Combien de temps la suprématie du dollar peut-elle durer encore?

Par Linda Heard

24 mai 2006 Arab News - Saddam Hussein venait juste d'arrêter d'échanger son pétrole contre des dollars, que l'Iraq a été envahi. L'Iran se prépare à inaugurer une nouvelle bourse du pétrole et son marché de dérivés basés sur l'euro, le Venezuela aussi envisage de suivre la même voie.

Maintenant c'est la Russie qui vient de décider de faire pareil. Le 10 mai, le président Vladimir Poutine avait annoncé la création d'une bourse du pétrole et du gaz naturel, et fait connaître sa décision que le rouble devienne convertible pour qu'il puisse servir au commerce international. La Russie a récemment échangé une partie des ses réserves en dollars pour des euros.

L'Iran, le Venezuela et la Russie, ensemble, contrôlent 25% du marché des exportations pétrolières, Si ces trois pays devaient lâcher le pétrodollar, cela affecterait sérieusement la monnaie étasunienne, forcerait vers le haut les taux d'intérêt de ce pays, augmenterait le coût de ses importations, contribuerait à l'inflation économique et pourrait même provoquer une récession.

William Clark dans Energy Bulletin écrivait «Nous sommes témoins d'une bataille pour la suprématie monétaire pétrolière. Si la bourse iranienne réussit à s'établir comme alternative dans le commerce pétrolier international, cela défierait l'hégémonie des centres financiers de Londres (IPE - International Petroleum Exchange) ainsi que celui de New York (NYMEX - New York Mercantile Exchange)...»

Pendant ce temps les pays de cette région ont transformé les proportions de dollars dans leurs réserves en euros ou d'autres devises,

Au mois de mars, à la suite de la débâcle à propos de Dubaï Ports, la Banque centrale de l'Union des émirats arabes avait déclaré qu'elle considérait convertir 10% de leurs dollars de leurs réserves en euros. Le Koweït et le Qatar ont intimé qu'ils pourraient suivre aussi.

La Banque commerciale de Syrie a transformé tous ses dollars en euros, suite à l'appel de Washington aux banques étasuniennes de cesser d'agir comme correspondants pour les institutions financières syriennes, ostensiblement pour des considérations de lutte contre le blanchiment d'argent.

Le mois dernier, la Suède avait réduit la proportion de ses réserves en dollars qui s'élevaient à $21.000 millions, de 37% à 20%, provoquant ainsi une chute du dollar de 2% en une semaine. La banque centrale suédoise a déclaré que ce basculement en euros était un effort pour stabiliser ses réserves en devises et réduire les monnaies volatiles.

L'abandon envisagé du dollar par l'Iran, le Venezuela et la Russie, qui ne sont pas en bons termes avec le gouvernement des États-Unis, est considéré partiellement sinon totalement motivé par des raisons politiques. Toutefois si en conséquence de cela le dollar chute, les banques centrales mondiales resteront avec des réserves dévaluées et se verront aussi dans l'obligation d'entamer des basculements vers d'autres monnaies.

Selon David Smith, le rédacteur économique du Times, une raison concrète pour la chute du dollar serait «à cause du déficit de la balance de payements, de$800.000 millions».

Ce déficit n'est pas surprenant si on tient compte que $280.000 millions servent à financer la guerre en Iraq et la politique de l'administration Bush de réduire les impôts, pour le bénéfice surtout des méga entreprises et des riches.

Les pays du golfe, en particulier les Émirats arabes unis et le Qatar, souffriraient de pressions inflationnistes à cause de la faiblesse du dollar. Des discussions sont en cours pour décider si le dirham et le riyal ne devraient pas se détacher de leur lien de longue date avec le billet vert.

Certains économistes proposent que les monnaies du golfe soient liées plutôt à un panier de devises étrangères.

Au mois de mai, le Koweït avait réévalué son dinar, attaché au dollar, de un pourcent. Selon le ministre koweitien des Finances, la réévaluation avait pour but de compenser l'impact de la dérive du dollar sur les investissements et l'inflation.

Un article paru sur le site informatique de la banque des émirats, sous la plume de son PDG, plaide qu'il y a une question plus importante à discuter que la fixation des monnaies du Conseil de coopération du Golfe (GCC). «Une question plus importante pourrait donc être, de savoir si les exportations pétrolières doivent continuer à être cotées en dollars» écrit-il. «Cela pourrait bien être une question au sujet de laquelle l'OPEC (Organisation des pays producteurs de pétrole) et l'OEAPC (?) pourraient peser le pour et le contre, mais ce serait mieux qu'elle soit décidée par un dialogue entre les importateurs et les exportateurs de pétrole».

Les politiques étrangères erratiques et agressives de Washington ont aussi contribué à la hausse des prix du pétrole. Dans le cas d'une frappe militaire contre l'Iran ou des tentatives d'interférence dans les affaires intérieures du Venezuela, le pétrole pourrait bien dépasser les $100 et avoir des répercussions sévères aux États-Unis et pour d'autres importantes économies mondiales.

En effet, le président de l'Iran Mahmoud Ahmadinejad a menacé d'arrêter le passage du pétrole par le détroit d'Hormuz, alors que son équivalent du Venezuela, Hugo Chavez dit qu'il ne fournirait plus de pétrole au États-Unis s'il se voit menacé d'invasion.

Nous savons que lorsque Washington éternue, le reste du monde attrape froid et cette incertitude est d'autant plus vraie lorsqu'elle est liée à la faiblesse de la monnaie étasunienne. La semaine dernière à Londres les valeurs boursières de premier ordre ont plongé suite aux nouvelles de la baisse du dollar et des craintes d'inflation. Les actions asiatiques avaient aussi ressenti le contrecoup.

Washington semble imperturbable et envoie des signaux confus. Par exemple, Beijing avait été harcelé pour détacher le yuan du dollar et le réévaluer pour donner aux exportations étasuniennes une avance compétitive, mais depuis, le secrétaire du Trésor étasunien, John Snow, a déclaré qu'un dollar fort est dans l'intérêt de la nation.

Entre-temps, la Chine achète la dette des États-Unis sous la forme de bons du trésor, quelques $200.000 millions.

Si Beijing décidait de vendre ses bons du trésor étasuniens, suite peut-être à une dispute à propos de l'Iran, ou plus probablement de Taiwan, les États-Unis trouveront dans le pétrin.

La question qui se pose est: Jusqu'où le dollar va chuter? Si jamais il fait une chute libre, nous sentirons tous les secousses.

Linda Heard

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Les dossiers du BIP, 114, mai 2006

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