Déploiement de la FINUL au Liban
Un mandat, source de grande instabilité

Dans le cadre de la semaine internationale contre la guerre lancée par le Forum social, le 23 septembre avait été retenu comme journée internationale de solidarité avec les peuples palestinien et libanais. Des milliers de personnes un pou partout dans le monde ont encore tenu à exprimer dans la me leur solidarité avec la résistance héroïque de ces deux peuples (20 à 30 000 personnes à Manchester). En France, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes. A Paris, 1 500 personnes ont défilé de Châtelet à l'Opéra dans un cortège dynamique et combatif

Le succès de ces mobilisations, en dépit des tentatives de certaines forces de nier le droit à la résistance des peuples palestinien et libanais en renvoyant dos à dos l'agresseur israélien et les forces de résistance palestiniennes et libanaises, montre que la conscience sur la nature de la politique de l'État sioniste et de l'impérialisme, net=ment US, dans cette région du monde s'approfondit et s'enracine.

Cela est d'autant plus important que la situation au Liban au lendemain du cessez-le-feu est particulièrement instable. Si la résolution 1701 de l'ONU a mis un point d'arrêt à l'agression militaire israélienne, elle n'a rien réglé sur le terrain.

Le débat autour du mandat de la FINUL - a-t-elle mission ou non de désarmer le Hezbollah? – et son interprétation à géométrie variable au gré des protagonistes sont me source de grande instabilité dont Israël entend bien profiter. Après avoir traîné les pieds pont se retirer, Israël a clairement laissé entendre que son armée n'hésiterait pas à réintervenir au Liban si des militants du Hezbollah se livraient à des "provocations" à son égard. Il s'arroge également le droit de survoler le Liban "tant que les deux soldats israéliens enlevés par le Hezbollah n'auront pas été libérés et que la frontière entre le Liban et la Syrie ne sera pas fermée pour empêcher le trafic d'armes destinées à la milice chiite " (Amir Peretz). Un "droit" que Tsahal n'a cessé d'exercer en dépit du cessez-le-feu, ses drones survolant quasi quotidiennement l'espace aérien libanais. "Violations répétées" dûment constatées par le commandant en chef de la FINUL, le général français Pellegrini, mais restées sans suite.

"L'amitié franco-libanaise" a fait long feu et ce ne sont pas les quelques ponts et routes construits par le génie qui redoreront le blason d'une France perçue comme le principal artisan, avec les Américains, d'une Résolution 1701 destinée à sauver la mise à Israël.

La non-invitation du président de la République libanaise, accuse d'erre pro-Syrien par Paris, au sommet de la francophonie puis les propos de Chirac sur la nécessité pour le gouvernement libanais de désarmer le Hezbollah s'il désirait recouvrer son autorité sont perçus par les Libanais comme autant de pressions inadmissibles. Le Président Lahoud ne s'est pas privé de rappeler que si Chirac "avait des amitiés au Liban" (la famille de l'ex-premier ministre Hariri assassiné l'an dernier), cela ne lui donnait pas le droit de s'ingérer dans les affaires intérieures libanaises.

Le Hezbollah, n'en déplaise à Chirac, fait partie de la réalité libanaise d'aujourd'hui. C'est une force incontournable, populaire, qui intervient dans l'ensemble de la vie sociale et politique libanaise. Armée mais aussi parti politique, qui a des députés et des ministres, le Hezbollah a gagné son autorité à travers sa résistance de plus de vingt ans contre l'occupant israélien. La dernière guerre contre Israël lui a donné une assise nationale et lui a permis de devenir de fait la première force politique libanaise comme l'a montré la manifestation de près d'un million de personnes venues écouter son leader le cheik Nasrallah, le 22 septembre dernier à Beyrouth.

Si la FINUL, et plus particulièrement les troupes françaises, veulent désarmer le Hezbollah, ils se heurteront au peuple libanais, aux peuples dans le monde qui refusent la loi du plus fort et défendent le droit des peuples à résister, y compris les armes, pour défendre leur droit à vivre libres, leur droit à un État indépendant et souverain et à décider de leur propre sort.

Il va de soi que nous partageons cette position.

La Forge
Octobre 2006-15

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