«Nouvelles d'U.R.S.S.», No 99, septembre-octobre 2009
L’article suivant est traduit du journal russe « Serp i Molot» no 7-8, juillet-août 2009, par Jacques Lejeune

LA CRISE ET LES LUTTES SOCIALES S'ACCENTUENT

La crise économique qui a profondément frappé notre pays s'approfondit encore chaque jour un peu plus, donnant naissance à des foyers d'une lutte sociale aigu~. Dans de nombreuses régions, la situation devient catastrophique pour les entreprises formant ville.

Selon les informations fournies par la statistique de Russie, le volume réel du produit intérieur brut (P.I.B.) de la Russie s'est trouvé réduit de 9,8 p. 100 au 1er janvier 2009 par rapport à la même période de l'année précédente et de 13,5 p. 100 par' rapport au IVe trimestre de 2008.

C'est la production industrielle qui a été le plus frappée par les coups de la crise économique. Selon les informations de la Statistique de Russie, la production industrielle de la Russie s'est trouvée l'éduite de 14,9 p. 100 au rel trimestre de 2009 par rapport à la même période ·-.1e l'année précédente; cela étant, ce sont les industries de transformation qui ont souffert le plus avec 22 p. 100, permis lesquelles les constructions mécaniques et l'outillage avec 34,3 p. 100, la métallurgie avec 27,4 p. 100; la production d'automobiles de touI'isme s'est trouvée quant à elle réduite de 60,1 p. 100. Le bâtiment s'est trouvé réduit de plus de moitié en janvier-avril 2009.

Par suite de l'arrêt de la production, des centaines de milliers d'ouvriers ont été jetés à la rue. Depuis le début d'octobre, le nombre de licenciés a officiellement atteint en tout 38L.200 personnes, plus encore 1248700 en chômage technique ou ne travaillant qu'à temps partiel.

Le chômage a augmenté de 71,1 p. 100 en avril 2009 par rapport à cette même période de l'année précédente, mais il était déjà passé de 5,8 p. 100 en octobre 2008 à 10 p. 100 en mai 2009 par rapport ~ la population économiquement active.

La fermeture des entreprises et les licenciements massifs d'ouvriers rejaillissent en révoltes sociales. La direction des sociétés capitalistes et le pouvoir ne prennent aucune mesure, se rejetant la responsabilité les uns sur les autres. Les gens restent sans aucun espoir d'aucune sorte d'amélioration de leur situation. Le capitalisme, qui a transformé les gens en marchandise, ignore ce que sont les besoins et les souffrances des gens.

Pikalyovo, ville d'environ 20000 habitants de l'oblaste de Léningrad, s'est transformé en une véritable zone de détresse sociale. Dans les conditions de la crise, les trois entreprises formant ville ont été fermées: l'Usine d'alumine de Pikalyovo, les Ciments de Pikalyovo et «Métakhim». Par suite, la moitié de la population apte au travail de cette ville de' 20000 habitants reste sans travail et sans moyens d'existence.

L'arrêt du travail de la centrale force-chaleur (C.F.-C.) de la ville, par suite de quoi toute la ville est privée d'eau chaude et d'électricité, a fait déborder le vase de la patience des gens. Le 20 mai, les habitants de Pikalyovo, âpres avoir littéralement enfoncé la porte, ont fait irruprion dans les locaux de l'Administration municipale où se tenait à ce moment une réunion de la Direction à propos de l'arrête du travail de la C.F.-C. de la ville. La revendication des travailleurs était la suivante: remise en marche des entreprises arrêtées et reprise de la distribution d'eau chaude. Les travailleurs désesérés exigent un travail et un salaire. Le 2 juin, environ 300 anciens travailleurs ayant perdu tout espoir d'être un jour entendus par les autorités ont bloqué l'autoroute fédérale Saint-Pétersbourg Vologda pendant plusieurs heures.

Les évènements de Pikalyovo ne sont que l'un des épisodes de la situation catastrophique qui s'est installée dans de nombreuses régions et dans les plus grosses entreprises du pays. Ainsi, une situation extrêmement pénible s'est installée à Baïkalsk, ville de 15000 habitants, où, en septembre déjà de l'année passée, le travail a cessé au Combinat de pâte à papier de Baïkalsk (sigle russe: BTsBK) qui est une entreprise formant ville. Le 2 juin, les employés du BTsBK se sont mis en grève avec comme revendication le paiement des salaires et des allocations de chômage, Les syndicats ont annoncé la tenue d'un meeting de masse près de l'autoroute fédérale M-53 et de la ligne de chemin de fer transsibérienne.

