Brésil: Des scénarios conflictuels

Par Reinaldo Carvalho

Les circonstances internationales entourant la lancée de la campagne électorale, n’appellent pas à l’épanchement de platitudes et d’illusions. Pour commencer, l’environnement économique est une fois de plus ombrageux, avec des signes annonciateurs de tempêtes. Les rudes déclarations de Bernanke, le nouveau président de la Banque fédérale des États-Unis, annonçant des temps durs, ainsi que l’instabilité ressentie dans les marchés financiers les semaines précédentes, sont des manifestations éloquentes de la fragile santé économique et financière du système capitaliste. Cela a démontré aussi combien était erroné l’optimisme récemment affiché par des espèces d’analystes intéressés à la présentation d’un scénario embelli et calme. Pour éviter l’autocritique, ces bâtisseurs de châteaux de sable, commencent maintenant à débattre pour savoir si le «cycle de développement» - la période de «développement intense de l’économie mondiale» et la «nouvelle prospérité des cinq dernières années» -serait arrivé à son terme. Et pour contourner l’essence du problème, comme s’ils recherchaient des solutions qui éviteraient des inévitables impasses, ils débattent maintenant pour savoir si les ajustements seront modérés ou sévères, s’ils arriveront dans l'immédiat ou dans le proche avenir.

Le XIe Congrès du Parti communiste du Brésil (PcdoB) avait déjà en octobre dernier attiré l’attention sur la gravité des problèmes provenant du déséquilibre structurel de l’économie étasunienne, résultat de la dimension gigantesque de son déficit et de son conséquent endettement. Il est clair qu’en présence de tels facteurs, la volatilité et l’instabilité définiraient le caractère de la situation économique et les «solutions» proposées consisteraient à plus de protectionnisme de la part des États-Unis dans leur tentative d’imposer des accords de libre échange et des mécanismes d’extorsion financière aux pays dépendants. Le Brésil est considérablement vulnérable et sensible à l’instabilité internationale. Son économie est prisonnière de l’usure financière, elle est dépendante d’applications de portfolio pour couvrir ses dettes. Le Brésil n’est pas prêt à faire face aux turbulences de la scène internationale, pas plus qu’il n’a rempli les conditions pour entrer dans le cycle vertueux de la croissance. Il est obligé de poursuivre une économie de rigueur, avec les objectifs anti-inflationnistes irréalistes, de hauts taux d’intérêt et un effort fiscal incompatible avec la crise sociale qui sévit. Cet état de fait créé des situations politiques insoutenables telles qu’avoir à refuser l’augmentation des retraites des travailleurs, exposant ainsi la base du soutien parlementaire du gouvernement à l’indignité d’une série de défaites,tout en faisant brandissant un drapeau en lambeaux devant la droite néo-libérale hypocrite.

La fragilité de la situation économique mondiale, avec des conséquences internes évidentes, ne permet aucune sorte de prise de position triomphale. Il n’est pas cohérent de proclamer des «succès» en politique économique et en même temps de refuser des droits sociaux. Pour gagner la confrontation électorale de cette année, le probable second mandat du président Lula, les forces progressistes devront prendre en compte la nécessité de trouver une rationalité économique dans une autre politique. Une politique qui viserait le développement national avec une distribution de revenu, la valorisation du travail, qui défendrait la souveraineté nationale et les droits d’un peuple ne pouvant plus payer les coûts qui résultent du néolibéralisme. Depuis longtemps il n’y a plus de place pour des politiques hybrides. Il est nécessaire de confronter les problèmes sous-jacents et de trouver des moyens de sortir de l’impasse historique où se trouve le pays. Il faut trouver une autre voie.

