panier de crabes, chacun cherchait à tirer à soi la couverture... Loin de trouver ses concurrents unis contre lui, l’impérialisme chinois les a trouvés divisés entre eux. Ainsi, au lendemain même du sommet, la belle unité affichée pour les photos volait en éclat : le ministre russe des finances annonçait en effet que la Russie ne faisait pas encore partie du plan de 1100 milliards de dollars : « nous n'avons pris aucun engagement ». Les puissances impérialistes en déclin ayant décidé à travers ce fonds du FMI de venir au secours des économies les plus fragilisées de leurs zones d’influence, à l’heure où les recettes provenant des exportations pétrolières s’effondrent, l’impérialisme russe ne voit pas pourquoi il financerait un fonds destiné à la concurrence au lieu de continuer à financer le sien ! La Russie contribue en effet à hauteur de 75 % aux 10 milliards de dollars du fonds anti-crise de la Communauté économique eurasiatique (EurAsEC) mis en place en février 2009. L’EurAsEC, où la Russie dit jouer « le rôle d'un grand frère » (Xinhua, 03/04/2009), a été créé en 2001 et comprend également la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan.
Si le pavé lancé dans la marre par l’impérialisme chinois n’a pas donné de résultat concret, il a sans aucun doute provoqué un choc psychologique chez ses concurrents dont certains ont admis trouver l’idée « intéressante »... Mais l’État américain n’étant pas encore en cessation de paiement, ils estiment certainement qu’il n’y a pas encore d’urgence. L’impérialisme chinois n’a ainsi plus qu’à attendre que la crise continue de mûrir pour les voir venir implorer son aide… En attendant, rien ne l’empêche d’expérimenter ce que sera le prochain système monétaire mondial arrimé au yuan : ainsi, au cours du premier trimestre 2009, la Chine a multiplié les accords bilatéraux d’échange de devises (swap). A la fin mars, les accords signés avec la Corée du Sud, Hong Kong, la Malaisie, la Biélorussie, l'Indonésie et l'Argentine se montaient déjà à 650 milliards de yuans, soit environ 96 milliards de dollars américains !
Les principaux pays impérialistes concurrents de l’impérialisme chinois sont donc aujourd’hui au bord de la banqueroute dans une situation qui n’est pas sans rappeler celle du social-impérialisme soviétique à la fin des années 1980.
Mais à la différence de la Russie post social-impérialiste ayant hérité
d’un complexe militaro-industriel de pointe et de gigantesques
ressources minières et énergétiques qui lui avait permis de ‘limiter la
casse’ (son PIB avait ‘seulement’ été divisé par deux…), puis de
profiter d’une conjoncture internationale favorable alors que la
croissance rapide de l’impérialisme chinois faisait s’envoler le prix
des ressources minières et énergétiques, rares sont les pays
impérialistes en déclin à disposer de tous ces atouts leur permettant
d’espérer demeurer sur le long terme des puissances impérialistes au
moins sur le plan régional. Seul l’impérialisme américain dispose de
tels atouts. À l’inverse, une fois leurs dernières industries de haute
technologie liquidées, les ex-puissances impérialistes comme le Japon,
l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne, etc.
n’auront guère plus que la force de travail de leur prolétariat à
proposer à l’impérialisme chinois et pour seul espoir de développement
le fait de se transformer en appendice productif de l’industrie
chinoise… Mais ces pays entreront alors en concurrence avec la grande
masse des pays dépendants ateliers des continents américains,
européens, asiatiques et africains !
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