Sanglante prise d'otages à Moscou:
Le cerveau caché derrière les terroristes

Jef Bossuyt

Jeff Bossuyt

Approche musclée du terrorisme ou massacre injustifié? La libération du théâtre DK, à Moscou, par les troupes spéciales russes samedi matin divise le monde politique occidental. Mais rares sont ceux qui se posent la (bonne) question: qui était derrière cet acte terroriste?

La Tchétchène

Lors de la libération, 34 preneurs d'otages auraient perdu la vie, dont le chef de bande tchétchène Movsar Baraïev. Les «combattants tchétchènes de la liberté» ont des liens évidents avec Al-Qaïda. Leur programme prévoit la sécession du Sud de la Russie et la fondation d'une vaste république islamique s'étendant de la mer Noire à la Caspienne.

La terreur au service de l'Otan depuis 1995

 En 1995, le terroriste tchétchène Tchamil Bassaïev pénétrait en Russie avec deux camions d'explosifs et 150 hommes armés. Son objectif: une action terroriste à Moscou afin d'obliger les Russes à négocier. Il est toutefois bloqué dans la petite ville de Budennovsk où il prend en otages les 1.500 patients d'un hôpital, dont plus de cent périront lors de la prise d'assaut de l'endroit. A ce propos, le major américain Raymond C. Finch déclare: «Les méthodes utilisées par Bassaïev sont cruelles et violent les lois reconnues de la guerre. Mais si nous considérons ces actions à la lumière de la lutte indépendantiste tchétchène, elles s'avèrent courageuses et dignes d'éloges.»1

Le 7 octobre 1999, dans une lettre adressée au secrétaire-général de l'Otan, George Robertson, le président tchétchène Mastchadov lui demandait «d'intervenir en Tchétchène dans le cadre du nouvel ordre mondial établi par l'Otan». La prise d'otages de cette semaine a été vraisemblablement planifiée par le président Mastchadov en personne. Naguère, il s'opposait aux actions en dehors du territoire tchétchène. Dans son dernier discours télévisé, il prévoyait toutefois qu'il y aurait «bientôt des interventions censées modifier de fond en comble l'évolution des choses en Tchétchène». Le chef des terroristes, Movsar Baraïev, avait admis, face à un journaliste du Sunday Times, qu'il était en contact avec Mastchadov. En outre, les conversations téléphoniques à destination de la Tchétchène, la Turquie et nombre de pays arabes sont sur écoute.2

Avec les compliments de Brzezinski

Mastchadov n'a plus grand-chose à dire dans une Tchétchène soumise aux chefs de bandes. Son autorité lui vient de ses commanditaires étrangers, en premier lieu Zbigniew Brzezinski, l'ancien conseiller de Reagan et de Bush père. L'homme est président du Comité américain pour la démocratie en Tchétchène et il exige que Poutine négocie une «solution politique» avec le président Mastchadov. Le 16 août, le Comité se réunissait au Liechtenstein. Étaient présents, outre les fondateurs américains: les Tchétchènes Tchasboulatov et Aslatchanov, ainsi que le représentant du président Mastchadov, son«plénipotentiaire» Achmed Zakaïev. On y a discuté un plan visant à conférer à la Tchétchène un statut spécial sous surveillance internationale de l'Organisation pour la Sécurité et la Collaboration en Europe (OSCE).3

Dans son ouvrage Le grand échiquier, Brzezinski conseillait déjà de continuer à affaiblir la Russie et de la scinder en une «confédération russe plus ouverte, composée d'une Russie européenne, d'une république de Sibérie et d'une république de l'Extrême-Orient».

1. Military Review, juin 1997.
2. Aslan Mastchadov, maître à penser de l'attentat terroriste de Moscou, Ria-Novosti, 25 octobre 2002.
3. Sanobar Chermatova, dans Moskovski Novosti du 27 août 2002.

Nina Andreïeva:

Les USA veulent mettre Poutine à genoux en ce qui concerne l'Irak

Au cours d'une interview téléphonique, quelques heures après l'assaut, la présidente du Parti communiste des Bolcheviques de l'Union soviétique, Nina Andreïeva, déclarait:

«Cette action terroriste a été menée par des marionnettes dirigées par les services secrets américains afin d'exercer des pressions sur le président Poutine. Le régime de Poutine est pro-américain. Il est composé des anciens collaborateurs hérités d'Eltsine, tels Tchakamada, Nemtsov et Tchoubaïs, et de l'Union des Forces de droite. Mais Bush veut également extorquer l'accord de Moscou à propos des bombardements en Irak.

Au Conseil de Sécurité des Nations unies, des pays comme la Chine, la France et la Russie s'opposent à cette guerre. Aujourd'hui, Bush et la CIA mettent Poutine sous pression afin d'avoir les coudées franches pour s'en prendre à l'«axe ord l'Irak, ensuite la Corée, puis les autres. Les terroristes et les États-Unis exigent le retrait des troupes russes de la Tchétchène, ce qui reviendrait à un effondrement de la Russie. Dans le vide ainsi créé, les Américains peuvent remplacer les Russes. C'est dans cette optique qu'ils installent bases militaires et aériennes en Asie centrale. La cause plus profonde n'est autre que la crise que vit actuellement l'impérialisme. Tous les indices économiques dégringolent, stagnent et les bourses internationales boivent le bouillon. Le capitalisme cherche tout simplement une issue à cette crise: la guerre.»

La Tchétchène

La Tchétchène fait partie de la Russie depuis 1722. Les grandes puissances occidentales ont toujours considéré la région comme un fer de lance pour attaquer et contrôler la Russie depuis le Sud. En 1942, l'Allemagne nazie occupe une partie de la Tchétchène dans l'intention d'ouvrir un second front contre l'Union soviétique. En 1989, les États-Unis exigent la dissolution de l'URSS et l'ouverture du territoire à leurs multinationales. C'est surtout le contrôle de l'acheminement pétrolier à partir de la Caspienne et de Bakou, via le territoire tchétchène, qui les intéresse. En 1991, lorsque le président Eltsine dissout l'Union soviétique, il appelle les États membres à «prendre autant d'indépendance qu'ils peuvent en assumer». Cela va déclencher toute une série de guerres nationalistes sanglantes. Le général tchétchène Doudaïev proclame l'indépendance de la Tchétchène. Mais la Russie réclame sa part de transport de pétrole dans la région et cela débouche sur la première guerre tchétchène (1994-1996). En 1997, Aslan Machadov est élu président et il conclut un armistice avec le général russe Lebed. Le pays continue néanmoins à être ravagé par des prises d'otages, des attaques sanglantes et des combats à propos des pipelines. En 1999, les chefs de bandes Shamil Bassaïev et le Jordanien Khatab, partis de Tchétchène, envahissent la république voisine du Daghestan et entrent dans la capitale Makhatchkala. Au lieu d'éliminer ces bandes de terroristes, le président russe Poutine entame une sanglante guerre de positions contre les villages et villes tchétchènes. Ses bombardements impitoyables contre la population provoquent une discorde profonde entre Tchétchènes et Russes. Sa politique pousse les Tchétchènes encore plus dans les griffes des nationalistes de droite et des «sauveteurs» étrangers.

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