Le front politique ne trouvera pas non plus d’environnement international tranquille avec ses répercussions inévitables dans la situation politique interne. Nous avons à faire face à une politique de contrainte imposée par l’impérialisme étasunien, qui a enterré les illusions sur le multilatéralisme faussement semé depuis le mandat de Bush père et particulièrement au cours des huit ans où la superpuissance était sous l’administration Clinton. La pratique est courante maintenant d’ignorer les normes internationales et de ridiculiser les organismes multilatéraux, particulièrement les Nations Unies que l’administration Bush déconsidère ouvertement. Les derniers événements en Iraq où l’armée agressive s’est transformée en bande de criminels, ainsi que la crise orchestrée par les États-Unis à l’égard de l’Iran, conditionnent l’environnement mondial à une autre «guerre préventive», montre que nous ne vivons pas dans une période où l’on peut se bercer d’illusions. Dans les pays autour du Brésil l’impérialisme étasunien aussi provoque des crises et crée un environnement politique instable depuis le durcissement de son attitude, à l’égard du Venezuela bolivarien et de l’administration d’Evo Morales, toute récente, et aussi par le biais de l’instrumentalisation du gouvernement répressif d’Uribe, renforcé par sa réélection. Font aussi partie de la stratégie des États-Unis envers le continent, les tentatives d’imposer la FTAA (Zone de libre échange des Amériques) par tous les moyens possibles. Il est nécessaire de prendre en compte que le noyau des classes dominantes brésiliennes et leurs plus fortes représentations politiques, a savoir le PSDB [Parti de la social-démocratie – NdT] et le PFL [Parti du front libéral – NdT],sont des forces sur lesquelles les États-Unis peuvent compter pour exercer ses menaces. Ces forces n’économiseront pas les moyens, licites ou illicites, et se serviront aussi des provocations et même des conspirations antidémocratiques en vue de reprendre le gouvernement central du pays. Ce n’est que l’ignorance de la trouble histoire républicaine du Brésil, qui peut conduire quelqu’un à croire, qu’en 2006, il y aura une victoire électorale facile ou même une administration tranquille si Lula est réélu. Et ce n’est que l’ignorance de la réalité mondiale, ainsi que des lois de développement historique du système impérialiste qui peut laisser imaginer un possible réaménagement pacifique des forces dans le monde. Un parti aussi expérimenté que le nôtre dans tant des batailles de classe, souvent sanglantes, ne peut pas croire au conte de fée d’un monde où les riches et les pauvres, les puissants et les dominés, puissent vivre ensemble en paix comme des familles modèles autour d’une sorte de conseil de sages bienveillants et souriants. Il est connu de longue date que faute d’accepter les règles imposées par les puissances impérialistes, les relations internationales deviennent un art de gestion des conflits.

Le Brésil peut jouer un rôle important sur la scène internationale et essayer d’atteindre une nouvelle position dans le rapport de forces, mais cela demandera la mobilisation des énergies créatrices de son peuple, de la clarté concernant la position à tenir dans les conflits qui lui sont objectivement imposés et de la sagesse et de la force dans la défense de ses intérêts en tant que nation souveraine. Dans le cas contraire, illusionné ou soumis, le Brésil sera toujours une colonie, un fragment de la périphérie.

Devant de tels dangers dans les domaines socio-économiques et politiques, de telles attaques par des forces réactionnaires et impérialistes mettant en danger la paix mondiale, la souveraineté nationale et la sécurité continentale, il serait naïf d’imaginer un environnement calme au cours de la campagne électorale, ou un probable second mandat libre de conflits. Au lieu de s’illusionner sur la possibilité de surmonter les contraintes économiques imposées par le néolibéralisme, il est nécessaire de combattre avec détermination pour la souveraineté nationale, pour les droits sociaux, et cela ne sera possible qu’avec une nouvelle politique économique. Plutôt que de semer des illusions de rêve kantien de paix perpétuelle, de bonne gouvernance et multilatéralisme, il est nécessaire de préparer notre peuple à une grande bataille de caractère anti-impérialiste qui aura lieu tôt ou tard. C’est une des tâches principales du Parti communiste, sa contribution désintéressée dans sa participation au front politique et électoral avec un esprit unificateur et démocratique.

José-Reinaldo Carvalho, journaliste. Directeur de communication de Cebrapaz et membre de la Commission politique du Comité central du PcdoB.

[Traduction Alexandre MOUMBARIS]

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