Sur la récession économique du système impérialiste mondial

La modification du rapport de forces inter-impérialiste contemporain ne se fait pas sous la forme d’une douce et paisible transition, mais s’accompagne de véritables séismes économiques qui ont d’importantes répercussions sur l’économie de l’ensemble des pays composant le système impérialiste.

La transformation de la Chine, ex-pays atelier il y a encore deux décennies, en un puissant pays impérialiste ne pouvait manquer de provoquer un séisme d’une magnitude jusqu’ici inconnue. Les médias bourgeois ne voient que les effets financiers de ce séisme qui prend pourtant sa source dans la sphère productive. Ainsi en témoigne la production d’acier. Rappelons que la production de ce matériau, utilisé dans de nombreuses industries et dans le bâtiment, est un bon indice du développement de l’économie dans son ensemble. Une baisse de la production d’acier est ainsi synonyme de récession, comme au cours des crises de 1929-1933 et de 1937-1938. En 1932, la production mondiale d’acier avait ainsi baissé de plus de 50 % par rapport à 1929. Durant la crise de 2000-2001, la production mondiale d’acier avait stagné (+ 0,3 %). Dans les années suivantes (2001-2007), la première phase d’essor commercial et financier de l’impérialisme chinois a alimenté une forte augmentation de la production mondiale d’acier (+ 58 %). Cependant, cette augmentation s’est construite sur le déficit commercial croissant des vieux pays impérialistes vis-à-vis de leur concurrent chinois.

En 2007 sont apparus les premiers signes montrant que cet endettement avait atteint sa limite. Ainsi a éclaté la ‘crise financière’ actuelle. L’année 2008 marque une étape nouvelle: l’éclatement de cette bulle du surendettement des ménages et des états impérialistes en déclin. Quand les revenus du commerce de capitaux et de marchandises deviennent insuffisants pour permettre de continuer à s’endetter et quand la limite du surendettement est atteinte, alors la consommation dans les pays impérialistes en déclin doit nécessairement décliner; entraînant mécaniquement une contraction des débouchés commerciaux et financiers. En 2007, la production mondiale d’acier s’était montée à 1344 millions de tonnes, soit en moyenne 112 millions de tonnes par mois. La Chine en avait produit 489 millions de tonnes, soit 36,3 % du total.

D’après les statistiques partielles actuellement disponibles, sur les 11 premiers mois de l’année 2008, la production mondiale d’acier s’est montée à 1225 millions de tonnes en novembre, mais alors que le début de l’année 2008 avait vu croître la production d’acier (avec une moyenne de près de 116 millions de tonnes mensuelles sur les six premiers mois), les mois suivants ont marqué un mouvement inverse de déclin de la production, déclin qui n’a cessé de s’accélérer depuis l’été 2008 : 112 millions de tonnes en août, 108 millions en septembre, 99 millions en octobre et 89 millions en novembre!

Ainsi, la production mondiale d’acier de novembre 2008 marquait-elle une baisse de près de 24 % par rapport à la production mensuelle moyenne des 6 premiers mois de l’année. Mais cette moyenne cache des contrastes importants: en Ukraine, la baisse est de près de 57 %, en Belgique de 50 %, en Espagne de 47 %, aux USA et en Russie de 42 %, en France de 37 %, au Royaume-Uni de 31 %, en Allemagne et en Italie de 21 %. En Arabie Saoudite et en Afrique du Sud, la baisse est de 46 %, au Mexique de 26 %, enfin au Brésil et à Taïwan de 22 %.

Avec une baisse de seulement 18 %, comparable à celle de la Corée du Sud ou du Japon, la Chine fait donc partie de ceux qui ont le moins perdu de plumes, une ‘performance’ au regard de sa part colossale dans le total de la production mondiale et du degré d’ouverture de son économie ! La part relative de la Chine n’a d’ailleurs pas cessé d’augmenter pour atteindre 39,5 % en novembre 2008! Rien d’étonnant cependant à ce que la contraction des débouchés favorise encore les plus forts!

A la vue des chiffres du chômage calamiteux annoncés dans ne nombreux pays impérialistes en novembre-décembre, et bien que les statistiques de la production d’acier ne soient pas encore connues pour décembre, il est hors de doute qu’elles seront encore plus mauvaises que celles de novembre, confirmant le fait que la crise actuelle du système mondial de l’impérialisme est la plus sérieuse qu’il ait connue depuis celle de 1929.

Le rapport de forces caractérisant le système impérialiste mondial tel qu’il existe depuis plusieurs décennies, basé sur l’exploitation de pays dépendants ateliers par quelques pays impérialistes, s’est transformé radicalement depuis que l’un de ces pays ateliers s’est affranchi de la division internationale du travail qui reproduit habituellement les pays ateliers en pays ateliers et les pays impérialistes en pays impérialistes, investissant dans les premiers. La Chine, donc, est devenue un pays impérialiste, mais pas n’importe lequel : un pays impérialiste détenant des avantages décisifs sur ses concurrents les plus puissants dans le domaine commercial comme financier.

Aujourd’hui, c’est ce mouvement de retournement complet des rôles qui, enclenché, plonge l’économie du système impérialiste mondial dans la récession, une récession durable et structurelle, inéluctable dans le cadre d’un développement pacifique des rivalités inter-impérialistes. La récession est le produit des contradictions internes du système mondial de l’impérialisme. La contradiction fondamentale réside en ce qu’un pays impérialiste comme la Chine ne peut aujourd’hui continuer à se développer que si ses concurrents impérialistes se convertissent à leur tour en semi-colonies, en pays ateliers. C’est le seul moyen pour le système impérialiste mondial de perdurer encore un peu et de repousser la menace de la révolution sociale. Pourtant, dans les pays impérialistes en déclin, un tel retournement de situation n’est pas sans danger pour les exploiteurs, pour peu que le mouvement marxiste-léniniste parvienne à sortir du bourbier révisionniste où il est enlisé depuis plus d’un demi-siècle.


Note du 25/01/2009 : Le 22 janvier, le site http://www.worldsteel.org a publié les statistiques du mois de décembre 2008. Comme nous l'anticipions, le mois de décembre s'est révélé être pire que celui de novembre. L'autre point essentiel est que la crise accélère la différenciation économique des pays. Ainsi, en décembre, la Chine fait mieux que limiter la casse : alors que la baisse de la production mondiale d'acier s'est confirmée en décembre (- 5 millions de tonnes par rapport à novembre), la production chinoise s'est notablement relevée (+ 4 millions de tonnes). Au même moment, la production des USA, du Japon, de l'Allemagne, de la Corée du Sud, du Royaume-Uni, de la France, etc. a continué de s'effondrer. Au final, la production mondiale d'acier enregistre une baisse de 1,2 % sur toute l'année 2008. La Chine pour sa part enregistre une hausse de 2,6 % de sa production qui se monte à 502 millions de tonnes. En décembre 2008, la Chine a produit 39 millions de tonnes sur les 84 millions produites, soit 46,3 % de l'acier mondial !

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