La «Démocratie» Américaine: Guerres Civiles, Misère, Prostitution et Maffia, Hier en Yougoslavie et en Russie, Aujourd'hui en Irak

La chute de la statue de Saddam à Bagdad est à comparer à la chute du mur de Berlin affirment George Bush et Tony Blair. Qui prétendent apporter liberté et démocratie au peuple irakien? L'avenir du peuple irakien serait des plus prometteurs. Est-ce vraiment le cas? Petit coup d'œil du côté de deux pays «libérés» après la chute du mur, la Russie et la Yougoslavie.

Deux ans et demi après la guerre du Kosovo, où en est la Yougoslavie?

Michel Collon

Au moment où Bush entame la création d'une nouvelle colonie US en Irak, il est intéressant de rappeler les résultats concrets de la colonisation de la Yougoslavie.

Bienvenue en Yougoslavie, néo-colonie, vitrine de la mondialisation, modèle de ce que deviennent les pays conquis par les USA. Au cours de l'année 2002, le prix du pain y est passé de 4 à 30 dinars. Le kilo de porc de 180 à 260 dinars (il était à 60 sous Milosevic). Les pommes de terre de 7 à 12 dinars, le sucre de 25 à 50 dinars, le litre d'huile de 36 à 70 dinars, le mètre cube de gaz de 3 à 11,20 dinars, 170.000 familles de Belgrade ne peuvent plus se payer l'électricité dont le prix a doublé à la demande du FMI. Et d'autres augmentations sont annoncées... Selon le journal Novosti, 4.900 femmes de Belgrade sont atteintes de cancer, mais sont privées d'accès aux médicaments.

Une récente statistique constate une augmentation des décès de 30% en trois ans.1 Toutes les catégories d'âge sont frappées, y compris les jeunes. Les cimetières deviennent littéralement trop petits. Le taux de suicide a explosé: 900 recensés l'an dernier à Belgrade! À Nis, ville de trois cent cinquante mille habitants, la police signale un suicide tous les cinq jours.

Le chômage va grimper en catastrophe. «Il faut licencier au moins 800.000 travailleurs serbes des services publics et entreprises d'États», exige Arvo Cuddo, responsable de la Banque mondiale. Il conseille toutefois au gouvernement d'y aller progressivement et de prévoir des compensations afin d'éviter «une situation sociale explosive».2 En 2001, les Yougoslaves ont consommé 41 millions de tablettes anti-stress Bensedin, 63 millions de Bromazepam et 40 millions de Diazepam.

Pour le plus grand profit des multinationales

Les États-Unis et l'Union Européenne ont pris directement en main la vie économique et sociale de la Yougoslavie. Ils exercent leur contrôle via le «G-17 Plus», un cercle économique composé d'anciens responsables du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Ces hommes ont déclenché les privatisations: 22 sociétés ont été vendues aux enchères, 5 privatisées, 26 sont en restructuration.3 L'interdiction de licencier a été supprimée et les grèves interdites.

Au Kosovo, juste à côté de la route du pétrole qui traverse les Balkans vers l'Europe occidentale, les États-Unis ont installé une gigantesque base militaire: Camp Bondsteel. Un poste stratégique pour intervenir au Moyen-Orient, dans le Caucase, voire, un jour, contre Moscou. Un marché énorme!

Qui a construit cette gigantesque base? Qui la gère? Qui en empoche les formidables bénéfices? Une filiale de la firme américaine Halliburton dirigée par Dick Cheney, l'actuel vice-président des États-Unis. L'administration Bush pratique vraiment le self-service avec une impudence-record.

La plupart des Yougoslaves estiment qu'ils ont été roulés. On leur avait fait croire à un avenir meilleur si leur pays se rapprochait de l'Occident. Ils découvrent qu'ils vivront encore plus mal qu'avant. Que seules les multinationales occidentales s'enrichiront, laissant des miettes à une petite minorité de mafieux locaux.

Les Yougoslaves constatent qu'après l'attaque militaire de l'Otan, vient celle, économique, du FMI. Et que les deux font partie d'un même système global dont l'objectif est d'imposer à toute la planète la domination des multinationales.

1 Statistiques avril-mai-juin 2002.

2 Tanjug (Belgrade), 24 janvier 2002.

3 Tony Robson & Paul Bond, WSWS 23 septembre 2002.

En Russie, l'Amérique a libéré les pillards

Jef Bossuyt

Depuis que «la liberté et la démocratie ont triomphé en URSS» (Bush père), les Russes connaissent les guerres civiles, le chômage, le crime et une misère profonde.

Les compagnies pétrolières américaines ont été la force motrice cachée derrière le coup d'État d'Eltsine du 21 août 1991. Chevron, par exemple, négociait, depuis trois ans déjà, les énormes gisements de Tengiz, au Kazakhstan.1 La compagnie exigeait la scission de l'Union soviétique et de «nouvelles lois, favorables au marché, en Russie, en Ukraine et au Kazakhstan». Eltsine ne l'a pas déçue. Six mois à peine après son coup État, Chevron raflait les gisements pétroliers du Kazakhstan.

En 1992, Gaidar, ministre d'Eltsine, poursuivait sa thérapie de choc. Libéralisation des prix, introduction de la libre concurrence, privatisation des entreprises. Via Air Russia, British Airways s'assurait la maîtrise de l'espace aérien russe, Marlboro et Philip Morris faisaient main basse sur les entreprises publiques de tabac, la De Beers se ruait sur l'exploitation des diamants industriels. La mafia des entreprises anciennement clandestines accaparait partout les actions des ex-entreprises État

En cinq ans à peine, le PNB de la Russie chutait de 61%, la récolte de blé passait de 116 à 63 millions de tonnes l'an. La dette publique grimpait de 30 milliards de dollars à 144 milliards. Des milliards de dollars illicites et 20% des pierres précieuses disparaissaient dans des coffres bancaires occidentaux. Le chômage chez les jeunes, inexistant en Union soviétique, grimpait à 26%. Les salaires baissaient à 27% de leur niveau de 1991 et les travailleurs devaient attendre des mois, voire plus d'un an, avant d'être payés. L'inflation grimpait à 2.000%. D'un seul coup, l'argent de l'épargne ne valait plus un kopeck. Les hommes cédaient à la déprime, à l'alcoolisme, au suicide et aux maladies cardiaques: leur espérance de vie dégringolait de 65 à 58 ans.

Dans la totalité des anciennes républiques soviétiques éclataient des conflits ethniques et des guerres civiles. Au Tadjikistan, officiellement, on comptait 25.000 morts? trois fois plus, en réalité? et 70.000 autres en Tchétchène. L'Arménie et l'Azerbaïdjan entraient eux aussi en guerre pour la possession du Nargorno-Karabakh: le conflit allait faire 18.000 victimes

1 The Wall Street Journal, 22 août 1991.

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