Tensions autour de l'essai nucléaire nord-coréen

Le 9 octobre, la Corée du Nord a effectué un essai nucléaire souterrain, suscitant ainsi l'inquiétude à travers le monde. Mais les États-Unis n'auraient-ils pas aussi leur part de responsabilité?

Pol De Vos

Le 19 octobre, Orlando Fundora, président du Conseil mondial de la paix (organisation mondiale qui lutte pour la paix et la justice sociale depuis 56 ans. Pour plus d'information: www.wpc-in.org, ndlr) expliquait: «Les pacifistes du monde entier considèrent le récent essai nucléaire nord-coréen avec une arme atomique de faible puissance comme un événement indésirable, parce que la non-augmentation du nombre de pays producteurs d'armes nucléaires est une composante d'un objectif très important de l'humanité: la disparition complète de toutes les armes nucléaires de la planète. Mais cet événement ne constitue qu'une infime menace pour la paix et la sécurité de la région si nous le comparons avec l'attitude de Washington à l'égard de la Corée du Nord au cours des 50 dernières années.»

Aujourd'hui, la Corée du Nord est entourée par une flotte de guerre américaine comprenant des porte-avions et des lance-missiles. Un arsenal d'engins nucléaires (près d'un millier d'ogives nucléaires) et 30000 soldats américains au moins sont stationnés en permanence en Corée du Sud. Régulièrement, les États-Unis organisent dans la péninsule coréenne des exercices militaires qui simulent une invasion. Ces dernières années, ces exercices ont été complétés par une simulation d'attaque nucléaire contre le Nord.

Après la guerre dévastatrice de 1950-1953, qui a fait 3 millions de morts, les États-Unis n'ont jamais signé d'accord de paix avec Pyongyang, mais un cessez-le-feu. Sous la présidence de Clinton, un accord a été négocié entre la Corée du Nord et les États-Unis mais ces derniers en ont empêché la mise en application. En 2001, le président Bush à peine élu l'annulait carrément et cataloguait la Corée du Nord parmi les États voyous.

La stratégie officielle US prévoit l'utilisation d'armes nucléaires contre la Corée du Nord

Washington a toujours refusé de garantir la sécurité de la Corée du Nord. Aujourd'hui Bush va plus loin. Dans sa nouvelle politique nucléaire, élaborée dans le Nuclear Posture Review de 2002, l'option de l'emploi «préventif» d'armes nucléaires contre la Corée du Nord est explicitement mentionnée. En réponse, la Corée du Nord se retirait en janvier 2003 du traité de non-prolifération et accélérait la mise sur pied de son programme nucléaire. Et de déclarer que son développement nucléaire est indispensable «en guise d'autodéfense et de dissuasion à la guerre». Le pays était «obligé de montrer clairement qu'il possédait des armes nucléaires afin de protéger sa souveraineté et son droit à l'existence».1 Cela n'a rien d'inconcevable alors que les États-Unis n'ont jamais voulu s'engager à ne pas attaquer le pays. Même Madeleine Albright, l'ancienne ministre américaine des Affaires étrangères, déclare: «Le message de l'Irak, c'est que lorsque vous ne possédez pas d'armes nucléaires, votre pays est envahi et quand vous en avez, votre pays n'est pas envahi».2

La Corée du Nord continue malgré tout à défendre une péninsule coréenne sans armes nucléaires. Elle s'engage à démanteler son arsenal nucléaire si les États-Unis font de même (les États-Unis possèderaient dix milles ogives nucléaires à travers le monde).

Les sanctions ne sont pas une solution

Le Mouvement des pays non-alignés (114 pays qui ne s'alignent sur la politique d'aucune grande puissance, ndlr), présidé depuis peu par Cuba, voit dans cette crise un argument supplémentaire pour ouvrer avec zèle en faveur d'une péninsule coréenne sans armes atomiques et d'un désarmement nucléaire au niveau planétaire. Ici la responsabilité incombe aux grandes puissances nucléaires qui négligent de respecter leurs engagements en vue d'un désarmement nucléaire généralisé.3

Menaces, agressions et sanctions contre la Corée du Nord ne contribueront pas à résoudre cette crise. La seule façon constructive de le faire, c'est de reprendre les pourparlers entre toutes les parties concernées.

Vers une solution négociée?

Le 15 octobre, le Conseil de sécurité de l'ONU proclamait unanimement des sanctions contre la Corée du Nord. Sous pression de la Chine, ces sanctions ne prévoient pas d'actions militaires, mais bien une interdiction de vente et d'exportation d'armes lourdes et de matériel utilisable à des fins nucléaires et balistiques, le gel des comptes et l'inspection des cargaisons à destination et au départ de la Corée du Nord. Mais tant la Chine que la Corée du Sud ont déjà fait savoir qu'elles n'appliqueraient pas cette dernière mesure au pied de la lettre.

Le lendemain de la condamnation de l'essai nucléaire coréen par le Conseil de sécurité, Kofi Annan invitait les États-Unis et la Corée du Nord à une concertation directe.4 Pyongyang ne demande pas mieux, mais Washington refuse Pékin a lancé un appel dans le même sens et a envoyé un haut délégué du président Hu Jintao à Pyongyang pour insister sur la reprise rapide de la concertation entre les deux Corées, la Chine, la Russie, le Japon et les États-Unis. La Corée du Nord avait quitté ces négociations fin de l'année dernière alors que les États-Unis avaient violé les conventions en imposant de nouvelles sanctions financières à la Corée du Nord.

La plupart des Sud-Coréens pointent un doigt accusateur sur Bush

Un sondage téléphonique effectué les 11 et 12 octobre derniers demandait à 500 Sud-Coréens qui, selon eux, portait la plus grande responsabilité dans l'essai nucléaire de leur voisin du nord. 43 % ont désigné les États-Unis, 37,3 % la Corée du Nord et 13,9 % la Corée du Sud. Enfin, 2,4 et 1 % des personnes interrogées ont désigné respectivement la Chine et le Japon1.

Le 9 octobre, l'ancien président sud-coréen, Kim Dae-jung, a expliqué pour sa part que l'essai nucléaire du Nord démontrait la faillite de la position agressive des États-Unis alors que la Corée du Sud préconise l'ouverture. Kim Dae-jung avait été élu président en 1997 et sa politique dite «du rayon de soleil» avait assuré une ouverture dans les relations entre les deux pays et lui avait valu le prix Nobel de la Paix en 2002.

1 Déclaration de l'ambassade de la Corée du Nord à Rome, 12 octobre.

2 Financial Times, 10 octobre.

3 Granma International, 15 octobre.

4 EFE, cité dans Granma International, 12 octobre.

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