Crise d'Octobre: Une Vision Politique 40 Ans Après

De pires dangers menacent l'humanité? a averti le président Fidel Castro à la clôture de la Conférence internationale qui a réuni à La Havane des acteurs historiques de ces événements de 1962

Dans son discours de clôture de la Conférence internationale «La Crise d'Octobre : une vision politique 40 ans après», le président Fidel Castro a indiqué qu'«il est nécessaire d'apprendre les leçons» étant donné «le danger qui plane encore sur l'humanité puisqu'il existe des possibilités réelles de nouvelles crises».

Et si l'on ne tire pas de ces leçons un bénéfice pratique -- a-t-il poursuivi, -- j'espère qu'elles nous donneront au moins la satisfaction de savoir réellement comment survinrent ces événements, qu'elles nous ferons connaître le plaisir qu'offre toujours l'histoire lorsqu'on tente une approche des faits.

Quand on parle de leçons, il s'agit de la tactique, de la stratégie et de la politique qui reflètent l'importance de l'éthique et de la morale dans la conduite publique, a ajouté le président cubain.

Qui aurait pu nous dire il y a quarante ans qu'un jour nous serions assis ensemble pour discuter de ces thèmes, de la manière dont nous l'avons fait?, a-t-il demandé, évoquant le climat de respect et de sincérité qui a prévalu durant la Conférence.

Il a rappelé que lors de la discussion du dénouement de la crise, des points de vue différents ont été exprimés sur quelques aspects et divergents sur d'autres.

Les Cubains, a dit Fidel, se sont montrés fermes et sensés pendant ces journées d'octobre 1962, même si certains pensent le contraire, «et les décisions que nous avons prises alors étaient le résultat de la méditation et de points de vue que l'histoire n'a pas démentis». «Ce pays ne s'est pas démoralisé, il a été capable de supporter cette épreuve et d'autres qui sont venues plus tard».

Il a fait l'éloge de la sincérité et du courage des personnalités de l'ex-URSS qui ont apporté leur témoignage à la Conférence, notamment le général Anatoly Gribkov et d'autres membres de la délégation russe, parmi lesquels Dimitri Yazov et Vadim Orlov, le pilote du sous-marin soviétique qui fut encerclé par la marine nord-américaine durant la crise.

Le président cubain a félicité les historiens qui il y a 15 ou 16 ans commencèrent à travailler à la reconstitution de ces événements. De cet effort, a-t-il dit, ont surgi les éléments qui permettent de connaître cette histoire, liée à un danger réel.

Fidel a émis l'idée qu'il faut non seulement tirer les leçons des dangers, mais résoudre les problèmes auxquels est confronté le monde d'aujourd'hui, dont certains sont plus dévastateurs que les armes, par exemple la faim et les maladies. Et à cet égard il a rappelé que la plus dangereuse de toutes les bombes est l'explosion démographique.

Évoquant les personnes qui n'hésitent pas à utiliser une partie de leurs ressources pour alléger la souffrance humaine, le président cubain a nommé James Carter, dont Cuba a appris avec satisfaction le Prix Nobel de la Paix. Puis il a mis l'accent sur le travail que réalise le capital humain préparé par Cuba dans des nations du tiers monde, citant en particulier les plus de 3.000 médecins qui apportent leur concours dans différentes parties du globe, et la création de l'École latino-américaine de Médecine. «Le capital financier ne peut se substituer au capital humain», a-t-il affirmé, avant de suggérer que les États-Unis pourraient mettre en œuvre des programmes similaires.

Il a aussi rappelé la longue histoire de résistance des Cubains, qui ont affronté non seulement le blocus et la guerre économique, mais aussi l'effondrement du camp socialiste.

Fidel a commenté que les prix du pétrole ont augmenté trente fois plus que ceux du sucre sur le marché mondial au cours des quatre dernières décennies, et que dans ces circonstances Cuba a réussi à survivre et qu'en ce moment le pays s'apprête à entreprendre la restructuration de l'industrie sucrière, pour cesser de «lancer des camions de devises à la mer».

Il a ensuite abordé la crise économique internationale, qui a fait succomber plusieurs gouvernements en quelques mois, tandis que des entreprises connues commettent des fraudes inimaginables. L'actuelle gestion de la bourse des valeurs a déformé le système, a assuré Fidel. «On a violé les normes éthiques du système capitaliste.»

Il a regretté que la dernière décennie ait été perdue pour l'humanité, et a appelé le monde à s'asseoir pour parler non seulement de la paix sur le terrain militaire, mais aussi des catastrophes de toutes sortes qui se font déjà sentir.

Le monde occidental a dilapidé au cours de ces dix années les avantages obtenus à l'époque de l'effondrement du camp socialiste, a encore dit Fidel, ajoutant qu'au lieu de mettre ses ressources en fonction du progrès du monde, il a conduit celui-ci à une crise économique internationale.

À propos de la Crise d'Octobre il a indiqué qu'aujourd'hui les parties impliquées se réjouissent de n'être pas allées jusqu'à la guerre, et qu'en réalité à ce moment-là les leaders politiques prirent jusqu'à un certain point conscience du risque qu'impliquent les armes nucléaires. Cependant, le nombre de pays ayant accès à ces armes s'est accru, de même que la course aux armements et les conflits.

Il a invité les présents à une conférence similaire dans dix ans, soit un demi-siècle après les événements dramatiques qui ont réuni ces jours-ci des acteurs historiques cubains et nord-américains, ainsi que plusieurs invités spéciaux de l'ancienne Union soviétique.

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