Éditions démocrites No 1321

L’explosion de la dette menace les États-Unis

par John TAYLOR

La décision de Standard & Poors de baisser la notation de la dette souveraine britannique de «stable» à «négative», devrait claironner le réveil du Congrès et de l’administration.

Espérons qu’ils se réveilleront.

L’implémentation du plan budgétaire du président Obama ferait exploser la dette fédérale. Pour être plus précis, celle-ci augmente – et ne s’arrêtera pas d’augmenter – plus rapidement que le Produit national brut (PIB) qui est la mesure de la capacité des États-Unis d’honorer leur dette. Fin 2008 la dette fédérale équivalait à 41% du PIB. Selon les projections du Congressional Budget Office (CBO), dans dix ans celle-ci arriverait à 82%, et sans changement de politique, en juste cinq ans de plus, elle atteindrait 100% du PIB.

«Le poids d’une dette gouvernementale de l’ordre de 100%, si elle était maintenue, serait incompatible avec la classification AAA de Standard & Poors» affirmait la semaine dernière cet organisme de notation.

Je crois que le risque encouru à cause de cette dette est systémique et causerait à l’économie plus de dommage que la récente crise financière.    

Pour saisir son ampleur il faut noter les chiffres pris en compte par Standard & Poors. En 2019, le déficit prévu par le CBO est de $1.200 milliards (€859 milliards) et les impôts s’élèveraient à $2.000 milliards par an. En conséquence il serait nécessaire pour équilibrer le budget d’une taxe permanente généralisée de 60%.       Clairement cela ne peut pas et ne devrait pas se faire. Mais comment autrement réduire le service de la dette par rapport au PIB?

Cela peut être fait par l’inflation. Mais de quel ordre? Pour rabaisser le rapport dette/PIB au niveau de la fin de 2008; cela demanderait le doublement des prix. Cette augmentation de 100% des prix impliquerait une inflation de 10% par an, pendant 10 ans. Mais ce ne serait pas sans peine. Ce  serait probablement plus comme la grande inflation des années 1960 et 1970, avec une vague d’enthousiasme, suivie d’une chute avec récession tous les trois ou quatre ans, et successivement des hausses du taux d’inflation après chaque récession.

Le fait que la Réserve fédérale (Fed) maintenant achète des bons du Trésor à plus long terme, dans un effort de limiter leur rendement, crédibilise l’effrayante suspicion que la dette sera monétisée. Le fait que la Fed ait de la difficulté à réduire le ballonnement de son bilan pour éviter l’inflation, augmente considérablement les risques. Aussi une inflation de 100% signifie bien entendu une dépréciation de 100% du dollar. Les Étatsuniens auront à payer $2,80 pour un euro; les Japonais pourront acheter un dollar pour 50 yen, et l’or coûterait $2.000 l’once. Cela n’est pas une prévision; la politique peut changer; c’est plutôt une indication du risque systémique que le gouvernement est en train de créer.

Pour quelle raison Washington dormirait-elle à travers cet appel au réveil? Nous entendons déjà entendre les excuses.

«Nous avons subi une crise financière sans précédent et nous devons répondre avec des déficits sans précédent.» Alors qu’il y a un débat sur la question de savoir si un large déficit stimule l’économie, il n’y a pas de théorie économique ou des preuves qui montrent que des déficits en cinq ou dix ans, nous aideront à sortir de cette récession. Cette logique est irresponsable. Si vous croyez que les déficits sont bons lorsque les temps sont durs, alors une politique responsable consiste à essayer d’équilibrer le budget lorsque les temps sont bons. Les projections du CBO indiquent que l’économie rétablirait son potentiel de croissance d’ici 2014. Un budget responsable aurait soumis des propositions pour équilibrer le budget plutôt que de préparer des déficits de l’ordre de trillions de dollars.

«Mais nous allons diviser le déficit par deux». Les analystes du CBO projettent que le déficit sera le même en 2019, le même que celui de 2010, une réduction de zéro pour cent.

«Nous avons hérité de pétrin». La dette était 41% du PIB à la fin de 1988, la dernière année de la présidence de Ronald Reagan; la même qu’à la fin de 2008, la dernière année de la présidence de George W. Bush. Si quelqu’un pense que la politique de Reagan à Bush, était erronée, est-il logique de doubler ces erreurs avec une dette de 80% du PIB quand Monsieur Obama aura quitté son poste?

L’heure pour de telles excuses est passée. Elles dépeignent l’image d’un gouvernement qui ne fonctionne pas, qui crée des risques plutôt que de les réduire. Un bon gouvernement ne devrait pas être partial. J’ai dit que les actions et les interventions gouvernementales de ces dernières années ont causé et aggravé des crises financières prolongées. Le problème est que la sa politique se détériore plutôt que de s’améliorer. Les dirigeants principaux, y compris les chefs du Trésor, de la Fed, de la Federal Deposit Insurance Corporation et de la Securities and Exchange Commission appellent pour la création d’un puissant système de régulation des risques, afin de contrôler le risque dans le secteur privé. Mais actuellement c’est le gouvernement qui est à l’origine du risque systémique le plus grave.

La bonne nouvelle est que ce n’est pas trop tard. Il est temps encore pour se réveiller, changer de cap à mi-chemin et revenir sur la bonne voie. Beaucoup blâment les organismes de notation de ne pas nous avoir prévenus des risques systémiques dans le secteur privé qui ont conduit à cette crise; ne les ignorons pas quand ils essayent de nous prévenir des risques dans le secteur gouvernemental qui nous conduiront à la prochaine.

L’auteur est professeur d’économie à Stanford et senior fellow à Hoover Institution, est auteur de «Getting Off Track: How the Government Actions and Intervention Caused, Prolonged and Worsened the Financial Crisis Copyright The Financial Times Limited 2009

[Traduction Alexandre MOUMBARIS]

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