Il y a 160 ans, le « Manifeste du Parti Communiste »

« Marx, le retour », « un pouvoir de séduction grandissant », « penseur du XXIème siècle », « écolo avant l’heure », « cet éternel incompris »,… : tels sont les qualificatifs surprenants relevés dans la presse mondiale par le « Courrier International ». Au Japon, en Angleterre, aux USA, dans tous les pays capitalistes du G8, des économistes, philosophes et écrivains « bien-pensants », fidèles du capitalisme baptisé par eux marché libre, font mine de découvrir les vertus du vieux barbu de Trèves. Les mêmes, il y a dix ans, disaient sa mort, avec celle de l’URSS et du communisme. Ils consentent aujourd’hui à constater que ses ouvrages, loin d’être inactuels, sont seuls capables d’expliquer les folies du monde présent, les inégalités croissantes au profit d’infimes minorités, la destruction de la planète au profit des mêmes minorités, etc. On pourrait en conclure que la contre-révolution idéologique de la fin du XXème siècle est finie : ce serait une erreur, elle a seulement changé de langage. Les penseurs libéraux qui donnaient le ton des médias aux Universités en 1990, traitaient par le mépris l’idéal communiste qu’ils jugeaient mort de ses erreurs et de ses crimes. Ceux de 2008 s’effraient du spectre revenu hanter l’Europe et le reste du monde. Dès lors, ils reconnaissent au vieux Karl une certaine pertinence dans les analyses. L’ineffable Attali, banquier mitterrandien devenu gourou de Sarkozy, lui fait même l’honneur d’avoir inventé le marché spéculatif !

Ne nous y trompons pas. Quand les idéologues de la bourgeoisie mondialisée encensent Marx, c’est en le manipulant. L’essentiel, pour ces tenants du capital, est de vider sa pensée des dimensions subversives, en « oubliant » les deux apports essentiels de l’auteur du « Manifeste » :

1 Expliquer le monde n’a d’intérêt que si on œuvre à le transformer, et c’est le rôle des partis communistes d’en convaincre les « prolétaires », c’est-à-dire ceux qui vivent de leur travail, qu’il soit manuel ou intellectuel.

2 La lutte des classes, opposant exploiteurs et exploités, ne naît pas de la volonté de quelques uns, elle est une réalité historique immuable, même si elle a changé et changera de forme au fil du temps. Elle a été, est, et sera le moteur de l’évolution des sociétés, qui parfois avancent en saut qualitatif, en révolution, et parfois reculent en contre révolution quand les privilégiés du capitalisme ont découvert de nouveaux moyens de réduire le mouvement révolutionnaire.

Rien de plus actuel que ce message là, en nos temps persistants de contre révolution rendue durable, et notamment en France, par l’évolution du capitalisme. Le démantèlement systématique de la classe ouvrière des grandes entreprises, au profit d’un salariat plus segmenté, précarisé, les délocalisations exotiques vers des taux de profits plus élevés ont déstabilisé le mouvement révolutionnaire, progressiste et revendicatif européen, en une génération. L’échec patent de la plupart des expériences « socialistes » du XXème siècle, la force extraordinaire des médias contemporains à manipuler l’opinion, la mise en concurrence accrue des travailleurs de pays différents soumis à la « mondialisation » au service des spéculateurs financiers, et le carriérisme opportuniste transformant les militants politiques en techniciens de l’appétit de pouvoir ont fait le reste.

Contrairement aux discours répétés de nos médias, les aspirations à une autre société, libre et égalitaire, ne manquent pas en ce début de XXIème siècle. L’anti-capitalisme, l’anti-impérialisme sont des sentiments largement représentés, même s’ils sont mêlés à bien des ignorances, au sein des peuples de tous les pays. Mais, pour l’instant, sauf en quelques parties isolées et fragiles d’Amérique Latine, ces sentiments diffus ne sont pas une force agissante capable d’inverser la contre-révolution ambiante. Il leur manque pour cela un mouvement communiste, porteur d’un projet clair de société nouvelle, débarrassée du capitalisme et de l’impérialisme, tel que Marx le souhaitait il y a 160 ans dans le « Manifeste ».

Rien de plus actuel en l’an 2008, pour le XXIème siècle !

Francis Arzalier

Fermez la page pour retourner.