Estonie: réactions suite au vote du Parlement favorable au retrait du Soldat de bronze

Par Céline Bayou (sources : Postimees, Ria Novosti, Telegraf, Interfax Ukraine) Extrait

Le 15 février 2007, le Parlement estonien a adopté en 3e lecture le texte de la loi sur les monuments interdits: 46 députés ont voté en faveur de cette loi, 44 contre (et 1 abstention). Le texte était soutenu par ResPublica, le parti de la Réforme et l'Union pour la patrie, alors que s'y opposaient les députés membres du parti du Centre, de l'Union populaire et du Parti social-démocrate. Les députés ont également proposé de faire du jour de la libération de Tallinn du fascisme un "jour de deuil".

Le leader du parti du Centre, Edgar Savisaar, a déclaré à ce propos que certains politiciens estoniens, dont le Premier ministre Andrus Ansip, jouent actuellement avec le feu sans paraître en mesurer les conséquences: "Chaque famille russe, y compris ici en Estonie, a perdu quelqu'un au cours de la Seconde Guerre mondiale et, pour ces gens-là, les monuments érigés en l'honneur de ceux qui ont disparu sont sacrés. Nous ne pouvons pas oublier non plus ces dizaines de milliers d'Estoniens qui se sont battus sur le front, en prenant les armes contre le fascisme. [...] Pourquoi détruisons-nous aujourd'hui cet État que nous avons nous-mêmes construit?"

Valdas Adamkus, a évoqué la question lors d'une conférence de presse donnée à Washington dans le cadre de son voyage officiel, notant qu'en Lituanie aucune remise en cause des monuments n'est à l'œuvre: "Il faut aller de l'avant et non pas se retourner en arrière!". Le projet de loi estonien lui paraît une source de problèmes inutiles.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a, lui, qualifié cette loi d'acte "sacrilège inacceptable dans une Europe moderne."

En Ukraine, Youri Myrochnichenko, membre du Parti des régions, s'est exprimé au nom de sa formation qui regrette la décision d'un Parlement estonien qui "ne respecte pas son propre peuple".

Le ministre kazakh de la Culture et de l'information Ermoukhamet Ertysbaïev voit dans la loi une erreur politique et idéologique totalement absurde et directement dirigée contre la Russie. "Mais cela affecte également et directement le Kazakhstan", a-t-il précisé, "parce que l'on sait bien que des milliers de Kazakhs ont péri durant la Grande guerre patriotique contre le fascisme". Le Parlement belge, lui, a mis à l'ordre du jour d'une de ses prochaines sessions "le problème de l'héroisation du fascisme en Estonie".

Dépêche publiée le 16/02/2007, Zone : États baltes

AP/TIMUR NISAMETDINOV

La statue en bronze d'un soldat soviétique dans le square Tonismagi dans le centre de Tallinn (Estonie).

Monument, élevé, en 1947. Il s'agit d'une imposante statue en bronze de soldat soviétique, tête baissée en signe de recueillement, qui semble imperturbable aux remous qu'il provoque.

Depuis des mois, le premier ministre a annoncé son démantèlement pour le placer dans un cimetière en dehors de la ville. A l'approche des élections législatives de mars, ce monument est devenu un objet de discorde entre les nationalistes estoniens et l'importante population russophone (30 %), arrivée majoritairement après 1945. Tous les ans, des vétérans de l'Armée rouge vivant en Estonie s'y retrouvent le 9 mai. Ils y voient un symbole de la résistance au nazisme et un hommage à ses victimes. Ironie de l'histoire, le soldat ayant servi de modèle pour ce monument aurait été estonien.

"Alors pourquoi ne pas raser aussi tous les bâtiments construits par les Soviétiques après la guerre ?, s'insurge Dmit ri Klenski, ancien correspondant de la Pravda et candidat sur la liste russophone du Parti de la constitution. Quand les Russes voient cette statue, ils sentent qu'ils appartiennent à un groupe, alors que l'Estonie fait tout pour ne pas considérer les russophones comme des Estoniens mais comme des citoyens de seconde zone, comme des occupants. Et puis, de quelle occupation parle-t-on ? Les Estoniens sont rentrés volontairement dans l'URSS en 1940." Un point de vue contesté par les Estoniens, mais cette différence de lecture de l'histoire illustre le fossé qui sépare toujours les deux communautés.

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