Et après la mort d'Al-Zarqawi?

Sa mort est un coup dur pour la résistance irakienne, disent les États-unis. Voici l'histoire de la fin d'un terroriste utile.

Pol De Vos
15-06-2006

Le 11 avril 2006, le Washington Post a publié des documents militaires dont il ressort que les USA ont mené une campagne de propagande pour effacer l'importance d'Al-Zarqawi et son rôle en Irak. « Son profil a été exacerbé pour aider les États-unis à lier la guerre en Irak aux attentats du 11 septembre 2001. » « Les documents faisaient expressément allusion au peuple américain comme étant l'un des groupes-cibles pour ce type de propagande. ».

Al Zarqawi aurait fait partie du groupe fondamentaliste Ansar al Islam. C'était un personnage obscur faisant partie d'une organisation tout aussi obscure, mais de peu d'importance et sans partisans dignes de ce nom au sein de la population irakienne, disent de nombreux experts. Le journaliste de la VRT Rudi Vranckx affirme également que 10 % maximum des actions d'opposition armées pouvaient être attribuées à Zarqawi. Mais pour l'administration Bush, il s'agissait d'un « terroriste utile » car il était devenu « le visage d'Al Qaida » en Irak et l'ennemi public n° 1.

Aux yeux du Brigadier Général Mark Kimmitt, membre de la direction du planning du Central Command en Irak et au Moyen-Orient, « le programme Zarqawi PSYOP est la campagne d'informations la plus réussie à ce jour ». Le Washington Post explique les trois méthodes proposées par les documents du Pentagone pour donner forme à cette désinformation: « activités médiatiques », « PSYOP »(terme militaire pour les activités de propagande), et « Opérations secrètes 626 » (allusion au Task Force 626, unité d'élite américaine en Irak) ». Outre l'influence exercée sur les média et la diffusion d'informations trompeuses, on y parle donc également d'opérations secrètes en Irak. Concrètement: actions terroristes et attentats qui sont ensuite attribués au groupe de Zarqawi.

Le mythe Zarqawi a servi à usage interne aux États-unis. Pour justifier l'occupation de l'Irak,il a fallu créer le concept d'une « guerre juste » contre le terrorisme international. De plus, Zarqawi était le vilain méchant dont ils avaient besoin pour essayer de convaincre la population irakienne, elle aussi,de la nécessité de l'occupation américaine.

Il n'y a pas un seul irakien qui pleurera la mort de Zarqawi. Mais les jubilations des médias américains et du gouvernement irakien de collaboration doivent surtout servir à faire oublier le massacre de Haditha - où les marines américaines ont massacré au moins 24 civils – et à mettre fin à la chute de popularité de Bush et à sa guerre. Le moment de l'annonce de la mort de Zarqawi n'est donc pas un malencontreux hasard.

Zarqawi ou lutte populaire?

D'après le Tribunal des Peuples pour l'Irak, commission magistrale composée d'intellectuels, d'académiciens et d'artistes du monde entier, « il existe une vaste résistance à l'occupation. Les moyens pacifiques de la résistance politique, sociale et civile n'ont que la répression par les troupes d'occupation pour écho. C'est la brutalité de l'occupation qui génère une résistance fortement armée et même certains actes de désespoir. »

En août 2005, le Sunday Telegraph a publié les résultats d'un sondage d'opinion réalisé au sein de la population irakienne sur ordre du Ministère Britannique de la Défense. 65 % des Irakiens estiment que les attaques commises envers des Britanniques ou des Américains sont justifiées. 82 % veulent le départ des soldats américains et britanniques et un Irakien sur cent tout au plus se rallie à l'opinion selon laquelle les troupes de coalition ont sécurisé le pays.

Zarqawi devait bannir la vaste résistance populaire des médias internationaux. Cela permettait de ne pas mentionner qu'une armée irakienne digne de ce nom n'existe toujours pas. Et on ne devait plus chercher de prétexte pour expliquer le nombre croissant de morts et de blessés dans les rangs américains. Ou continuer à setaire sur les cas de désespoir et de désertion dans leurs propres rangs. Mais l'élimination du mythe Zarqawi pourrait – quelle ironie! –provoquer davantage de pertes américaines. La résistance armée se saisira effectivement de l'occasion pour prouver que ce n'est pas Zarqawi mais bien l'occupation même qui est la cause des souffrances des Irakiens et de la résistance persistante contre celle-ci.

A l'heure actuelle, les États-unis parlent déjà d'un nouvel Al Zarqawi, un certain Abu Ayoub al-Masri. Un homme averti en vaut deux!

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