Une situation sans précédent s'est installée à la cité primorienne de Svétlogoryé. La majorité de la population apte au travail de la cité de Svétlogoryé est composée de travailleurs du combinat minier «Tungstène russe» formant ville, lequel ne produit plus rien depuis déjà près d'un an. L'entreprise s'est arrêtée en septembre de l'année passée. Les gens survivent sans argent et presque sans manger. Les magasins ne donnent plus de produits à crédit aux gens. Les électriciens menacent de couper le courant dans les logements à cause des dettes qui s'accumulent. Les syndicats du primoryé ont organisé une collecte d'argent pour les travailleurs de «Tungstène russe». En réponse aux actions de protestation des travailleurs, on les menace des OMON.

Les réserves de patience se tarissent également chez les ouvriers de l'Usine de wagons de l'Oural (sigle russe: UVZ), très grande entreprise de constructions mécaniques, dont il est prévu de licencier très prochainement 24000 personnes, ne laissant en tout à la production que 8000 personnes. Les ouvriers d'UVZ se préparent à un meeting de masse de protestation contre les licenciements. Et il y a des dizaines, sinon des centaines de cas semblables dans tout le pays: l'Usine de tracteurs de l'Altaï, «Silikate» (oblaste de Kirov), AvtoVAZ, le Combinat de l'industrie du bois de Lobva, SUER (Sévéro-ouralsk), le Combinat linier (Yaroslav), l'Usine métallurgique Kouzmine (Novosibirsk).

La crise pousse les gens au désespoir, les met dans l'impossibilité de trouver une issue. En témoignent les évènements tragiques de la plus importante compagnie aérienne du pays «KrasAir» de Krasnoyarsk qui a été mise en faillite. En mai de cette année, 17 hôtesses de l'air ont fait une grève de la faim de 17 jours pour exiger l’extinction des dettes de salaire de plusieurs mois. En fin de compte, 11 hôtesses de l'air ont dû être hospitalisées, À part cela, un technicien d'aviation de «KrasAir)) âgé de 40 ans, qui a travaillé près de 20 ans dans cette compagnie, s'est pendu dans la nuit du 2 juin dans son propre garage. Et cela n'est pas un cas unique de suicide de travailleurs désespérés, licenciés et laissés sans moyens d'existence, Ainsi, à Khabarovsk, une ancienne hôtesse de l'air de la compagnie aérienne «DaIa via» , qui a été licenciée après la procédure de faillite de l'entreprise et n'a pas reçu les salaires qui lui étaient dus, a mis fin à ses jours en se jetant par la fenêtre de son logement. Le lendemain, sa mère de 51 ans a également mis fin à ses jours,

Les ouvriers des grandes entreprises de production sont aujourd'hui la principale victime de la crise, Le fonds «Opinion publique}) a réalisé une étude dont les résultats témoignent du fait que, au printemps 2009, les travailleurs des entreprises de production ont été la catégorie à avoir le plus souffert de la crise, Si fin 2008, seulement 15 p. 10O des ouvriers estimaient que la crise les concernait d'une manière ou d'une autre, ils étaient déjà 80 p. 100 au printemps, Les conditions de travail se sont brutalement détériorées pour 55 p. 100 des personnes interrogées: leur salaire a diminué, elles sont passées à la semaine de travail réduite, on leur a supprimé leurs avantages sociaux.

Le capitalisme qui s'est installé dans notre pays condamne les travailleurs au besoin permanent, à l'incertitude du lendemain, à la peur de l'avenir pour eux-mêmes, pour leur famille, pour leurs enfants. Aujourd'hui, les ouvriers doivent agir plus résolument, plus étroitement unis, plus consciemment. Khersone, où les ouvriers se sont emparés de leur entreprise, Pikalyovo dont les habitants ont forcé le pouvoir à les écouter, ne sont que les premières lueurs de la conscience des masses, de leur aptitude à lutter pour leurs droits. Il est déjà temps pour la classe ouvrière de sortir de sa léthargie et de prendre son destin et le destin de ses entreprises et de tout le pays en ses propres mains!

Grigori PAVÉLYEV

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