La Russie: la terre en vente

Le Parlement russe vient d'abolir une loi qui datait même d'avant la révolution d'Octobre. Elle interdisait à un paysan ou à un propriétaire foncier de faire commerce de sa terre. Depuis une semaine, on peut vendre et acheter la terre agricole. On avait déjà privatisé les fermes collectives et d'État, mais pas encore le sol.

Provisoirement, les étrangers ou les firmes à capital majoritaire étranger ne pourront pas l'acheter. Provisoirement.

Ainsi tombe le dernier obstacle sur le passage de la Russie vers le capitalisme intégral. En dix ans, la mafia russe et les multinationales occidentales ont exproprié à leur profit l'industrie soviétique. L'expropriation des capitalistes en 1917 et la création d'une industrie socialiste avaient fait d'un pays en ruines la deuxième puissance industrielle au monde. L'expropriation des grands propriétaires fonciers et la collectivisation de l'agriculture avaient permis d'accroître la production agricole de 75% entre 1928 et 1940. Sans ce miracle économique, l'URSS n'aurait pas pu battre les nazis et nous vivrions peut-être encore sous la botte fasciste.

Pour sauvegarder leurs propriétés et leur pouvoir, les paysans riches ont mené à l'époque une véritable guerre contre la collectivisation. On estime que cette guerre et sa répression ont fait 200.000 morts. Les partisans des capitalistes expropriés à l'époque parlent toujours du «génocide» de la collectivisation. La privatisation actuelle est aussi un acte de violence. Elle se fait contre la volonté de l'immense majorité des paysans dont la mémoire collective est toujours hantée par les horreurs de l'époque des propriétaires fonciers. Quand leur vie n'était qu'esclavage, misère et analphabétisme.

Seulement, la violence d'aujourd'hui n'est pas dirigée contre une minorité d'exploiteurs, mais contre le peuple dans son ensemble. Quant au génocide, après dix ans de capitalisme, il est bien réel. La production a chuté de 40% et, selon l'Unicef, la population russe va régresser de 2,5% à 7% d'ici 2015.

Mais en même temps s'accumule le potentiel de résistance. De larges couches réclament le retour vers le socialisme en votant pour les partis communistes, à l'exemple de la Tchéquie. Le PC vient d'y obtenir 18%. En Pologne, un large mouvement combat les privatisations. Après une période de KO, l'Europe de l'Est retrouve la voie de la résistance. Au point que le pouvoir se met à interdire les partis communistes les plus décidés. Une pensée réconfortante à emmener lors de vos vacances bien méritées.

Herwig Lerouge
Solidaire
03-07-2002

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